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L’UE appelle la Turquie à respecter la liberté de la presse

La Turquie, en tant que candidate à l’adhésion à l’Union européenne (UE), se doit de « respecter » la liberté de la presse, a déclaré samedi le service diplomatique de l’Union européenne à la suite de la mise sous tutelle du quotidien d’opposition turc Zaman.

« L’UE a constamment souligné que la Turquie, en tant que pays candidat, doit respecter et promouvoir des normes et pratiques démocratiques élevées, dont la liberté des médias », selon un communiqué diffusé à deux jours d’un sommet UE-Turquie à Bruxelles consacré à la crise des migrants.

« Tout pays, et en particulier ceux qui négocient l’accession à l’UE, se doit de garantir des droits fondamentaux, y compris la liberté d’expression, et les procédures judiciaires régulières, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme », précise le communiqué.

Ce quotidien, hostile au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, a été placé vendredi sous tutelle par une décision de justice, dernier exemple en date d’une répression accrue à l’encontre des médias qui a provoqué l’inquiétude non seulement de l’Union européenne, mais aussi des États-Unis.

«Jour de honte»
 

En début d’après-midi samedi, la police est intervenue pour mettre fin au rassemblement, à Istanbul, de quelque 500 personnes devant le siège du journal. Les forces de l’ordre ont copieusement arrosé la foule de gaz lacrymogène, utilisant également des canons à eau et des tirs de balles en caoutchouc.

« On ne fera pas taire la presse libre », criaient les manifestants.

Cette affaire survient à deux jours d’un sommet lundi entre l’Union européenne (UE) et la Turquie sur la crise des migrants, au cours duquel Ankara espère une accélération de sa procédure d’adhésion à l’Europe en échange d’efforts pour enrayer le flot des candidats à l’exil qui quittent clandestinement ses côtes.

Zaman titrait samedi sur un « jour de honte » pour la liberté de la presse en Turquie. « La Constitution est suspendue », affichait le journal en une, en gros caractères blancs sur fond noir, après avoir réussi à imprimer une édition réduite avant l’assaut. « La presse turque vient de vivre un des jours les plus noirs de son histoire », accuse le journal, dénonçant « une prise de contrôle organisée par les autorités ».

 

Peu avant minuit, la police avait investi le bâtiment, dispersant des centaines de personnes qui s’étaient rassemblées devant les locaux.

Respect de la presse

Samedi matin, un important dispositif policier entourait les lieux, contrôlant soigneusement l’identité des employés qui se rendaient à leurs postes de travail. Des administrateurs désignés par les autorités ont déjà pris leur fonction sur place.

L’Union européenne et les États-Unis ont fait part samedi de leur profonde inquiétude pour la liberté de la presse en Turquie.

Le commissaire européen à l’élargissement, Johannes Hahn, s’est déclaré « extrêmement préoccupé par les derniers développements autour du journal Zaman, qui mettent en danger les progrès de la Turquie dans d’autres domaines ».

« Nous allons suivre de près ce qui va se passer. La Turquie, candidate à l’adhésion, doit respecter la liberté de la presse. Les droits fondamentaux ne sont pas négociables », a-t-il souligné.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a promis d’évoquer le sujet, « un nouveau coup porté à la liberté de la presse en Turquie », lors de sa rencontre lundi avec le premier ministre Ahmet Davutoglu.

Et Washington, par la voix du porte-parole du département d’État John Kirby, a dit regretter « la dernière d’une série d’inquiétantes actions judiciaires et policières prises par le gouvernement turc pour cibler des médias et ceux qui le critiquent ».

« Nous demandons aux autorités turques de s’assurer que leurs actes sont conformes aux valeurs démocratiques universelles, inscrites dans leur propre constitution, dont la liberté d’expression et la liberté de la presse », a-t-il poursuivi.

Le groupe Zaman, qui outre le quotidien Zaman possède le journal de langue anglaise Today’s Zaman et l’agence de presse Cihan, est considéré comme étant proche de l’imam Fethullah Gülen, un ancien allié devenu l’ennemi numéro un de M. Erdogan depuis un retentissant scandale de corruption qui a éclaboussé le sommet de l’État fin 2013.

Le président accuse M. Gülen, 74 ans, d’être à l’origine des accusations de corruption qui l’ont visé il y a deux ans et d’avoir mis en place un « État parallèle » destiné à le renverser, ce que les « gülenistes » nient farouchement.


Pressions croissantes
 

Depuis ce scandale, les autorités turques ont multiplié les purges, notamment dans la police et le monde judiciaire, et les poursuites judiciaires contre les proches de la nébuleuse Gülen et ses intérêts financiers.

Depuis plusieurs mois, l’opposition turque, les ONG de défense des médias et de nombreux pays s’inquiètent des pressions croissantes exercées par M. Erdogan et son gouvernement sur la presse et dénoncent sa dérive autoritaire.

Deux journalistes du quotidien d’opposition Cumhuriyet, Can Dündar et Erdem Gül, doivent ainsi être jugés à la fin du mois pour avoir fait état de livraisons d’armes d’Ankara à des rebelles islamistes en Syrie. Ils risquent la prison à vie.

Le gouvernement turc a interdit de diffusion la semaine dernière la chaîne de télévision prokurde IMC, accusée de « propagande terroriste » en faveur des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit).

La justice turque avait déjà mis en octobre sous tutelle la société Koza-Ipek, également proche de l’imam Gülen, qui détenait deux quotidiens et deux chaînes de télévision qui ont aujourd’hui mis la clé sous la porte.

La Turquie pointe à la 149e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF).