Vers une nouvelle charte pour la BBC

Chacune des chartes dicte les orientations pour 10 ans.
Photo: Carl de Souza Agence France-Presse Chacune des chartes dicte les orientations pour 10 ans.

La BBC doit placer le « contenu original » (distinctive content) au coeur de sa mission, a déclaré le ministre de la Culture, John Whittingdale, responsable du diffuseur public. Il a ajouté que cette obligation ne veut pas du tout dire que la BBC devrait être moins populaire.

Ces déclarations ont été faites jeudi, après le dépôt d’un livre blanc pour le renouvellement de la charte fondatrice de la British Broadcasting Corporation (BBC), un des consortiums médiatiques publics les plus respectés dans le monde. La réforme devrait aboutir à l’automne.

La BBC a été le modèle de création de la CBC/Radio-Canada. Les mêmes problèmes se posent de ce côté-ci de l’Atlantique nord, où des voix s’élèvent pour demander une redéfinition du mandat du diffuseur national canadien.

La BBC Charter reconnaît l’indépendance éditoriale du diffuseur, tout en détaillant ses devoirs et obligations de même que son mode de financement. La proposition est d’ajuster à l’inflation la redevance annuelle de 270 $ par récepteur, peu importe la taille de l’écran. Cette mécanique fournit un budget annuel d’environ 7 milliards, dont plus de 4,5 milliards pour les seuls services de télé.

« Malgré ces critiques, voilà bien la seule taxe que nous devrions payer avec joie, écrivait jeudi The Herald Scotland en éditorial. On ne dira jamais assez à quel point la production de la BBC est supérieure à celle des autres pays. Le temps passé à regarder la diffusion publique en Italie ou aux États-Unis montre la vraie valeur de 12 livres par mois. »

Chacune des chartes dicte les orientations pour 10 ans. Le nouveau plan envisage l’ajout d’une année supplémentaire afin de ne pas faire coïncider le prochain renouvellement avec les élections, maintenant fixées aux cinq ans.

Le Livre blanc devrait faire l’objet de débats au Parlement, mais les députés ne seront probablement pas appelés à voter son adoption. La version finale de la Royal Charter sera tout simplement rédigée par le cabinet Whittingdale.

La charte précédente, datant de 2006, avait aboli le conseil des gouverneurs pour le remplacer par le BBC Trust, nouvel organe de direction indépendant des dirigeants opérationnels. La nouvelle proposition remplace le Trust par un conseil unifié dont la majorité des membres seraient désignés par le diffuseur. Cet aspect est le plus critiqué parce qu’il mettrait en cause l’indépendance éditoriale, jugée sacrée.

La loi fondamentale redéfinit aussi le mandat du géant, qui devrait dorénavant « agir avec impartialité, dans l’intérêt public, au service de tous les publics » en leur offrant des contenus médiatiques originaux et de haute qualité qui « informent, éduquent et divertissent ».

Le gouvernement propose aussi de dévoiler le nom des vedettes de l’institution qui gagnent plus de 850 000 $ (450 000 livres). Les salaires des employés gagnant plus de 150 000 livres sont déjà révélés.


Et ICI R.-C.?

Le ministère du Patrimoine ne réagit pas directement à la demande de concurrents privés d’imposer un moratoire sur les nouveaux fonds alloués à CBC/R.-C., tant que le mandat du diffuseur public ne sera pas clarifié. Cette exigence a été formulée à deux reprises par Québecor et trois groupes (V, Serdy et TVA), depuis l’annonce d’une enveloppe supplémentaire de 665 millions sur cinq ans versée à R.-C. « Ce réinvestissement permettra d’appuyer les priorités que nous avons déjà énoncées, soit la création de plus de contenu local, plus numérique, qui soutient nos créateurs d’ici, en plus de veiller au développement de la relève, et ce, partout au pays, dit simplement au Devoir Pierre-Olivier Herbert, attaché de presse de la ministre Mélanie Joly. De plus, nous travaillons avec Radio-Canada à l’élaboration d’un plan de reddition de comptes. »