Le mensuel «Graffici» en difficulté

Le numéro de février du mensuel gaspésien «Graffici»
Photo: Source «Graffici» Le numéro de février du mensuel gaspésien «Graffici»

La Gaspésie risque de perdre un de ses rares médias indépendants. Le journal mensuel Graffici, fondé il y a 16 ans, vient de suspendre sa publication, mais annonce qu’il « demeurera présent sur le Web » avec son site graffici.ca.

Les trois employés permanents de la publication ont été mis à pied vendredi par le conseil d’administration de l’entreprise médiatique collective fonctionnant comme une coop. Une équipe de crise est mise en place pour tenter de trouver des solutions à la crise financière qui touche la publication.

Les problèmes sont les mêmes que pour les autres médias imprimés : le modèle d’affaires traditionnel ne fonctionne plus, ou mal. Graffici survit depuis le tournant du siècle en s’appuyant sur la publicité. Or, comme partout, cette source de revenus migre vers le Web ou d’autres plateformes.

Victime de l’austérité

En plus, Graffici doit composer depuis le début de l’année avec la perte de contrats publicitaires que lui fournissaient auparavant la Conférence régionale des élus Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, les centres locaux de développement de la région et d’autres agences du gouvernement du Québec. La perte anticipée est de 100 000 $, soit le quart des revenus annuels en pub. Le journal se présente donc comme une victime indirecte des programmes d’austérité.

« Graffici est le seul journal indépendant à l’est de Rimouski, explique Pascal Alain, rencontré mardi au Devoir. Il y a des hebdomadaires dans certaines communautés, mais nous sommes le seul média à relier toute la Gaspésie, donc 800 km de côte. »

Pascal Alain est chroniqueur bénévole de Graffici, qu’il a cofondé en 1999 comme média d’abord culturel, puis généraliste. L’entreprise fonctionne comme une coopérative. Une dizaine de collaborateurs contractuels y fournissent des services en journalisme, graphisme ou gestion et des dizaines de collaborateurs bénévoles le soutiennent.

Attachés

Le journal tire à quelque 23 000 exemplaires. « Une équipe réfléchit à des options de sauvetage, dit M. Alain. On ne semble pas pouvoir miser uniquement sur le Web. Nos lecteurs sont encore très attachés au papier. »

La menace de disparition du journal semble encore plus à conséquence dans une immense région déjà trop négligée médiatiquement. La firme Influence Communication a hiérarchisé quelque 1,7 million de nouvelles diffusées au Québec en 2015 en fonction de leur poids média global. Pour trouver une première info sur la Gaspésie, il fallait attendre la 10 000e place.

« On se retrouve avec un peu de Radio-Canada qui coupe ses effectifs en région, quelques radios communautaires, une vingtaine d’hebdos de Transcontinental, dit Pascal Alain. Nous, nous avons une ligne éditoriale et nous couvrons tous les aspects de la Gaspésie. Il n’y a rien qui ressemble à ça. »