Les journaux voudraient ne plus payer pour le recyclage

L’exemption souhaitée par le secteur est présentée comme une «exception culturelle» semblable à celle accordée aux livres.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’exemption souhaitée par le secteur est présentée comme une «exception culturelle» semblable à celle accordée aux livres.

Des journaux du Québec, regroupés au sein de l’organisme RecycleMédias, demandent de ne plus payer directement pour le recyclage de leurs produits. La coalition se dit cependant prête à continuer de fournir en échange des espaces publicitaires prorécupération.

La demande paraît d’autant plus raisonnable aux médias qu’il n’existerait aucun programme de contribution financière directe ailleurs dans le monde.

En plus, comme la loi exige un montant fixe et croissant des journaux, le coût du recyclage ne cesse d’augmenter alors que le tonnage de papier journal diminue sans cesse. Le retrait récent des éditions de semaine de La Presse (au profit de la version pour tablette La Presse +) va aussi se traduire par un coût supplémentaire pour tous les autres quotidiens et hebdomadaires membres de RecycleMédias.

« Nous voulons faire modifier la Loi sur le recyclage, qui n’a aucun sens », résume Gilber Paquette, directeur général d’Hebdos Québec, porte-parole de RecycleMédias. « Imaginons que tous les journaux disparaissent d’un coup, sauf un. Ce survivant devrait payer seul la facture annuelle assumée maintenant par tous. »

Une « exception culturelle »

L’exemption souhaitée par le secteur est présentée comme une « exception culturelle » semblable à celle accordée aux livres. « En 1987, ceux qui s’opposaient à toute forme de taxation sur les livres soutenaient que “taxer les livres, c’est imposer l’ignorance” », dit d’entrée de jeu le mémoire de RecycleMédias déposé auprès de David Heurtel, ministre du Développement durable et de l’Environnement du Québec. « Aujourd’hui, nous sommes en droit de prétendre que taxer les journaux revient également à imposer l’ignorance tout en contribuant à réduire l’accès des citoyens à l’information et au savoir. »

RecycleMédias est l’organisme agréé par le gouvernement du Québec depuis 2005 pour représenter les propriétaires de journaux dans le cadre de la Loi sur la qualité de l’environnement. Éco Entreprises Québec gère les contributions de tous les autres secteurs industriels qui génèrent 90 % des matières.

L’organisme médiatique perçoit et transfère les contributions financières d’une vingtaine de membres, dont Le Devoir. Le conseil d’administration compte des représentants de Québecor, de TC Medias, de La Presse, des médias anglophones et des indépendants.

Autrefois, la facture du recyclage était assumée pour moitié par les villes et les journaux contribuaient par un échange de publicité pro-environnementale. Depuis 2015, les entreprises doivent financer l’entièreté des coûts de la collecte et du recyclage. Les journaux versent en argent la moitié de leur contribution totale.

Les coûts ont triplé en trois ans, passant de 2,6 millions de dollars en 2010 à 6,4 millions en 2013. Les projections envisagent un coût de 120 $ la tonne recyclée en 2018, par rapport à 94 $ actuellement et 8 $ seulement en 2007. Le tonnage annuel à traiter est passé de 180 000 tonnes en 2005 à environ 100 000 cette année.

Contre-exemples

Pas besoin d’aller très loin pour dénicher des contre-exemples. Au Manitoba, un prélèvement sur les contenants de boissons gazeuses finance tout le recyclage. En Ontario, les journaux ne contribuent au programme que sous la forme de la diffusion de publicités.

RecycleMédias a multiplié les démarches auprès de divers ordres de gouvernement. Quelques avenues de solutions auraient été envisagées, seulement, de l’aveu même du président de l’organisme, l’aspect environnemental de cette cause ne l’aide pas.

« On s’est promenés pas mal d’un ministère à l’autre depuis l’automne 2015, dit le président Denis Héneault. Pour nos interlocuteurs, la logique environnementale légitime leur position. Tant qu’on demeure dans cette logique, on ne fera pas pleurer personne. »

D’autant moins que la numérisation élimine le papier, et donc le recyclage. Les joueurs entièrement engagés dans cette révolution porteuse n’ont d’ailleurs pas avantage à encourager la mise sous perfusion étatique de leurs concurrents persistants dans le modèle gutenbergien.

Différents mécanismes de soutien ont été considérés, précise le président. Les espoirs de l’organisme viennent maintenant d’une possible subvention à RecycleMédias qui serait versée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ). Il a cependant été impossible d’obtenir un commentaire officiel du MCCQ.

1 commentaire
  • René Pigeon - Abonné 25 mai 2016 16 h 54

    Les médias consomment de l'électricité qui émet beaucoup de GES dans la plupart des pays

    Certes « la numérisation élimine le papier, et donc le recyclage », mais la numérisation des médias engendre des dépenses en électricité générée en émettant une quantité importante des GES dans plusieurs pays. Sauf au Québec, en C-B et au Manitoba