Québecor souhaite que la télé québécoise s’exporte mieux

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Dion, dénonce la trop grande dépendance de la télé québécoise à l’adaptation de succès étrangers.
Photo: Jacque Nadeau Le Devoir Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Dion, dénonce la trop grande dépendance de la télé québécoise à l’adaptation de succès étrangers.

Le grand patron de Québecor appelle à une révolution de la télévision québécoise. Le président, Pierre Dion, juge qu’elle repose sur « un écosystème désuet », alors que de très profonds bouleversements, dont la concurrence de géants du Web comme Netflix, menacent sa survie même.

Pour lui, la mutation doit nécessairement passer par la conquête de marchés étrangers, que le système devrait favoriser, y compris dès la sélection des projets à soutenir. Il répète aussi que dans ce contexte changeant, le diffuseur national Radio-Canada doit revenir à son mandat culturel de base et laisser les projets plus commerciaux aux concurrents privés. Il souhaite même un moratoire sur la dépense des nouveaux fonds alloués à CBC/RC par le dernier budget fédéral tant que ce mandat ne sera pas clarifié.

Pierre Dion est président et chef de la direction de Québecor. Il prononçait mercredi la conférence centrale devant les membres de l’Association québécoise de la production médiatique, réunis en congrès dans la capitale nationale, aussi bien dire tout ce qui compte derrière la caméra dans l’industrie de la télé et du cinéma.

« Le modèle culturel et économique sur lequel repose notre écosystème est désuet, a dit le président d’entrée de jeu. Je vous le dis bien franchement et honnêtement : nous sommes inquiets pour l’avenir de notre industrie audiovisuelle. »

Lui et d’autres membres de la direction de l’entreprise ont entrepris une tournée récemment auprès de représentants gouvernementaux, d’organismes subventionnaires et d’associations professionnelles des écrans. « Nous sommes tous arrivés au même constat, résume M. Dion. Il faut que les choses changent. »

Problèmes connus

Les problèmes sont bien documentés. Les auditoires migrent vers de nouvelles plateformes, les géants américains du Web accaparent la publicité, le mode de consommation de la télé change, par exemple, avec le gavage de séries. En trois ans à peine de 2014 à 2017, les télés privées canadiennes auront perdu 770 millions de revenus publicitaires. Par ailleurs, 83 % des revenus publicitaires numériques en croissance vont vers les entreprises comme Facebook.

M. Dion établit que pendant ce temps, le diffuseur public a vu ses revenus totaux augmenter de 6,8 % de 2010 à 2014, puisque RC compense la perte de ses subventions par les entrées publicitaires. En fait, les surplus proviennent de retombées de la couverture des deux Jeux olympiques de 2014, situation exceptionnelle qui a nécessité beaucoup d’investissements.

Ottawa a en plus promis d’y injecter 675 millions sur cinq ans. Comme les Groupes V, Serdy et TVA (une filiale de Québecor) l’ont fait le mois dernier, M. Dion demande donc un moratoire sur la dépense de ces fonds. « Oui, il faut une télé publique, a dit le président Dion en entrevue, après son allocution. Mais il faut réellement que RC reste à l’intérieur de son mandat de télé publique. Nous demandons donc une sorte de statu quo sur ce que RC devrait faire avec cet argent pour bien définir quelle devrait être sa mission, son mandat. »

Devant les bonzes de l’industrie, y compris ceux de RC, il a indiqué la situation exceptionnelle créée par ce concurrent d’État. « Nous sommes d’ailleurs probablement la seule industrie au Canada qui se fait concurrencer directement par une société du gouvernement. »

Le président Dion dénonce également la trop grande dépendance de la télé québécoise à l’adaptation de succès étrangers. Il cite Tout le monde en parle, Les enfants de la télé, mais aussi La voix, Star Académie et Le banquier, des productions de son groupe.

D’où cette idée de s’y mettre à plein ici aussi. « Il y a urgence d’agir, dit M. Dion. Pas dans cinq ans, dès maintenant ! »

Il souhaite que le système instaure des incitatifs financiers pour favoriser les percées internationales et motiver la prise de risques. Il suggère la création d’un crédit d’impôt au développement de formats.

La ministre Joly

La ministre du Patrimoine, responsable des communications, a répété dans sa propre courte allocution en soirée que son gouvernement venait de lancer un vaste réexamen des politiques culturelles canadiennes pour revoir complètement le système de soutien. « Il est temps de repenser nos façons de faire, a dit la ministre Mélanie Joly. Le gouvernement veut aider les créateurs à s’adapter aux transformations dans le numérique […] pour permettre l’accès à de nouveaux marchés. En fait, ce qu’on veut faire — et ce sera une première dans l’histoire du Canada — : nous allons adapter une véritable stratégie d’exportation culturelle. Comme ça, le Canada deviendra un véritable chef de file mondial. »

Selon Pierre Dion, son entreprise agit déjà dans ce sens. TVA vient tout juste de conclure deux nouveaux partenariats avec Pixcom et Sovimage pour la création de contenu à vocation internationale. Le groupe a aussi l’intention d’ouvrir un bureau à Los Angeles et d’assurer une présence en Europe.

« Nous sommes déjà reconnus pour les jeux vidéo, pour les effets spéciaux, pour nos studios de cinéma, pour l’animation, alors pourquoi pas pour la création et la production audiovisuelle ? » a conclu le grand patron.

2 commentaires
  • Normand Renaud - Inscrit 4 mai 2016 18 h 38

    Expansion

    Lemessage est clair et pertinent. M. Dion devrait aussi transmettre son message aux autres acteurs privés du Canada.
    En ce qui concerne la créativité, il y a eu de bonne innovations dans les émissions jeunesses propre notamment dans le marché francophone québécois.
    Déjà Super Écran, Vrak TV, Illico se sont lancés dans la conception de séries TV et Web pour palier l'effet Netflix et autres contenus web.
    Des échanges de productions entre divers pays seraient bénifiques.
    Nous produisons de bonnes séries télévisées originales depuis plusieurs années.
    Là ou est le message lancé par M. Dion, est l'assiette du marché piblicitaire qui est soit dillué ou concentré entre les mains de géants du marché télévisuel.

  • Pierre Beaulieu - Abonné 4 mai 2016 23 h 47

    D'accord!

    Monsieur Dion a raison, Radio-Canada doit revenir à son rôle traditionnel culturel et en se faisant il se protègera et protégera l'industrie culturelle francophone.
    La culture locale est la meilleure protection contre les grands diffuseurs internationaux qui ne peuvent pas se permettre de s'intéresser à des produits de diffusion qui s'adressent spécifiquement à un petit marché comme le Québec.
    Pour la même raison, les musiciens, chanteurs et autres artistes de scène ont intérêt à adopter la langue française au Québec et bénéficier de la protection de la barrière de la langue.
    C'est l'ABC du marketing.