Don Cherry et CBC font l'objet d'une enquête

Les pressions se font de plus en plus fortes envers le controversé commentateur sportif Don Cherry. En effet, la commissaire aux langues officielles Dyane Adam a décidé de mener une enquête sur son cas. Plus précisément, l'enquête portera sur l'employeur de Don Cherry, CBC, et sur ses obligations en matière de respect des communautés linguistiques.

Dyane Adam a récemment pris cette initiative sans avoir reçu de plainte officielle, mais on indiquait à son bureau avoir reçu une demi-douzaine de plaintes sur Don Cherry hier.

L'annonce de cette enquête témoigne des fractures linguistiques au pays: au Canada anglais, des groupes ont qualifié l'exercice de perte de temps et d'argent alors que, depuis deux semaines, plusieurs chroniqueurs francophones ont plutôt critiqué l'attitude de Don Cherry.

Véritable icône au Canada anglais, Don Cherry intervient dans le cadre de Hockey Night In Canada, une des émissions les plus écoutées au pays. Ses commentaires cinglants à l'encontre des francophones ont créé un malaise au fil des ans, mais la coupe semble avoir débordé depuis deux semaines alors qu'il a déclaré en ondes que le problème de la drogue dans le hockey junior se limite au Québec et qu'il a ensuite critiqué le port de la visière protectrice au hockey, faisant valoir que ce sont seulement des Européens et des francophones qui la portent et que ceux qui le font sont des peureux.

Au bureau de Dyane Adam, on indique que l'enquête portera sur les pratiques, les politiques et les codes de conduite qui régissent le comportement des employés de CBC. On rappelle également que ces politiques ne portent pas seulement sur l'utilisation des deux langues officielles en soi mais aussi sur le respect des communautés linguistiques.

Hier, le député conservateur Jim Abbott n'en revenait pas, qualifiant l'enquête d'un «abject gaspillage de l'argent des contribuables». La National Citizen Coalition, un groupe qui fait la promotion de la libre entreprise et des libertés individuelles, qualifie également l'enquête de gaspillage, ajoutant que la commissaire aux langues officielles n'a pas à «censurer les télédiffuseurs».

Mais au Canada anglais, il existe également des groupes qui s'inquiètent des propos de Don Cherry. C'est le cas de Canadian Parents for French, un organisme de la Colombie-Britannique, qui a récemment écrit à la CBC pour demander que cessent les commentaires antifrancophones de Don Cherry en ondes, estimant que M. Cherry «utilise sa popularité pour salir un groupe linguistique».

Pour sa part, la députée bloquiste Christiane Gagnon s'interrogeait hier à propos de l'indifférence apparente de la SRC face aux «propos haineux et méprisants de Don Cherry envers les francophones».

«La Société Radio-Canada invoque constamment le manque de financement pour justifier ses compressions, déclare-t-elle. Pourtant, lorsqu'il s'agit de dénicher les 700 000 $ du salaire annuel de Don Cherry, un type qui déblatère sur les ondes de la télé publique en tenant des propos racistes envers les francophones, la CBC trouve le moyen de se débrouiller et se tait.»

La direction de la télévision française est étrangement silencieuse sur ce sujet qui agite sa partenaire canadienne-anglaise. Au service des relations publiques de Radio-Canada à Montréal, on fait valoir que ce débat relève strictement de la programmation de CBC et, ultimement, du président de Radio-Canada.
3 commentaires
  • Martin Godbout - Inscrit 6 février 2004 07 h 05

    Pas une simple question de liberté d'expression

    Les propos de Don Cherry sont inacceptables dans le contexte canadien. Ce sont des affirmations gratuites qu'on peut excuser lorsqu'elles proviennent d'un ivrogne dans un bar, mais pas lorsqu'elles sont dites à la télévision nationale et à une des émissions les plus regardées au pays!

    Le but de Cherry n'était pas de donner une explication au phénomène de la visière ou aux problèmes de drogue au hockey junior, son objectif était de ridiculiser les francophones.

    Je suis scandalisé. Il devrait être congédié. Toutefois, je ne me fais pas d'idée, la CBC va être accommodante dans son cas. En plus, au Canada anglais, on considère que c'est une question de liberté d'expression. Or, la liberté d'expression, elle-même, a des limites, surtout lorsqu'il s'agit de propos ridicules attaquant de façon méchante l'origine ethnique. La liberté d'expression n'est pas un droit, mais un noble privilège qu'on ne doit pas gaspiller.

    En même temps, le cas de Don Cherry est loin d'être unique au Canada. En 2001, la populaire animatrice de la BBC, Anne Robinson, avait mentionné en ondes que les Gallois étaient « irritants et ennuyeux ».

    Les Gallois s'étaient élevés contre ces paroles, jusqu'aux Etats-Unis. La police avait même fait une enquête. Finalement, la Broadcasting Standards Commission, l'équivalent du CRTC, qui avaient reçu plus de 400 plaintes, avaient statué que les remarques de Madame Robinson contre les Gallois étaient "very close to the boundaries of acceptability". Donc, elle lui lançait un sévère avertissement et la Commission tenait aussi compte de la position galloise, comme étant une nation constituante du Royaume-Uni.

    Alors, il ne faut pas crier au scandale en ce qui concerne les plaintes formulées à l'égard de Don Cherry. Les francophones sont une partie intégrante de la nation canadienne, alors le CRTC et la CBC ne peuvent se permettre de soutenir Cherry sans qu'il soit à tout le moins rigoureusement averti. Si on n'a pas à le congédier, on doit vraiment lui faire comprendre qu'il a été très près de la limite de ce qui est acceptable à la télévision nationale d'un pays bilingue.

  • Pierre Pinsonnault - Inscrit 6 février 2004 14 h 06

    Don Cherry, salaire annuel de 700 000$?

    Si le titre interrogatif amène une réponse positive comme le laisserait croire la députée bloquiste Christiane Gagnon, bien de nos compatriotes vont offrir leurs services à seulement 100 000$ par année avec, en prime, trois fois plus d'insultes et une augmentation de la cote d'écoute.

    À bon droit cependant, ce monsieur (monsieur?) mériterait d'être congédié tout comme le serait n'importe lequel employé, au service d'une clientèle, qui se paierait une montée de lait contre une certaine partie de cette clientèle et ce, publiquement.

    Mais Cherry a certes un ami bien placé à Radio-Canada pour qu'un tel inculte soit payé autant pour porter de tels jugements. Il ne serait pas surprenant, si la perception de Cherry est valide quant aux "qualités" des francophones, que cet ami soit un francophone, un judas comme seules les "frogs" que nous sommes peuvent se le permettre. Tout cela avec une partie de nos taxes. Gagne d'imbéciles, à la prochaine chicane!

    P.S. Je pourrais faire l'affaire pour remplacer Cherry, n'est-ce pas?

  • martin sirois - Inscrit 6 février 2004 22 h 11

    Pourquoi pas l'indifférence?

    Toutes ces réactions me laisse songeur, pourquoi accorder autant d'importance à des commentaires aussi banales.Tout le monde à besoin de sa tête de turc; les Français ont les Belges, les Danois ont les Suèdois, les Américains ont les Canadiens anglais!