CIBL en sociofinancement pour ne pas sombrer

CIBL est au bord du gouffre et lance un appel à tous pour ne pas vaciller et sombrer. Une campagne de sociofinancement active depuis une semaine souhaite accumuler 35 000 $ d’ici quatre mois.

La radio communautaire de Montréal a accumulé un déficit de 200 000 $ en raison d’une baisse considérable de ses revenus publicitaires. Avant de lancer le SOS public, l’entreprise qui a pignon sur le boulevard Saint-Laurent depuis 2001 a réduit ses dépenses, remercié tous ses cadres sauf un et gelé les salaires de sa quinzaine d’employés.


Recul de la publicité

« On s’entend que nous n’avons jamais vécu richement, dit au Devoir Gilles Labelle, directeur général de CIBL. Chaque année, il a fallu organiser des événements de financement, dont un radiothon, comme nous le faisions quand nous étions dans l’Est, sur le boulevard Pie-IX. Pour bien vivre en équilibre budgétaire, depuis notre déménagement, il fallait que toutes les conditions soient gagnantes. Elles ne le sont pas. […] Le moyen moderne aujourd’hui de demander de l’aide à la population, c’est le sociofinancement. »


 

Les budgets de publicité des gouvernements de Québec ou d’Ottawa ont chuté de moitié au cours des « trois ou quatre dernières années ». La publicité locale recule, encore plus pour une radio qui ne peut comme les radios commerciales établir objectivement et précisément le nombre de ses auditeurs à la minute près. Là, la chute des revenus serait de 20 % sur deux ans.

Austérité


L’austérité en rajoute, par cascades. Les organismes communautaires reçoivent moins de subventions, achètent moins de pub, et la radio communautaire en perd autant au bout du compte. C’est le cas de la Commission scolaire de Montréal, qui n’a pas renouvelé une entente vieille de six ans pour la promotion de la persévérance. La Société de transport de Montréal a mis fin à un projet qui finançait les bulletins de transports alternatifs.

Des sources étatiques ont compensé, un peu, dont le ministère de l’Économie et le Secrétariat à la métropole. Après des compressions de dépenses, le déficit de l’année budgétaire 2013-2014 a été résorbé. Celui de l’année dernière terminée en août a fait replonger dans le rouge, avec un cumul de 200 000 $.

« Nous avons coupé les directions de l’information et de la programmation, dit le directeur. Nous avons conservé les employés, mais leur salaire est gelé pour une troisième année. Nous gardons nos forces vives, mais nous avons un problème de liquidité. On ne sait pas d’une semaine à l’autre si nous pourrons faire les payes. Nous sommes au maximum de la marge de crédit. »

Le directeur a coupé autour de 250 000 $ d’un budget qui frôlait le million il y a deux ans. Certains frais demeurent incompressibles. Le nouveau local en copropriété sur la Main lui coûte 10 000 $ par mois. Il espère dégager dans les prochains mois un surplus de 60 000 à 80 000 $ avec diverses mesures pour finalement équilibrer ses comptes de 2015-2016, en août prochain, avec l’aide de la campagne de soutien, évidemment.

La radio citoyenne fêtera ses 35 ans en avril 2016, d’où la suggestion de verser 35 $ pour en accumuler 35 000 au total par l’entremise du site Haricot.ca et du #JaideCIBL. En début de soirée mardi, environ 90 « alliés » avaient promis plus de 4600 $.

2 commentaires
  • Daniel Bouchard - Abonné 2 décembre 2015 10 h 52

    2-22 rue Éléphant blanc.

    Vu de l'extérieur on se demande comment une pauvre (et valeureuse) radio communautaire a pu s'embarquer en co-propriété avec un autre OBNL dans un édifice construit aux coûts de 22 millions subventionné par une ministre de la culture ancienne directrice de CIBL, et s'engager à payer 10,000$ par mois de loyer? Les constructeurs, proches de la dite ministe ont empoché; mais la radio crève de plus en plus de faim.

  • Jean Richard - Abonné 2 décembre 2015 11 h 24

    Et si le fédéral...

    En campagne électorale, Justin Trudeau a promis 150 M$ de plus pour Radio-Canada. Soit ! Pourtant, il suffirait d'une mince fraction de ce montant pour donner à la radio communautaire les ressources nécessaires pour assurer leur survie.

    À Montréal, la radio régionale de Radio-Canada (SRC) gaspille beaucoup de ressources pour tenter de donner un service qui est pourtant abondamment disponible ailleurs. A-t-on besoin de payer si cher pour que la radio d'état devienne un service aux automobilistes de la banlieue, ce qui n'est pourtant pas utile à la majorité des auditeurs.

    Une radio comme CIBL a démontré depuis longtemps, avec de maigres ressources, qu'elle pouvait souvent mieux informer la population que ne le fait la SRC, et surtout, qu'elle était un meilleur miroir de la réalité montréalaise que cette radio au service des automobilistes de la banlieue.

    Alors, un peu moins de Radio-Canada régional et un peu plus de CIBL : ce serait peut-être le message à envoyer à Ottawa, là où l'argent se trouve.