Un rapport dénonce le «régime de peur» des radios de Québec

La professeure Dominique Payette était candidate pour le Parti québécois aux dernières élections.
Photo: Clément Allard La professeure Dominique Payette était candidate pour le Parti québécois aux dernières élections.

Dans le rapport sur l’information à Québec que lui a commandé Pauline Marois, la professeure et ancienne candidate péquiste Dominique Payette soutient que les radios privées qui versent dans l’opinion ont créé un « régime de peur » qui doit être remis en question.

« On est en train d’instaurer un régime de peur dans la région de Québec et c’est dangereux », a déclaré Mme Payette lors d’une entrevue mardi. Son rapport, qui sera rendu public ce mercredi, découle d’une commande de l’ancienne première ministre Pauline Marois lorsqu’elle a quitté le pouvoir.

Le document d’une cinquantaine de pages inclut notamment une analyse du contenu de sept émissions de radio populaires de Québec menée durant la semaine du 2 au 6 février 2015. Il s’agit du Show du matin et de Maurais Live (CHOI-FM), de Bouchard en parle, de Normandeau-Duhaime et de Gilles Parent (FM93), ainsi que de Dupont le matin et de Jeff Fillion le midi (NRJ).

L’analyse décortique le contenu par genre (entrevue, entrevue commentée, commentaire, etc.) et ensuite par parti politique. Il en ressort notamment que lorsque le Parti québécois était évoqué dans des commentaires ou converses, c’était de façon défavorable pendant 125,04minutes sur 126,04. Dans le cas du Parti libéral du Québec, on a recensé 17,15 minutes neutres et 13,20 défavorables alors que la CAQ fait l’objet de 4,58 minutes de commentaires défavorables.

Allégeance au PQ

Lorsqu’on lui demande si le phénomène la dérange parce qu’elle est d’allégeance péquiste, Mme Payette répond qu’elle est moins préoccupée par le traitement réservé au PQ qu’à certains groupes sociaux. « Le problème vient aussi d’une manière de traiter des groupes dans cette population-là. Je ne parle pas du Parti québécois, là, je parle d’organisations communautaires, des syndicats, des fonctionnaires, de Radio-Canada, des féministes, des minorités sexuelles, au fond, de tous ces groupes qui sont la cible de ces radios-là. »

Sur la question de l’intimidation, Mme Payette dit appuyer ses dires sur des entrevues menées avec des « personnes ciblées pendant plusieurs mois », dont elle ne veut pas dévoiler les noms. Les attaques, écrit-elle, se font « avec un langage et des procédés qui ne sont pas acceptables parce qu’ils causent d’importants dommages au climat social et qu’ils briment les droits fondamentaux d’une partie importante de la population ».

Lorsqu’on lui fait remarquer que les stations qu’elle critique embauchent des journalistes professionnels et neutres qui complètent le travail des animateurs, elle rétorque que « le problème, c’est que c’est dans les parties commentées que les prises de position sont faites ».

Son rapport contient différentes recommandations, dont l’idée de rendre obligatoire l’adhésion au Conseil de presse et d’imposer des amendes aux entreprises qui contreviennent aux règles.

Mme Payette, qui était candidate pour le PQ aux dernières élections, avait reçu 24 500 $ pour réaliser cette étude. Les anciens premiers ministres reçoivent une enveloppe de 200 000 $ lorsqu’ils quittent leurs fonctions pour couvrir diverses dépenses, dont le loyer d’un bureau de fonction et le recours à des collaborateurs de recherche.

Vives réactions

Priée de dire si elle comptait accorder des entrevues aux radios concernées, Mme Payette a dit qu’elle ne le savait pas encore. Son rapport sera rendu public et mis en ligne ce mercredi et Pauline Marois doit le commenter en matinée.

Joint par téléphone, le directeur de la programmation du 93,3 FM a préféré ne pas commenter pour l’instant. « Je n’ai pas le rapport, je ne peux pas le commenter. Je ne veux pas me fier à un compte rendu », a répondu Pierre Martineau. Quant aux patrons des deux autres stations de radio concernées, Le Devoir n’a pas réussi à les joindre.

Par contre, plusieurs animateurs ciblés par le rapport ont vivement réagi. À CHOI, Denis Gravel a répété plusieurs fois que Mme Marois et Mme Payette étaient « deux vieilles femmes aigries incapables d’accepter une défaite électorale ». Il a ajouté que la radio de Québec ne faisait plus peur et qu’elle« n’avait plus de dents » en donnant l’exemple des interventions d’André Arthur diffusées avec un « délai où on coupe tout ce qui dérange ». Sur sa page Facebook, Éric Duhaime, du 93,3, a quant à lui dénoncé un « torchon péquiste payé par les contribuables ».

