Qui se ressemble…

Michel David, chroniqueur politique du «Devoir» (à droite), en discussion avec le journaliste de Radio-Canada Sébastien Bovet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel David, chroniqueur politique du «Devoir» (à droite), en discussion avec le journaliste de Radio-Canada Sébastien Bovet

Les accros à la politique se reconnaissent dans les analyses de Chantal Hébert. En tout cas, elle est la commentatrice avec laquelle le plus de Québécois mordus de politique se disent « souvent » ou « toujours en accord ». Mme Hébert est suivie de très près par Alec Castonguay, son collègue de L’actualité.

La faveur des passionnés pousse ensuite, dans l’ordre, vers Sébastien Bovet (Radio-Canada), Yves Boisvert (La Presse) et les deux collègues du Devoir Antoine Robitaille et Michel David.

À l’inverse, Richard Martineau (Journal de Montréal) suscite le plus de désaccord. M. Martineau, comme beaucoup de pros du commentaire, alimente plusieurs tribunes médiatiques.

Ce classement provient d’un sondage réalisé par le doctorant en science politique de l’Université de Montréal Alexandre Blanchet. L’étude croise en plus le niveau d’accord ou de désaccord avec les orientations politiques des répondants.

« Mon idée, c’était de capturer les opinions de ceux que j’appelle les mordus de politique », explique au Devoir le jeune chercheur qui termine une thèse sur les manières de s’informer politiquement. « Je trouve que les résultats ont beaucoup de sens intuitivement. Si on suit le moindrement ces chroniqueurs, on connaît leurs idées. Josée Legault, tout le monde sait qu’elle est souverainiste et plutôt de gauche, et ce n’est pas étonnant que les fédéralistes plus conservateurs se sentent en désaccord avec elle. »

Les données pour L’étude sur les perceptions à l’égard des journalistes et des chroniqueurs politiques québécois (c’est son nom officiel) ont été recueillies entre le 9 et le 18 octobre. Plus de 1550 personnes ont rempli le sondage. Un premier volet de l’enquête vient de paraître sur le site personnel du chercheur (alexandreblanchet.ca). D’autres suivront, par exemple sur la perception de l’orientation politique des chroniqueurs par le public.

L’échantillon n’est pas représentatif de la population. On y retrouve deux hommes pour une femme. Aux élections provinciales, les intentions partisanes des répondants favorisent le PQ et le PLQ à quasi-égalité (27, 28 %), davantage que la CAQ et QS (12 % dans chacun des cas). Le niveau d’éducation des répondants est « de beaucoup supérieur » à la moyenne québécoise.

Bien servis

L’étude porte donc sur les perceptions des lecteurs en interrogeant leur « niveau d’accord » plus ou moins fort avec les journalistes spécialisés. Ils sont treize médiacrates de l’industrie du commentaire : Sébastien Bovet et Anne-Marie Dussault (Radio-Canada), Yves Boisvert, Vincent Marissal et Patrick Lagacé (La Presse), Antoine Robitaille et Michel David (Le Devoir), Chantal Hébert et Alec Castonguay (L’actualité), Jean Lapierre (TVA et 98,5), Gilbert Lavoie (Le Soleil), Josée Legault et Richard Martineau (Journal de Montréal).

« Mon sentiment, c’est qu’essentiellement, les Québécois sont plutôt bien servis par leurs chroniqueurs politiques,dit le chercheur. On pourrait avoir plus de diversité peut-être, mais le fait, par exemple, que Patrick Lagacé puisse être moins aimé par beaucoup de gens et aimé par beaucoup d’autres, détesté par des péquistes comme des libéraux ou des solidaires, jusqu’à un certain point, c’est bon signe. »

Voici d’autres révélations de l’enquête :

Québec. L’orientation politique influence les convergences et les divergences. Les électeurs potentiels du PLQ se disent plus en accord avec Hébert, Lapierre, Castonguay, Boisvert et Bovet, un peu moins avec Marissal et Martineau, beaucoup moins avec David, Lagacé et Robitaille, presque pas avec Dussault et Legault. Les péquistes se sentent en harmonie avec dix commentateurs, la plus forte préférence allant à Robitaille.

Canada. Les divisions se répètent au fédéral. Les électeurs du Parti conservateur se déclarent au plus près d’Hébert, Lapierre et Martineau, mais plus éloignés de Marissal, David, Robitaille, Lagacé et surtout Legault et Dussault.

Référendum. Les partisans de la souveraineté à un éventuel référendum se sentent en union avec la majorité des commentateurs, Robitaille trônant cette fois au sommet. Là encore, Lapierre, Lavoie et Martineau suscitent le plus de divergences.

Anne-Marie Dussault. L’animatrice de RDI suscite autant de désaccord que Richard Martineau. Pourtant, contrairement au polémiste, « elle ne donne jamais réellement ses opinions personnelles dans son travail », note le chercheur. Seulement, comme M. Martineau et à l’inverse des onze autres sujets de l’étude, cantonnés, eux, dans le commentaire, Mme Dussault « pose des questions souvent difficiles » à ses invités du 24|60, ce qui peut créer une impression de subjectivité.