Brian Myles à la tête du «Devoir»

Bernard Descôteaux et Brian Myles
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bernard Descôteaux et Brian Myles

Brian Myles revient à la maison et rentre par la grande porte.

Le nouveau directeur du Devoir, dont la nomination a été annoncée lundi après-midi, a commencé sa carrière comme commis de la salle de rédaction il y a une vingtaine d’années, après ses études en communications. Le petit de la base y est ensuite devenu reporter. Il a aussi été président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) de 2009 à 2013.

Quand le comité de sélection du remplaçant de Bernard Descôteaux l’a contacté en décembre pour sonder son intérêt, Brian Myles avait quitté le journal depuis quelques mois pour occuper un poste de professeur à l’École des médias de l’UQAM. II n’a fallu que quelques minutes au président du conseil d’administration, responsable de la chasse au directeur, pour se convaincre qu’il tenait son nouveau directeur, neuvième en titre depuis la fondation du Devoir en 1910.

« Ça ne prend pas n’importe qui pour gérer une entreprise, dit le président Jean Lamarre, qui siège à une quinzaine de conseils d’administration. […] Pour moi, au bout de quinze minutes d’interview, et j’en ai engagé des p.-d.g. dans ma vie, mon instinct me disait que c’était lui. Le comité de sélection l’a rencontré un peu après Noël et a été unanime. On savait tous que c’était lui. Je sais qu’expliquer son instinct, c’est complexe, mais j’ai appris à ne pas aller contre son instinct. »

Accentuer la visibilité du quotidien

Brian Myles a 42 ans. Il est donc de la génération du nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lui-même né en 1971. Originaire de Trois-Rivières, il avoue ne pas avoir songé au poste de directeur en lisant l’appel d’offres l’automne dernier.

« Après le premier appel téléphonique du comité, j’ai cependant vite compris que la première qualité, c’était d’avoir Le Devoir tatoué sur le coeur et d’être capable de ramener un vent d’optimisme dans cette entreprise, dit le jeune patron. Quand je suis parti du journal pour aller enseigner à l’université, j’ai dit aux collègues que Le Devoir n’allait pas couler et que je ne partais pas parce qu’il coulait. Je suis parti parce qu’on m’offrait un poste privilégié d’observateur de la société. […] Quand j’ai été contacté pour le poste, j’ai compris que je m’y préparais depuis vingt ans. Je valorise la qualité. Je suis capable d’écrire et de penser. »

Brian Myles tient une chronique sur le site du magazine L’Actualité. Le nouveau directeur entend devenir éditorialiste en chef et être « très présent » sur la place publique pour accentuer la visibilité du Devoir et y attirer de nouveaux fidèles. « La Presse a largué un bon nombre de lecteurs en abandonnant ses éditions papier en semaine. J’aimerais dire à ces lecteurs qu’ils sont les bienvenus dans nos pages et que nous leur offrons un journal de qualité imprimé. »

Il a prouvé ses capacités de rassembleur en devenant président de la FPJQ au moment où le long conflit de travail au Journal de Montréal divisait la profession. Il a été un enseignant et un orateur apprécié.

Jean Lamarre rajoute qu’il fallait aussi quelqu’un avec une vision du média centenaire dans le Québec d’aujourd’hui.

« On est dans un changement perpétuel, dit le sélectionneur en chef. Il nous fallait quelqu’un d’énergique, qui voyait les problèmes liés aux nouvelles plateformes, quelqu’un de plus jeune, capable d’assumer ce type de travail. Il fallait aussi que ce soit le premier journaliste du Devoir. Il fallait quelqu’un avec un peu d’expérience de gestion et un leader naturel capable de saisir un problème et de trouver une solution. Il fallait finalement une vision optimiste, avec la volonté d’encourager les jeunes à être un peu partout sur la planète et à contribuer. »

Laquelle alors ? Quelle vision le candidat Brian Myles a-t-il défendue ?

En entrevue, il demande un peu de patience. Il va d’abord « faire le tour de la boîte » puisqu’il doit « voir plus loin que la rédaction ». Il va ensuite miser sur les forces héritées de l’entreprise médiatique. « C’est un journal de qualité, dit-il. Il faut donc plus de qualité et pas moins. Ce journal est à son summum quand il propose du contenu original et unique. »

Nationalisme

La recherche active du patron de substitution a commencé l’automne dernier. Robert Racine, chasseur de têtes de la firme Kenniff Racine, a reçu le mandat de trouver des candidats. « On pensait avoir trouvé la solution au mois d’octobre, dit M. Lamarre. Finalement, ce n’était pas les deux meilleurs candidats. Nous avons continué les recherches et j’ai été fortement impressionné, tout comme le comité de sélection, par la présence de Brian et sa vision du nationalisme aujourd’hui. »

