Des prémices du drame au deuil collectif

Un homme avec son téléphone affichant un symbole en souvenir des tragiques événements de Paris
Photo: Oli Scarff Agence France-Presse Un homme avec son téléphone affichant un symbole en souvenir des tragiques événements de Paris

Les premiers coups de feu étaient à peine perceptibles dans le 10e arrondissement parisien que, déjà, les réseaux sociaux s’enflammaient vendredi soir.

« Les pétards mettent le stress dans le stade, tout le monde a peur d’un attentat à chaque détonation », écrit Flo, qu’on présume être dans le Stade de France au moment des premières explosions à deux pas de là. « Très nombreux coups de feu au Bataclan. Et ça continue à tirer », publie une vingtaine de minutes plus tard Benoit, qui se trouve alors dans la salle de spectacle située sur le boulevard Voltaire à Paris.

Rapidement, Facebook et Twitter permettent à ceux sur le terrain d’entrer en contact avec le vaste monde virtuel.

Facebook a réagi promptement en activant la fonctionnalité « Safety Check ». Lancé en novembre 2014, l’outil permet aux utilisateurs de la plateforme de rassurer leurs proches « en un seul clic », en indiquant qu’ils sont en sécurité.

L’application a été vivement critiquée cette fin de semaine, certains déplorant que le réseau américain n’active pas systématiquement le dispositif en cas de drame. La fonctionnalité ne pouvait, notamment, pas être utilisée lors de l’attentat de Beyrouth, au Liban, survenu à peine deux jours avant les événements de Paris.

Vague de solidarité

À mesure où la panique s’installe dans la ville, de nombreux résidents du secteur offrent leur logis pour permettre à ceux qui se trouvent dans la rue de trouver refuge. Toute la soirée, les gazouillis portant le mot-clic « #porteouverte » se multiplient. En deux heures, il sera relayé plus de 6000 fois.

Sur Facebook, les messages de soutien se multiplient. De Montréal à Sydney en Australie, en passant par New York et Londres, une multitude de messages d’amour et de solidarité sont lancés dans le cyberespace. Les photos souvenirs de la Ville Lumière font tranquillement leur apparition, les gens changent leur photo de profil, troquant leur portrait habituel pour une version aux couleurs du drapeau français — une autre fonctionnalité activée par le populaire réseau social.

Sur Instagram, une tour Eiffel transformée pour la cause en symbole de la paix par le graphiste français Jean Julien, est reprise des milliers de fois par les utilisateurs de l’application de partage de photos.

Avis de recherche

Au lendemain du drame, la France se réveille, sonnée. Sur les réseaux sociaux, la valse incessante reprend de plus belle. Parmi les messages d’espoir, les visages des victimes commencent à apparaître.

Les photos de ceux qui manquent à l’appel commencent, elles aussi, à circuler, sous le mot-clic « #rechercheParis », qui est reproduit des centaines de milliers de fois, pareilles à autant de bouteilles lancées sur la Toile.

Tout au long de la fin de semaine, à mesure où les corps sont retrouvés ou identifiés, la longue liste de disparus se transforme en une lugubre liste funèbre, les avis de recherche cédant tranquillement le pas aux avis de décès. Les réseaux sociaux prennent alors des allures de cimetière numérique surréel.

Machine à rumeurs

Les réseaux numériques ont permis à de nombreuses rumeurs de s’immiscer dans le flot continu d’informations, rendant difficile la distinction du vrai et du faux.

Attentats à Londres, incendie à la « jungle » de Calais, fusillade au musée du Louvre, les publications erronées se sont multipliées, circulant à toute vitesse sur la Toile et alimentant l’angoisse de ceux qui suivaient les événements à distance.

Revendication et représailles

Peu de temps après les fusillades parisiennes, le groupe État islamique a salué via un de ses nombreux comptes Twitter la violence des attaques. C’est aussi sur cette plateforme que l’organisation terroriste revendique, quelques heures plus tard, les attentats.

Samedi, le collectif Anonymous s’est, lui aussi, servi des réseaux sociaux pour diffuser massivement une vidéo dans laquelle il promet de répliquer au groupe EI pour les attentats perpétrés dans la capitale française.

Un «Tout le monde en parle» en direct pour Paris

En raison des événements tragiques survenus à Paris vendredi, l’équipe du rendez-vous télévisuel dominical Tout le monde en parle a fait table rase sur sa programmation préenregistrée au profit d’une émission spéciale en direct pour la première fois de son histoire. Pour l’occasion, l’émission diffusée dimanche soir à la télévision de Radio-Canada réunissait 14 invités, dont certains étaient encore à l’étranger au moment de la diffusion de l’émission. Parmi les invités, notons le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, joint par téléphone alors qu’il était en mission diplomatique aux Philippines, le ministre québécois de la Sécurité publique, Pierre Moreau, le maire de Montréal, Denis Coderre, la consule de France à Montréal, Catherine Feuillet, la politologue Fatima Houda-Pepin et le fondateur du congrès maghrébin Lamine Foura. L’émission spéciale a été l’occasion de revenir sur les attentats perpétrés dans la capitale française, sur les mesures de sécurité actuellement mises en place dans la métropole québécoise et sur les conséquences que ces attentats pourraient avoir dans l’avenir.