Guerre de mots entre Djemila Benhabib et le Conseil de presse

Djemila Benhabib lors d’un débat politique en 2013
Photo: Yan Doublet Le Devoir Djemila Benhabib lors d’un débat politique en 2013

Le torchon brûle entre le Conseil de presse du Québec (CPQ) et la blogueuse Djemila Benhabib, blâmée sévèrement pour plagiat par le tribunal d’honneur des médias dans une décision qu’il a rendue publique il y a une semaine.

La blogueuse, qui avait déjà qualifié la décision du CPQ de « grossière job de bras », a convoqué les médias, jeudi, pour dénoncer, encore une fois, les attaques dont elle dit être victime. « Il y a eu une charge politique qui a été orchestrée contre moi. Il y a eu une charge médiatique qui a été orchestrée contre moi. La preuve en est la dimension [de la nouvelle] relayée de façon extrêmement insistante », a rapporté Radio-Canada.

La veille, la présidente du Conseil de presse, Paule Beaugrand-Champagne, répliquait dans une lettre ouverte aux premières critiques qu’avait formulées Mme Benhabib, sur sa page Facebook cette fois. « La vérité, c’est que le Conseil de presse existe d’abord et avant tout pour défendre le droit du public à une information de qualité, et non pour défendre des intérêts privés », a écrit Mme Beaugrand-Champagne.

Trois réactions

Jusqu’ici, Djemila Benhabib a réagi en trois temps à la décision du CPQ : une première fois dans ces pages, vendredi dernier ; puis sur sa page Facebook ; et, enfin, devant les médias jeudi. Chaque fois, elle a utilisé des mots durs à l’endroit du tribunal d’honneur des médias, auquel elle a reproché de participer à une « tentative d’exécution publique » et de « manquer de rigueur », en plus de le soupçonner d’entretenir des « accointances » avec des médias qui ont diffusé la décision du CPQ avant qu’elle ne soit rendue publique.

« Je reçois ça assez mal », a déclaré au Devoir Paule Beaugrand-Champagne, à propos des intentions que prête la blogueuse au CPQ. « S’il y a quelqu’un qui est en train de politiser cette affaire-là, c’est un peu elle. Tout ce que le comité des plaintes du Conseil de presse a fait, c’est analyser cinq textes qu’elle avait publiés sur Sympatico.ca et vérifier s’il y avait plagiat ou pas, inexactitude ou pas. »

Un processus rigoureux

Le processus d’étude d’une plainte est long et rigoureux, a souligné la présidente. À preuve, le CPQ a rendu une décision en janvier à propos d’une plainte déposée en mai.


« Elle [Mme Benhabib] a décidé que c’était un complot contre elle, mais ce n’est certainement pas un complot du Conseil de presse », a poursuivi Mme Beaugrand-Champagne. « Nous, on défend le droit du public à l’information, et c’est tout. »

Quant aux « accointances » présuméesavec les médias, la présidente a suggéré de regarder du côté de ceux à qui la décision a été envoyée une fois qu’elle a été rendue. « La façon de procéder, c’est qu’on envoie la décision à la plaignante et, en même temps, à la mise en cause et à son patron de presse, s’il y a lieu », a-t-elle expliqué. « Si quelqu’un a coulé quelque chose, il faut que ce soit une des trois personnes en question. »

Aux critiques de Djemila Benhabib, qui a avancé dans sa réplique que le blogue « est beaucoup moins à cheval sur l’identification précise des sources que […] la chronique ou l’information factuelle », Mme Beaugrand-Champagne a répliqué que le plagiat est interdit dans tous les cas. « Le code de déontologie journalistique est très clair. Qu’on écrive dans un blogue ou sur papier, ce sont les mêmes règles de journalisme qui doivent s’appliquer. » Le plagiat, d’ailleurs, n’est pas accepté dans les universités ou dans les publications, « quelles qu’elles soient », a-t-elle rappelé.