Dessine-moi une subvention

Mikros Image Canada, présent en France, en Belgique et au Luxembourg, a été en partie entraîné au Québec en 2011 par les crédits d’impôt. L’entreprise vient de participer à l’adaptation du «Petit Prince» au cinéma.
Photo: Les Films Séville Mikros Image Canada, présent en France, en Belgique et au Luxembourg, a été en partie entraîné au Québec en 2011 par les crédits d’impôt. L’entreprise vient de participer à l’adaptation du «Petit Prince» au cinéma.

Comme le dit si bien le renard au Petit Prince, « si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre » et « tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». Le Québec a attiré et retenu de gros joueurs du secteur de l’animation avec ses généreux crédits d’impôt au cours des dernières années. Puis, il s’est un peu déresponsabilisé en réduisant les avantages fiscaux.

Le gouvernement libéral a fait passer son aide de 45 à 36 % il y a deux ans, en deçà des seuils de l’Ontario (45 %) et de la Colombie-Britannique (39 %), auxquels s’ajoutent quelques avantages fédéraux. La France est maintenant à 30 % avec des compléments régionaux. La Belgique vient de hausser la barre à 50 %.

Ce levier fiscal de remboursement des dépenses constitue un des moteurs de la course mondiale à la création en production médiatique. Les paliers gouvernementaux multiplient les avantages fiscaux pour appâter et ferrer les gros projets.

Refaire le calcul

Mikros Image Canada, présent en France, en Belgique et au Luxembourg, a été en partie entraîné au Québec en 2011 par les crédits d’impôt. L’entreprise vient de participer à l’adaptation du Petit Prince au cinéma.

« Des producteurs français refont les calculs et rapatrient des équipes de production, dit le producteur Vonarb d’On Animation. Mais le crédit d’impôt n’est qu’une composante de l’équation. Le positionnement de Montréal en Amérique du Nord demeure assez unique. La ville a une vraie aura dans sa qualité de vie, bilingue en plus. »

M. Vonarb dit faire avec les nouvelles règles, mais souligne que d’autres systèmes vont se bonifier « et que le gouvernement du Québec devra se poser des questions à un moment donné ».

Son collègue Brice Garnier pense que la réponse va de soit : le président fondateur de Kaïbou, spécialisé dans la production exécutive (gestion de studio, financement, gestion de l’immigration, etc.) souhaite que le gouvernement fasse marche arrière.

 

« En gros, le producteur se dit qu’en venant ici, il paye 60 % des frais, tandis qu’en Belgique, il est à 50 %, explique Brice Garnier. Vancouver n’est pas loin. Les groupes internationaux présents partout, jusqu’en Inde ou en Chine, n’ont pas trop de sentiments et si les crédits d’impôt baissent, ils vont aller ailleurs. En plus, ces grands studios sont au centre de l’écosystème et leurs activités ont des retombées sur les plus petites entreprises du secteur. Le gros donne du travail en distribuant les tâches. »

Multiplier les alliances

Kaïbou, active en production depuis cinq ans, multiplie les alliances avec des studios pour des prestations de service ou la gestion de projets en tous genres, des séries télé à un million et plus comme des films cent fois plus chers. Kaïbou était partie liée d’Avril ou le monde truqué. Elle amorce la réalisation d’une autre coproduction avec la France intitulée Minuscule, Les mandibules au bout du monde.

La petite maison ne compte que cinq employés, dont la productrice Anne Pagès. « Pour financer un projet, il faut plus que des crédits d’impôt, dit-elle. Il faut aussi des licences de diffuseurs qui sont maintenant notre drame. Les Radio-Canada et Télé-Québec mettent 6000 $ pour une demi-heure d’animation là où en France les chaînes fournissent cinq ou dix fois plus. Teletoon va prendre deux projets et se fournir surtout à Toronto, où se prennent les décisions. »

Pour l’instant, la surchauffe fait aussi que le secteur manque de main-d’oeuvre qualifiée. Les sites des maisons spécialisées affichent plusieurs offres d’emploi. La formation ne fournit pas assez de professionnels.

« Un des grands enjeux de Montréal, c’est d’assurer la formation », dit Pascal Laurent de Groupe Mikros en soulignant que les producteurs de jeux vidéo sont aussi en grand manque de main-d’oeuvre. « Il faut aussi assouplir certaines règles d’immigration pour aller chercher des talents ailleurs. Nous visons plus que le plein-emploi. »

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 avril 2016 07 h 53

    … subvention !

    « Comme le dit si bien le renard au Petit Prince, « si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre » et « tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ». » (Stéphane Baillargeon, Le Devoir)

    Oui, en effet, l’importance de tisser des liens d’apprivoisement mutuels témoigne d’une certaine responsabilité dont celle de se soutenir en cas de besoin, ou de parcours de vie, notamment en matières d’amitiés, de réalisations, d’unités, et de sous !

    Mais, depuis l’arrivée du phénomène de l’austérité, on-dirait que, de la Gouvernance québécoise actuelle se modélisant au « businessman » qu’a rencontré le Petit Prince en cours de chemin d’étoiles, Québec préfère autrement voir l’essentiel, autrement dessiner un mouton, de calculer, précisément et en faveur du monde cinématographique, une respectable et décente …

    … subvention ! - 30 avril 2016 -