Radio radio

Arnaud Larsonneur vient de prendre la barre de CIBL-FM.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Arnaud Larsonneur vient de prendre la barre de CIBL-FM.

Les deux occupent une place bien spéciale, marginale et communautaire à souhait sur la bande FM de Montréal. CISM fête ses 25 ans. CIBL en aura bientôt 35. Le patron de l’une s’en va. Un nouveau «boss» arrive pour l’autre. Beau temps pour des bilans et voir ce qui se pointe devant.

Penser globalement, agir localement. Le mot d’ordre écolo semble se renverser chez Arnaud Larsonneur, nouveau directeur général de CIBL, 101,5 FM, la radio communautaire de Montréal : il a passé les huit dernières années à agir dans différents pays du monde au service d’un média chaque fois pensé pour sa proximité avec les localités desservies.

Le bourlingueur des ondes a travaillé cinq ans « du côté finance » pour la télé TF1, dans sa France d’origine. Il a ensuite développé des chaînes en Europe centrale et de l’Est, puis en Afrique de l’Ouest avant de poser ses pénates à Montréal.

« J’ai surtout travaillé à la réorganisation et au pilotage de radios et ces trois dernières années, je me suis concentré exclusivement au développement de Vibes Radio au Sénégal et en Côte d’Ivoire », explique le jeune patron rencontré mercredi, à sa deuxième journée de boulot.

Il a migré ici en août 2015. « Mon amoureuse et moi étions venus avec les enfants il y a quelques années et nous avions beaucoup aimé. »

Le néo-Québécois a été choisi par le conseil d’administration de CIBL à la suite d’un concours. « La radio, c’est ma passion. J’ai commencé par écouter l’offre sur la bande FM. J’ai découvert les radios communautaires et notamment CIBL. Quand j’ai vu passer les articles parlant de ses problèmes, en janvier, j’ai posé ma candidature. »

Dette accumulée

La chaîne communautaire, qui fête ses 35 ans ce mois-ci, ne pète pas le feu. La dette accumulée oscille autour de 200 000 $. La masse salariale a été réduite de 40 % l’an dernier, et le prédécesseur de M. Larsonneur congédié le 7 janvier. Le conseil de gestion a clairement indiqué sa préférence pour un remplaçant « business-oriented » sensible aux réalités numériques.

« La radio est en mutation à cause d’Internet, comme tous les médias, mais elle résiste voire progresse plutôt bien, partout dans le monde. Les auditeurs nous écoutent toujours chez eux, au réveil, dans la cuisine, dans la voiture. Internet n’est pas encore généralisé dans les voitures, mais le Web impacte quand même le marché publicitaire de la radio. Pour moi, les difficultés de CIBL sont temporaires et non pas structurelles et il y a de belles choses à faire. »

Lesquelles ? Le d.g. a évidemment besoin de temps pour mieux comprendre son nouveau joujou. Il révèle quand même quelques éléments du programme.

« Les problèmes financiers étaient sur du très court terme. Les dépenses ont été diminuées avant mon arrivée. La campagne de sociofinancement va très bien et nous avons déjà environ 20 000 $ de ramassés sur l’objectif de 35 000 $. Je suis assez serein. »

L’entrevue se déroule dans le studio principal de CIBL, qui donne à l’intersection à moitié déglinguée de Saint-Laurent et Sainte-Catherine. La chaîne est le principal locataire du 2.22, édifice neuf érigé à proximité des façades délabrées du boulevard Saint-Laurent. CIBL y est depuis le tournant de la décennie et les charges supplémentaires n’ont certainement pas aidé.

« C’est certain que les locaux ici sont plus chers qu’avant, dit M. Larsonneur qui a lu sur l’histoire de sa station. CIBL a entamé une réflexion sur ses besoins en espaces en fonction de la taille de son équipe. Ça fait partie des enjeux. Je dois ajouter que j’ai vu beaucoup de radios dans le monde et que les infrastructures de CIBL sont de grande qualité. Je suis très heureux que nous soyons ici, au centre de la ville. »

La chute des revenus n’aide pas. CIBL semble subir les effets pervers des compressions gouvernementales qui ont affecté les budgets publicitaires des organismes subventionnés, clientèle naturelle de la chaîne. « Nos clients historiques ont de la difficulté, mais le marché publicitaire de la radio se porte plutôt bien. Il y a donc du chemin pour progresser. »

Vers où ? Le directeur sent que la radio a quelques années de répit devant elle avant de subir de grands bouleversements à son tour. La grande numérisation se poursuit là aussi. On le voit bien avec le lancement récent de Première Plus par ICI Radio-Canada, plateforme consacrée aux archives et aux longs formats.

« La clé, c’est le contenu, musical et parlé, dit Arnaud Larsonneur. C’est aussi la nature de CIBL de développer des talents dans une ville qui déborde de créativité. Je crois donc que dans les semaines et dans les mois qui viennent, CIBL va revenir aux bases de la radio, sur la production de contenus. Le plan, c’est ça. Pour les détails, on verra. »

En avant la musique

CIBL a 35 ans. Sa cadette CISM (89,3 FM) en a 25. La radio étudiante de l’UdeM a organisé vendredi une soirée hip-hop à la Société des arts technologiques. Ce samedi, les festivités se poursuivent en rock au Club Soda. Le jeudi 31 mars, le groupe We Are Wolves offrait un spectacle au Divan orange.

« Nous sommes la radio de la musique émergente et ça marche, explique le directeur, Jarrett Mann. Le son de jour est plus rock. Le soir on joue du jazz, du hip-hop, du métal aussi. »

Ancien étudiant en cinéma, M. Mann occupe le poste de directeur depuis quatre ans et il le quittera à la fin du mois. Son équipe compte cinq autres employés à temps plein et trois à temps partiel, mais aussi 125 bénévoles environ qui produisent quelque 80 émissions par semaine.

Le budget annuel d’un demi-million est alimenté aux deux tiers par des cotisations étudiantes. La pub fait le reste.

Au départ, il y avait davantage d’information. Le média couvrait le campus avec une salle de nouvelles qui n’existe plus. Par contre, la programmation comprend environ une émission sur cinq traitant d’un sujet culturel ou de société.

CISM se présente comme « la plus grande radio étudiante francophone du monde ». Son antenne rayonne au-delà de Grandby. Les derniers sondages Numéris lui accordent 77 000 auditeurs par semaine.

La chaîne mise de plus en plus sur son nouveau site Internet, ses réseaux sociaux et son application mobile pour renouveler ses auditoires. La millionième écoute en ligne a été enregistrée en janvier, après un peu plus de deux années de service Web. « Il faut qu’on s’adapte et on le fait, dit M. Mann. Mais pour nous, la numérisation, c’est tout bénéfice. »