18 commentaires
  • Michèle Lévesque - Abonnée 3 novembre 2015 15 h 41

    De l'argent bien placé

    Les radios-poubelles mise au défi par l'intelligence, la rigueur journalistique et l'imputabilité du vivre-ensemble (climat social).

    Vers des solutions simples, concrètes et sans piège social (je pense ici au projet de loi 59 si glissant, une bombe à retardement à mon avis).

    Et ça déborde de beaucoup les groupes religieux. Enfin.

    De l'argent bien placé - merci Mmes Marois et Payette. Je vous applaudis.

    • Daniel Lavigne - Abonné 3 novembre 2015 19 h 59

      "Les radios-poubelles mise au défi par l'intelligence, la rigueur journalistique et l'imputabilité du vivre-ensemble (climat social)."

      "De l'argent bien placé..." dixit Mme. Lévesque

      Une seule question: Avez-vous lu ce rapport?
      Dans la négative, comment pouvez-vous ainsi en avoir une opinion?

    • Maryse Veilleux - Abonnée 3 novembre 2015 21 h 53

      Assez facile d'avoir une opinion monsieur Lavigne, vous n'avez qu'à les écouter quand vous passerez dans la région de Québec. Sans avoir lu le rapport, tout ce qui écrit dans cet article fait du sens.

    • Gilles Delisle - Abonné 4 novembre 2015 07 h 18

      Même avant d'avoir lu ce rapport, l'on sait déjà que les radios-poubelles de Québec fleurissent depuis le "Le Roi Arthur"! On croyait s'être débarrassé d'un Jeff Fillion, mais malheureusement, il est revenu dans le décor. S'il y a des radio-poubelles à Québec, c'est parce qu'il y a une population qui écoute ces insanités et bassesses de toutes sortes, et qu'il y a la connivence des commanditaires , sans ces deux facteurs, les radio-poubelles auraient été de ll'histoire ancienne depuis longtemps. Je pense que ce genre de radio ne passerait pas la rampe à Montréal. Et donc, madame Lévesque, j'endosse entièrement vos propos.

  • Marc-André Maranda - Abonné 3 novembre 2015 15 h 43

    Sortons les poubelles!

    Justement le mardi soir, on sort les poubelles sur ma rue pour la cuillette des ordures hebdommadaires.

    • Robert Beauchamp - Abonné 3 novembre 2015 16 h 09

      Vaut mieux sortir les poubelles chaque semaine sinon difficile de se débarasser de la vermine qui s'installe.

  • Jacques Morissette - Abonné 3 novembre 2015 17 h 00

    Ceux qui votent comme des pieds sans réfléchir, souvent ne lisent pas.

    Des animateurs de radios-poubelles peuvent dire n'importe quoi, ce sont souvent des gens très influençables qui les écoutent. Tandis que ces radios-poubelles peuvent bien engagés des journalistes professionnels, si objectifs soient-ils, il reste que ces même gens influençables n'écoutent absolument pas du tout ce que ces journalistes pro ont à dire.

    Un peu comme pour un politicien qui dirait quasi n'importe quoi devant un micro mais serait plus rigoureux dans ses écrits, sachant que les écrits n'influenceront d'aucune façon les individus qu'il vise quand il parle. C'est une stratégie connue des politiciens qui ont tendance à faire parfois de la démagogie. C'est aussi de même pour les radios-poubelles.

  • Pierre Fortin - Abonné 3 novembre 2015 17 h 04

    Souhaitons que ce ne soit pas un coup d'épée dans l'eau

    Pour que ce rapport ait un impact significatif, il faut que les auditeurs de ces radios aient accès à ce rapport dans un climat autre que celui du dénigrement perpétuel auquel se livrent ces animateurs.

  • - Inscrit 3 novembre 2015 17 h 05

    Avis aux cinéastes…

    Bravo pour le rapport, mais moi je verrais un film comique genre Elvis Gratton mettant en vedette ces épais première classe de la radio de Québec et leur inqualifiables auditeurs … Ce pourrait être une critique satirique décapante du côté sombre de notre société.

    • Pierre Fortin - Abonné 3 novembre 2015 18 h 20

      Je vous suggère alors « La soirée est encore jeune », les samedis et dimanches (17h00–19h00) à la 1re chaîne de Radio-Canada. Un des animateurs (Olivier) se donne un malin plaisir à relever leurs perles de la semaine pour propulser leur logique en pleine face dans un mur.

      Un bon remède contre le cynisme.