Nouvelle offre de rachat dans la presse américaine

Les grandes manoeuvres se poursuivent dans le secteur sinistré de la presse papier aux États-Unis, où Gannett (USA Today) a fait lundi une offre de rachat de son concurrent Tribune Publishing pour 815 millions de dollars.

Dans la foulée, Tribune Publishing, qui contrôle notamment le Los Angeles Times et le Chicago Tribune, a indiqué dans un communiqué avoir reçu cette offre, que son conseil d’administration va étudier.

Gannett a indiqué que Tribune Publishing avait refusé vendredi une première offre, transmise par courrier et à des conditions similaires.

En cas de succès, ce rachat serait une étape majeure dans la consolidation de la presse papier aux États-Unis, en proie à une érosion continue de ses ventes et de ses recettes publicitaires.

Le nouveau groupe concentrerait trois des dix plus importants quotidiens du pays sous la même bannière.

Dans le détail, Gannett propose 12,25 $ en numéraire par action, soit une prime de 63 % par rapport au cours de clôture de vendredi.

Au total, en incluant 390 millions de dollars de dette, la valeur de la transaction atteint 815 millions de dollars.

En toute logique, le titre Tribune Publishing a bondi lundi à l’ouverture de la Bourse de New York, affichant vers 15 h GMT, une hausse de 59,57 % à 12 $.

Tribune Publishing a été créé en 2014 par Tribune Media, groupe de médias qui souhaitait scinder ses activités d’édition et de télévision.

Les activités presse ont été logées dans Tribune Publishing, qui a été introduit en Bourse.

Plombé par un contexte défavorable à la presse papier, le titre a perdu près des trois quarts de sa valeur depuis le début de sa cotation (-71 %).

Pour le p.-d.g. de Gannett, Robert J. Dickey, cité dans le communiqué, les deux sociétés sont « très complémentaires ».

« Un rapprochement avec Tribune permettrait de poursuivre rapidement la stratégie de Gannett et renforcer le USA Today Network », une plateforme nationale qui réunit des journalistes de tout le pays, a expliqué John Jeffry Louis, président du conseil d’administration de Gannett.

En 2015, Tribune Publishing a réalisé une perte nette de 2,7 millions de dollars, en partie due à des charges de restructurations, notamment un plan de départs volontaires.

La publicité vendue au plan national a fondu de 15,6 % en deux ans.

Tribune Publishing a procédé, début février, à une augmentation de capital de 44 millions de dollars.

L’opération a permis à l’entrepreneur Michael Ferro, qui contrôlait déjà l’autre grand quotidien de Chicago, le Sun-Times, de devenir premier actionnaire de Tribune Publishing.

Tout comme Tribune Publishing, Gannett est le résultat d’une scission, un « spinoff » finalisé en 2015 et qui avait également pour but de séparer les activités d’édition du reste du groupe.

Séparé de Gannett, le groupe Tegna a conservé les actifs à forte croissance, principalement les stations de télévision et des sites Internet grand public comme Cars.com.

Gannett a enregistré, en 2015, un bénéfice net de 146 millions de dollars, en baisse de 30 %. Sur le plan des revenus, le chiffre d’affaires publicitaire a reculé de 12,4 %.

Les grands groupes de presse américains sont engagés dans une course contre la montre pour réinventer un modèle économique stable, qu’aucun n’a encore réussi à trouver.

L’heure est à la consolidation pour augmenter les synergies et les économies d’échelle, que Gannett estime déjà à 50 millions de dollars par an en cas d’absorption de Tribune Publishing.

L’offre intervient quelques jours seulement après la finalisation par Gannett d’une autre acquisition, celle du Journal Media Group, qui comprend quelques titres influents localement comme le Milwaukee Journal Sentinel ou le Commercial Appeal de Memphis.

De son côté, Tribune Publishing a récemment bataillé, en vain, pour acquérir l’éditeur de presse Freedom Communications, propriétaire de deux titres majeurs du sud de la Californie.

Outre la consolidation, les éditeurs accélèrent leur développement sur Internet.

Pour proposer une offre cohérente en ligne, Gannett a associé la marque USA Today à la plupart de ses publications.

En septembre, le groupe a franchi le seuil des 100 millions de visiteurs unique aux États-Unis sur l’ensemble de ses sites (101,4 millions).