Cette fois, Brian Myles précise davantage ses options et sa vision. « Le nationalisme n’est pas que politique, dit-il. Être nationaliste, c’est aussi se préoccuper de l’intégration des nouveaux arrivants et ne pas en faire une punition. Être nationaliste, c’est ne pas accepter qu’on fabrique un million d’analphabètes dans une société comme la nôtre ni accepter les taux de décrochage scolaire encore les plus élevés au Canada. Être nationaliste, c’est accompagner encore et toujours les Québécois dans leur émancipation. C’est ce que Le Devoir a fait historiquement. »

Brian Myles sort un morceau de papier de la poche de son veston. Il y a recopié une citation du fondateur du Devoir dont il évoque la figure tutélaire. « Comme le disait Henri Bourassa, ce journal a révélé “dans le peuple, et surtout les classes dirigeantes, le sentiment du devoir public sous toutes ses formes”. C’est ce que nous allons continuer à faire. »

Bernard Descôteaux dirige l’entreprise depuis 1999, année où il a succédé à Lise Bissonnette. Le nouveau directeur Brian Myles entrera en fonction le 8 février.

Le directeur du «Devoir» depuis 1999, Bernard Descôteaux, accueillant son successeur

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

C’est un journal de qualité. Il faut donc plus de qualité et pas moins. Ce journal est à son summum quand il propose du contenu original et unique.

Au bout de quinze minutes d’interview, et j’en ai engagé des p.-d.g. dans ma vie, mon instinct me disait que c’était lui. Le comité de sélection l’a rencontré un peu après Noël et a été unanime. On savait tous que c’était lui. Je sais qu’expliquer son instinct, c’est complexe, mais j’ai appris à ne pas aller contre son instinct.

26 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 19 janvier 2016 01 h 02

    Félicitations, monsieur Myles et bonne route !

    Après vous avoir suivi vos engagements depuis votre présidence de la FPJQ, je me réjouis du choix des responsables du journal Le Devoir.

    Je vous souhaite un succès assuré par votre personnalité inspirante !

    Diane Gélinas

    P. S. Merci à Monsieur Descôteaux de toutes ses années de travail, de dévotion même, à préparer sa succession d'une façon tout à fait formidable!

    Nous serons toujours heureux de vous lire en votre qualité d'éminent journaliste dans les grands moments de la marche du peuple québécois vers son indépendance.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 janvier 2016 03 h 37

    Yahou !

    Re Bienvenue au Le Devoir !

    Bravo pour votre nomination, M Myles !

    Yahou ! -19 jan 2016 -

  • Bernard Tremblay - Abonné 19 janvier 2016 04 h 16

    Bonne nouvelle!

    Rassurante pour l'avenir de mon quotidien!

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 19 janvier 2016 06 h 01

    Olé!les fraises et les framboises!

    Réjouissante nouvelle que votre nomination;alors large bienvenue...bien entendu.

  • Jean Lapointe - Abonné 19 janvier 2016 06 h 52

    Qu'a-t-il donc contre le nationalisme politique?

    « Le nationalisme n’est pas que politique, dit-il. Être nationaliste, c’est aussi se préoccuper de l’intégration des nouveaux arrivants et ne pas en faire une punition etc.» (Brian Miles)

    Je ne comprends pas très bien le sens de cette phrase.

    A qui donc monsieur Miles s'oppose-t-il donc en affirmant que pour lui «le nationalisme n'est pas que politique»?

    Qu'a-t-il donc à redire du nationalisme politique québécois actuel?

    On dirait qu'il laisse entendre que certains nationalistes québécois ne se préoccuperaient pas des problèmes qu'il mentionne.

    On dirait qu'il laisse entendre qu' un certain nationalisme québécois serait un repli sur soi. Bref, on dirait que pour lui il y aurait des problèmes plus importants que le statut du Québec.

    Il en a bien le droit bien sûr mais en tant que lecteur du Devoir depuis une cinquantaine d'années j'aurais espéré quelqu'un de moins «méfiant» dès le départ et de mons «négatif».

    En tout cas on verra bien ce qu' il fera du journal. C'est à suivre.

    Mais je ne suis pas très optimiste.

    • Pierre Desautels - Abonné 19 janvier 2016 08 h 44


      "On dirait qu'il laisse entendre qu' un certain nationalisme québécois serait un repli sur soi."

      C'est vous qui le dites, Monsieur Lapointe. Mais, de toute façon, l'arrivée de Brian Myles, un jeune homme brillant, est une bonne nouvelle pour le nationalisme québécois, qui a besoin d'une cure de jeunesse. Oui, il y a une frange de ce nationalisme qui exprime un repli sur soi et ce sont les jeunes qui vont ouvrir la voie à un nationalisme d'ouverture, un nationalisme plus moderne...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 janvier 2016 09 h 26

      « Que »

      Tant que Le Devoir ne se confinera pas au soutien idéologique du nationalisme politique, auquel cas il deviendrait un outil de propagande (sans connotation péjorative), je resterai abonné. Autrement, j'irai puiser directement dans le programme de QS et du PQ et je lirai leurs communiqués de presse et leurs discours.

      Cette nomination ranime l'espoir que Le Devoir reste « libre de penser ».