Sept secondes plus tard... mais toujours avec Don Cherry

Ottawa — Le gouvernement fédéral ne veut pas demander le congédiement de Don Cherry, le controversé commentateur de hockey de la CBC, ce qui n'empêche toutefois pas des ministres comme Denis Coderre de condamner fermement ses propos sur les francophones.

Le diffuseur public a annoncé vendredi qu'il entendait désormais diffuser la chronique de M. Cherry, 'Coach's Corner', avec un délai de sept secondes, afin de pouvoir éventuellement censurer ses écarts de langage. CBC s'est aussi dissocié des propos de M. Cherry.

Plus tôt cette semaine, les organisateurs des Oscars annonçaient une décision semblable à la suite du dévoilement du sein de la chanteuse Janet Jackson au Super Bowl.

«Je trouve que Don Cherry va beaucoup trop loin», a lancé le ministre responsable de la Francophonie à sa sortie de la Chambre des communes hier.

«Sa manière caricaturale me touche profondément, a-t-il ajouté. Je trouve ça abject et puis, moi, je suis blessé. Il faut arrêter de continuellement entrer dans ce genre de stéréotypes.»

M. Coderre a déclaré qu'il en avait «ras le bol» des «sottises» proférées par l'animateur de la chronique télévisée Coach's Corner, le 24 janvier à Toronto. M. Cherry avait alors soutenu que la plupart des infractions pour bâton élevé dans la Ligue nationale de hockey étaient commises par des joueurs qui portent la visière, qui seraient «en majorité des Européens et des francophones». En décembre, il avait prétendu que le problème de drogue dans le hockey junior se limitait au Québec.

«Est-ce parce que Jacques Plante s'est fait casser le nez et qu'il a inventé le masque de gardien de but que c'est pour autant un "wimp" [une mauviette]?, a demandé le ministre. Je veux dire, un moment donné, il faut arrêter.»

Dans un communiqué émis plus d'une semaine après l'incident, le vice-président principal de CBC Television, Harold Redekopp, a reconnu hier que M. Cherry avait «outrepassé de façon inacceptable les limites de son rôle en émettant des opinions personnelles inappropriées et répréhensible».

«CBC Television se dissocie complètement des propos de M. Cherry et les réfute catégoriquement, a affirmé M. Redekopp. Des propos de cette nature ne pourront être répétés, ni tolérés, à l'avenir.»

Dans le communiqué, CBC laisse entendre que Don Cherry s'en est «toujours» tenu à son rôle d'«analyste du hockey». Cela fait pourtant des années que Don Cherry suscite la controverse. Quoi qu'il en soit, il se serait engagé à ne plus exprimer «de propos de cette nature à l'avenir».

Plus tôt cette semaine, la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, a ouvert une enquête sur l'affaire.

Aux Communes, le Bloc québécois n'a pas manqué de soulever la question hier.

«Le ministre responsable des langues officielles [Pierre Pettigrew] ne croit-il pas qu'il devrait s'assurer auprès des dirigeants de la CBC que le controversé analyste soit suspendu, au moins pendant la durée de l'enquête [de Mme Adam]?», a réclamé le député bloquiste Benoît Sauvageau.

C'est la ministre d'État au Multiculturalisme, Jean Augustine, qui s'est levée pour répondre. Elle s'est réfugiée derrière le fait que la CBC est une institution gouvernementale indépendante et qu'elle est responsable de la gestion de ses ressources humaines. Quant à M. Pettigrew, il s'est contenté de dire que «la minorité linguistique [aura] toujours [le] gouvernement de son côté pour se faire respecter».

Mais Denis Coderre est allé un peu plus loin. «C'est un problème dont la CBC devrait s'occuper», a-t-il estimé, prenant toutefois bien soin de préciser que «c'est à la CBC de prendre ses décision, pas à moi».

«Comme citoyen, puis comme Canadien français et comme Québécois, eh bien, à force d'entendre Don Cherry, il va falloir penser à autre chose que de simplement changer de poste, a-t-il martelé. Mais ce n'est pas à moi de le faire.»

Des sanctions?

En entrevue à un quotidien torontois jeudi, la commissaire Adam a reconnu que son rôle ne consiste pas vraiment à recommander le congédiement de M. Cherry et qu'une telle décision revient plutôt à son employeur.

Il a été impossible de savoir hier si la CBC compte imposer des sanctions au commentateur.

Hier, un quotidien montréalais révélait que les directions anglaise et française divergeaient radicalement d'opinion sur les mesures à prendre pour régler l'affaire.

«Il y a là un problème sérieux qui divise la direction de manière profonde», a écrit le vice-président principal à la télévision française de Radio-Canada, Daniel Gourd, dans un document envoyé mercredi aux cadres de la société d'État.

Le comité supérieur de direction de Radio-Canada se serait prononcé en faveur de «mesures visant à mettre fin aux commentaires méprisants de ce monsieur à l'endroit des francophones», mais la réaction des cadres de la CBC à cette conclusion aurait été «plutôt tiède».

Selon la missive de M. Gourd, la CBC craindrait «une réaction très négative du Canada anglais» dans l'éventualité où on imposerait des sanctions à Don Cherry.

«Il est certain qu'ils ne comprennent pas notre exaspération», conclut Daniel Gourd.