Une télé pour contrer l'influence d'al-Jazira

Washington — La chaîne de télévision en arabe financée par les États-Unis, Alhurra, va commencer à diffuser aujourd'hui dans 22 pays du Proche-Orient avec pour objectif de redorer l'image de l'Amérique et réduire l'influence des chaînes arabes al-Jazira et al-Arabiya.

Alhurra, qui signifie en arabe «La libre», sera avant tout une chaîne d'information dont la couverture sera «précise, équilibrée et complète», assure le Bureau américain de radiodiffusion (BBG), l'agence fédérale chargée de superviser cette nouvelle chaîne financée par le Congrès américain. «Nous serons comme une balise dans un marché de l'information dominé par le sensationnalisme et la déformation», a affirmé le président du BBG, Kenneth Tomlinson.

«Une part importante de notre mission est d'être un exemple d'une presse libre dans la tradition américaine», a renchéri Norman Pattiz, président du comité Proche-Orient du BBG. Selon lui, «Alhurra présentera de nouvelles perspectives pour les téléspectateurs au Proche-Orient, ce qui créera une meilleure compréhension culturelle et plus de respect».

Les États-Unis ont décidé de créer cette chaîne de télévision en arabe pour améliorer leur image au Proche-Orient et réduire l'influence de deux chaînes d'information en continu très populaires dans la région, la chaîne satellitaire qatariote al-Jazira et sa concurrente al-Arabiya, basée à Dubaï.

Washington a plusieurs fois accusé les deux chaînes d'incitation à la violence en diffusant des messages attribués au chef d'al-Qaïda Oussama ben Laden ou au président irakien déchu Saddam Hussein avant sa capture, le 13 décembre dernier.

Si la nouvelle chaîne américaine «semble assez équilibrée et objective, elle peut constituer une solution de rechange aux médias contrôlés par les États» de la région, estime Steven Zunes, spécialiste des médias à l'université de San Francisco.

Il doute toutefois que la chaîne, qui dispose d'un budget de 30 millions de dollars pour 2004, réussisse à avoir un impact semblable à celui qu'a pu rencontrer «La Voix de l'Amérique» de l'autre côté du rideau de fer du temps de la guerre froide. En plus de la couverture des événements régionaux et internationaux, Alhurra diffusera des débats, des magazines sur des sujets d'actualité et de société comme la santé, le sport, les loisirs, la mode, la science et la technologie.

Initialement prévu en décembre, son lancement a connu un peu de retard. La chaîne émettra à partir d'aujourd'hui, à 15h GMT, depuis ses studios à Springfield (Virginie), dans la région de Washington, et s'appuiera sur un réseau de bureaux dans plusieurs pays du Proche-Orient. La plupart des journalistes sont originaires du Proche-Orient et environ 150 personnes doivent travailler à Springfield.

Aux heures de grande écoute, deux journaux d'information d'une heure sont prévus, ainsi qu'un talk-show appelé Free Hour (Heure libre). La chaîne, qui sera accessible par le truchement des réseaux satellitaires Arabsat et Nilesat, commencera par diffuser 14 heures de programmation par jour avant d'émettre en continu dans quelques semaines, selon le BBG.

Outre Alhurra, le BBG gère la radio en langue arabe Radio Sawa, «La Voix de l'Amérique», Radio Free Europe - Radio Liberty, Radio Free Asia et TV Marti à destination de Cuba. Les promoteurs d'Alhurra ont jugé encourageants les succès enregistrés, selon eux, dans plusieurs pays arabes par Radio Sawa, lancée en 2002 après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.