Le 13 novembre expliqué aux enfants

Une mère et sa fille se recueillent à Lyon dans la foulée des attentats de Paris.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Une mère et sa fille se recueillent à Lyon dans la foulée des attentats de Paris.

Une guerre civile, c’est quoi ? « C’est comme une grosse chicane de famille. Et ça fout pas mal le bordel », explique le narrateur de deux capsules diffusées depuis mercredi par la Zone jeunesse de Radio-Canada pour expliquer les attentats du 13 novembre à Paris. Elles sont destinées à la fin du primaire, aux élèves de 9 à 12 ans.

Les questions et les réponses semblables, simples et limpides, fusent constamment dans le double document à vocation informative et pédagogique qui dure un peu moins cinq minutes au total. Revendiquer un attentat, ça veut dire quoi ? Et qu’est-ce au juste que l’organisation État islamique ou le djihadisme ? D’ailleurs, quel est le rapport avec l’islam, s’il s’en trouve ?

Le comédien Sébastien Leblanc joue au professeur rigolo, un peu mais pas trop, devant un tableau noir. Le montage rapide permet l’insertion d’images fixes, jamais sanglantes, jamais choquantes. Le premier permet de comprendre et d’expliquer les attentats. Le second présente le groupe armé État islamique.

« RDI junior » sans le nom

Bref, c’est RDI junior sans le nom puisque le bulletin d’information quotidien de 15 minutes destiné aux jeunes a disparu du réseau d’information continue en 2009. Pour des raisons budgétaires, mais aussi parce que la chaîne a fait modifier son mandat pour ne plus s’adresser à tous les publics, mais seulement aux adultes, les deux causes ne s’excluant d’ailleurs pas. Les nouvelles capsules ont d’ailleurs été conçues par la productrice Ève Tessier Bouchard, qui a oeuvré pendant 11 années au secteur des émissions jeunesse de Radio-Canada et pour RDI, où elle a créé RDI junior en 2000.

« Pour moi, c’était impossible qu’il n’y ait rien de produit ici pour expliquer aux enfants les événements de Paris, dit-elle en entrevue au Devoir. J’ai donc rassemblé des amis. On n’avait pas de contrat, on n’avait pas de licence, mais on a réussi à produire les capsules sans budget parce que tout le monde y croyait. »

Mme Tessier Lessard, productrice pour Océan Télévisions, avait les ressources pour arriver à ses fins. Le petit groupe de « cinq ou six » a écrit les textes et les a faits approuver par un spécialiste et scriptéditer par Frédéric Savard de l’émission radiophonique La soirée est (encore) jeune. Des pédagogues préparent des fiches pédagogiques en lien avec les contenus sur les attentats qui seront disponibles la semaine prochaine.

« On a tourné et je me disais qu’au pire on partagerait nous-mêmes le résultat sur le Web et qu’au mieux, un de mes copains des émissions jeunesse en aurait envie. Je les ai données, ces deux capsules, mais j’espère qu’elles amorcent une longue série. »

Rien pour les jeunes

À l’évidence, elle se passionne pour le sujet de la vulgarisation de l’info pour les jeunes publics. Avant même RDI junior, elle a tenté de convaincre La Presse de relancer La Petite Presse, maquette en main, en vain. « Il ne se fait plus rien au Québec pour les jeunes,dit-elle. Il y en a en France. Le Petit Libé par exemple. Il y a même des hebdos. La BBC a produit un beau film d’animation pour expliquer ce qu’est qu’un réfugié. Mais ici, il n’y a rien du tout. »

Il y a ses capsules. Avec leurs limites, évidemment. Des rouspéteurs pourront par exemple reprocher que les causes de la guerre civile en Syrie n’évoquent pas l’intervention militaire américaine en Irak ou que la terreur djihadiste est présentée comme n’ayant « rien à voir avec la religion de l’islam ». Par contre, la production québécoise ne tombe pas dans le manichéisme vu ailleurs qui réduisait carrément les clans aux bons et aux méchants, comme dans un western.

« Chaque capsule dure deux minutes trente, dit la productrice. On le sait qu’on prend des raccourcis. On est en train de semer quelque chose : la curiosité, le goût d’en savoir plus, de poser des questions, l’envie d’être un peu plus alerte. Si un enfant entend parler du groupe armé État islamique autour de lui et que son oncle raconte que « ce sont les musulmans », l’enfant sera capable de participer à la conversation et d’avoir un esprit critique. On est très conscient de ne pas tout expliquer, de prendre certains raccourcis selon certains adultes très au fait de l’actualité. On le sait, et ça s’applique à n’importe quelle vulgarisation. »

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 26 novembre 2015 07 h 58

    Prendre certains raccourcis ou prendre des raccourcis certains?

    J'ai regardé les deux vidéos.

    Pas de procès d'intention : ce serait trop long.

    Une langue de communication à revoir : « C'est nous qui a fait cela...», entre autres.

    Je ne suis pas sûr que la démarche soit « pédagogique », encore moins rassurante pour son public cible. Un message de paix à côté de la justification de la guerre (assez près de « à l'axe du mal»).

    La première vidéo sème des biais analytiques à côté d'interprétations tendancieuses qui, simplification exige, passent sous silence les rôles ambivalents des nations civilisées productrices d''armement au moment d'équiper les bras terroristes, dont sont le Canada et la France.

    Alors, oui, bien sûr, ne pas céder au terrorisme!
    Mais lequel?

    Un devoir utile, mais à refaire!

  • Gaétan Fortin - Inscrit 26 novembre 2015 09 h 48

    Borde...

    «ça fout pas mal le bordel»

    Papa, c'est quoi le bordel ?

  • Marieve Paradis - Abonnée 27 novembre 2015 10 h 35

    Il y a de l'actualité pour les jeunes...

    Il faut juste la connaître! Curium, Les Débrouillards en font régulièrement. Et aussi Scoop de L'École branchée qui est distribué dans les écoles. http://scoop.ecolebranchee.com/