Djemila Benhabib «blâmée sévèrement» pour plagiat

La blogueuse et auteure Djemila Benhabib
Photo: Yan Doublet Archives Le Devoir La blogueuse et auteure Djemila Benhabib
Blâmée sévèrement par le Conseil de presse du Québec (CPQ) pour plagiat et inexactitude, la blogueuse et auteure Djemila Benhabib estime qu’elle fait les frais d’une « tentative d’exécution publique ».

Dans une décision datée du 22 février, le tribunal d’honneur des médias s’est prononcé sur une plainte déposée en mai 2015 par la journaliste indépendante Odile Jouanneau à propos de textes publiés sur le site Web Sympatico.ca entre octobre 2014 et avril 2015.
 

Selon la journaliste, neuf entrées de blogue contenaient des passages plagiés, des inexactitudes et des informations incomplètes. Devant « l’ampleur de la tâche », et d’un commun accord avec la plaignante, le conseil a analysé cinq textes, un exercice au terme duquel il a retenu les reproches de plagiat et un grief pour inexactitude.

« Dans tous les articles analysés, le Conseil a constaté, à divers degrés, du plagiat sous la forme de passages reproduits mot à mot ou reformulés à partir de diverses sources, soit des quotidiens en ligne, des auteurs littéraires ou des chercheurs et intellectuels », a écrit le CPQ dans sa décision.

Un «manque de prudence»

Appelée à commenter la décision du CPQ, vendredi, Djemila Benhabib a reconnu avoir « manqué de prudence ». « Je n’ai pas fait le travail comme je devais le faire. J’ai manqué totalement de vigilance », a-t-elle admis.

Selon l’ex-candidate péquiste et auteure, la présence de passages entièrement recopiés d’autres articles — du Point ou du Courrier international, par exemple — s’explique par le fait qu’elle prend souvent des notes. « Je les mets dans un calepin, par moments je mets la référence, et par moments je ne le fais pas », a-t-elle avancé.

La défense qu’elle avait présentée au CPQ était différente. « Mme Benhabib affirme au contraire que ses sources “sont clairement identifiées, en témoignent les liens insérés dans mes chroniques” », a rapporté le conseil dans son jugement.

Du harcèlement

Mais selon Djemila Benhabib, « la question n’est pas là ». « Cette personne m’a harcelée pendant des jours, des semaines, des mois, elle m’a provoquée sur les réseaux sociaux, et quand ça n’a pas marché, elle m’a traquée », a-t-elle dit à propos d’Odile Jouanneau.

La blogueuse reproche à la journaliste, qui n’en est pas à sa première plainte au CPQ pour plagiat, d’être incapable de supporter ceux qui ne partagent pas ses opinions. « Et c’est ce qui me gêne profondément », a réagi Mme Benhabib. « Il y a des gens qui sont incapables de soutenir le débat d’idées, et ils utilisent les institutions publiques pour nous discréditer. C’est une tentative d’exécution publique. »

En entrevue au Devoir, Odile Jouanneau s’est défendue de formuler des attaques personnelles. « C’est une réflexion sur son oeuvre », a-t-elle précisé.

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est la quête de vérité. Je suis indignée par la désinformation », a ajouté la journaliste. « Ça m’indigne en tant que journaliste, ça m’indigne en tant que public, et je le fais pour la seule et unique raison de l’intérêt public. »

Un porte-parole de Bell Média, propriétaire de Sympatico.ca, a quant à lui fait savoir que son organisation « respectait » la décision du Conseil de presse. « [Nous] allons la publier sur Sympatico.ca au cours des prochains jours », a fait savoir Simon Céré.

Un nouveau livre

En pleine promotion de son quatrième livre, Après Charlie — Laïques de tous les pays, mobilisez-vous !, Djemila Benhabib assure que sa démarche est « beaucoup plus rigoureuse » dans le cadre d’une démarche d’écriture d’essai qu’au moment d’écrire des articles de blogue.

Qu’à cela ne tienne, le CPQ rappelle dans sa décision que « citer ses sources est une des responsabilités cardinales des journalistes » et que « repiquer ou reformuler des passages d’un texte sans le faire constitue incontestablement du plagiat ».

« La répétition du plagiat dans les différents articles de Mme Benhabib, une faute jugée grave par le comité des plaintes, motive la décision du Conseil de blâmer sévèrement la blogueuse », conclut donc le CPQ.

28 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 26 février 2016 19 h 30

    Cette même Odile Jouanneau avait déjà portée plainte en 2014.

    Et voilà ce que le Conseil de presse du Québec avait mentionné à propos de cette plainte:

    Le Conseil de presse du Québec rappelle que : « Lorsqu'une plainte est retenue, l'entreprise de presse visée par la décision a l'obligation morale de la publier ou de la diffuser. Les entreprises de presse membre s'engagent pour leur part à respecter cette obligation, et à faire parvenir au secrétariat du Conseil une preuve de cette diffusion au maximum 30 jours suivant la date de la décision. » (Règlement No 2, article 8.2)

    • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2016 14 h 48

      Après avoir fait ce commentaire, je ne suis pas surpris de voir les corbeaux d'une certaine gauche solitaire apparaître pour essayer de répudier Mme Benhabib qui a et aura toujours mon support et mon respect. Cette Odile Jouanneau est une plaignante professionnelle.

      J'espère que je n'ai pas copié personne ou fait du plagiat en émettant ce commentaire.

  • Marc Leclair - Inscrit 26 février 2016 21 h 57

    L'art de chercher des poux.

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 février 2016 10 h 21

      M. Leclair, il est ici question de plagiat. Ce n'est pas banale comme façon de faire!

  • Hugues St-Pierre - Abonné 26 février 2016 23 h 00

    H St-Pierre

    Malheureusement, votre article, madame Sioui, ne permet pas de bien comprendre la situation. Sur quelle période de temps se sont produites les fautes?
    9 fautes se seraient produites durant cette péride dans combien de textes? Quelle est la nature de ces fautes: oublier ou négliger de citer ses souces est fautif mais ne change rien a la véracité des faits?
    On parle d'imprécision, de quel ordre?
    Madame Benhabid continue d'avoir ma confiance devant des reproches aussi peu étayés mais j'aurais aimé que votre texte soit plus précis!

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 27 février 2016 11 h 13

      Pour plus de précisions sur la plainte d'O. Jouanneau et le verdict du CPQ voir:
      http://conseildepresse.qc.ca/decisions/d2015-05-12

      Vous constaterez, peut-être comme moi, que ce sont des incartades peu ou prou volontaires plutôt que de véritables infractions.

  • Lise Bélanger - Abonnée 27 février 2016 06 h 47

    Mme Benhabib, votre verbe est précieux, vous avez tout mon appui.

    Lise Bélanger

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 février 2016 10 h 24

      Je vous trouve bien indulgente Mme Bélanger. La façon dont travaille cette blogueuse est, à mon sens, condanable.

  • Pierre Desautels - Abonné 27 février 2016 08 h 00

    Il faut assumer...

    "C’est une tentative d’exécution publique."

    Madame Benhabib devrait s'en tenir aux faits, assumer ses responsabilités et ne pas ressortir une nième théorie du complot...

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 février 2016 10 h 45

      Peu importe les motifs de Mme Jouanneau, il n'en demeure pas moins que Mme Benhabib a plagié sur son blogue.