Théâtre - À bout de souffle

Amateurs de sensations fortes, la Licorne ramène, cinq semaines seulement, l'une des fleurs vénéneuses de l'hiver 2002. Howie le Rookie, c'est du théâtre de rue en salle. Du théâtre de fond de ruelle, qui éclate davantage en paroles qu'en gestes. Mais je vous jure que vous trouverez ces deux monologues, attachés l'un à l'autre, très acrobatiques, aussi pleins de sueur et de sang que le film d'action le plus mouvementé.

Les rues, ce sont celles du Dublin North Side. Un de ces quartiers miteux servant de repaire aux vauriens, où l'on se venge pour un oui ou pour un non, où se coudoient les mal aimés de toute taille. Dans cette faune, transfigurée par le regard imaginatif de l'auteur dramatique irlandais, Mark O'Rowe, deux destins se croisent. Howie (Claude Despins) remonte aux origines de la brouille tandis que Rookie (Maxime Denommé) nous assène comment elle s'achève. Et d'un point de vue à l'autre, les péripéties ne manquent pas.

D'ailleurs, le rôle de Rookie Lee a valu à Maxime Denommé le Masque du meilleur interprète masculin en 2003. À la veille d'y revenir, le comédien travaille à retrouver ses repères dans ce qu'il décrit lui-même comme une épreuve d'endurance.

«Howie, dit-il, c'est comme une course à relais. Claude Despins et moi avons chacun notre morceau. Nous nous passons le flambeau. Le texte permet une grande liberté. L'acteur crée tous les lieux et tous les personnages. Pour moi, c'est satisfaisant comme un bon gros steak. C'est revenir à la base du théâtre: un acteur, une histoire, un public.»

Du reste, Denommé est conscient d'avoir entre les mains une partition prodigieuse. Il est vrai que la traduction d'Olivier Choinière en a gardé la vivacité originale. De son côté, le metteur en scène Fernand Drainville a imposé un rythme haletant aux deux interprètes. Aussi débitent-ils, à bout de souffle, les images viscérales qu'a taillées à la hache Mark O'Rowe. La chose fait merveille sur la petite scène de la Licorne, où s'installe un sentiment de proximité entre l'acteur et le spectateur.

«L'auteur sait raconter une histoire très colorée, précise Denommé. On sent que les gens se font leur propre film. Les images sont tellement fortes. Les gens sont avec nous. Et puis, la Licorne, c'est une toute petite salle. Le spectateur est capable de voir les yeux de l'acteur, de suivre son regard. À cause de ça, c'est assez magique de jouer un show comme ça dans cette salle-là.»

L'autre élément que Maxime Denommé aime bien dans Howie, c'est que le public ne reste pas passif. Il doit mettre de l'ordre dans tout ça. Il lui faut créer des liens entre les deux monologues. Or, l'imagination galopante de l'auteur aidant, le comédien assure que cette histoire se fait plus violente, racontée de cette manière, que si tout était montré au public. J'ai bien peur qu'il faille le croire sur parole.

Howie le Rookie, de Mark O'Rowe, dans une traduction d'Olivier Choinière et une mise en scène de Fernand Rainville, à la Licorne jusqu'au 13 mars.