Bernard Derome sera «morning man» au 99,5 FM

Bernard Derome et Gregory Charles. « J’aime la musique et c’est vraiment une aventure musicale que je m’offre », a dit l’ancien chef d’antenne à Radio-Canada.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Bernard Derome et Gregory Charles. « J’aime la musique et c’est vraiment une aventure musicale que je m’offre », a dit l’ancien chef d’antenne à Radio-Canada.

Il a accompagné les téléspectateurs de Radio-Canada (RC) jusqu’au coucher pendant des décennies. À compter du lundi 26 octobre Bernard Derome suivra les auditeurs au réveil.

L’ancien chef d’antenne de la télé publique, le plus célèbre de l’histoire du petit écran radiocanadien, devient morning man de la bande FM au 99,5 à Montréal et au 92,7 à Québec.

Son arrivée au micro symbolise la grande mutation des deux anciennes chaînes de Radio-Classique sous la gouverne de leur nouveau propriétaire, le multidoué et hyperactif Gregory Charles. Lui-même se réserve huit heures d’antennes le week-end (il est en ondes ce samedi et demain dimanche de 14 h à 18 h) en plus de plages le midi en semaine. Le chanteur Marc Hervieux sera aussi au micro, comme il l’était dans l’« ancienne » chaîne. Le nouveau groupe met l’accent sur les classiques plutôt que le classique, dans un bel esprit éclectique bien de son temps.

« J’ai été surpris de l’offre quand elle m’est arrivée il y a quelques mois, explique Bernard Derome en entrevue au Devoir. On m’avait déjà offert une émission du midi dans une radio privée et j’avais refusé. Là, j’ai consulté des gens de confiance. Je ne voulais surtout pas avoir l’air du gars qui a besoin de s’accrocher à quelque chose. Ce n’est pas ça. »

C’est quoi alors ? « Ce n’est pas ça parce que cette nouvelle émission ne me met pas en compétition avec les autres, enchaîne M. Derome. J’aime la musique et c’est vraiment une aventure musicale que je m’offre. En même temps, c’est un accompagnement que je propose. Chacun ses humeurs le matin. Certains veulent de l’action, du commentaire ou du bruit. Nous, nous allons offrir une atmosphère différente tout en fournissant les informations essentielles, avec quelques collaborateurs, pour donner la couleur du jour. »

Il aime tellement la musique qu’il s’est déjà fait remplacer, « pour une des rares fois », à la présentation du Téléjournal (TJ) de fin de soirée de RC pour aller entendre le pianiste Alfred Brendel avec l’Orchestre symphonique de Montréal. « Et d’ailleurs, le dernier TJ que j’ai présenté coïncidait avec le dernier concert que Brendel a donné dans sa carrière », ajoute l’animateur, habitué des concerts de l’OSM et d’autres formations depuis des décennies.

Heureux d’exister

L’entrevue a lieu dans un petit café de Montréal. M. Charles arrive quelques minutes après M. Derome. Le verbomoteur s’assied et les échanges se poursuivent.

Le nouveau patron des médias explique avoir pensé au journaliste vedette en se souvenant des entrevues qu’il accordait alors qu’il se retirait de la barre du TJ. « Je l’ai entendu parler de sa passion des voyages, de la bonne bouffe, de la musique, dit M. Charles. Ça m’a plu. Moi, je trouve extrêmement réconfortant de côtoyer des gens qui sont heureux d’exister. Je l’ai aussi entendu parler de ses premières expériences à la radio. »

Bernard Derome a commencé sa carrière médiatique au début des années 1960 comme animateur et disc-jockey des deux chaînes (AM et FM) de CJBR de Rimouski. Le réseau régional appartenait à la famille de Jules-André Brillant, puissant entrepreneur du Bas-du-Fleuve présent en téléphonie comme dans les services électriques et les médias.

Le Groupe Musique Greg a fait l’acquisition des deux stations auprès de leur propriétaire fondateur, Jean-Pierre Coallier, au printemps dernier. La transaction annoncée totalise 10,5 millions.

« J’ai beaucoup fait de radio étudiante et par la suite, c’est mon médium préféré, dit l’acheteur. Je rêvais depuis longtemps de posséder une station et de lui donner ma saveur. Dans les dernières décennies, j’ai construit une petite machine et dans les dernières années, en devenant père, je me suis mis à penser à laisser quelque chose. Quand la chaîne de télé Musique Plus est devenue disponible, j’ai fait une offre. Quand j’ai su que Jean-Pierre voulait vendre ses deux radios, je l’ai appelé. On a une histoire ensemble. Je l’ai remplacé quand il a quitté l’émission de fin de soirée Ad Lib à TVA. »

M. Derome intervient et parle de M. Coallier comme de son concurrent du temps où lui-même était au TJ, à 22 h. Comme maintenant En mode Salvail du réseau V draine des fidèles des journaux télévisés de RC ou TVA.

Radio-Classique accaparait entre 1 et 3 % de parts de marché. La vente a été entérinée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. L’institution gardienne des ondes au pays a aussi accepté de modifier un peu la licence pour harmoniser les deux antennes et étendre la conception du « classique » pour englober des productions éprouvées en jazz ou en pop. On entendra donc aussi bien Beethoven que Brel ou Coltrane dans la nouvelle mouture.

« Je souhaite que les gens nous écoutent dans les prochains jours, les prochains mois et qu’ils aiment notre programmation musicale, notre ouverture d’esprit, la sérénité et le bonheur que nous voulons transmettre, dit Gregory Charles. Je trouve que les animateurs ne sont pas seulement des représentants de la radio : ils représentent aussi les auditeurs. Mon public cible a envie de savoir ce qui se passe, mais il n’a pas nécessairement envie de la morosité. Il veut entendre quelqu’un de crédible et en même temps d’épicurien. Bernard Derome représente exactement ça. »

1 commentaire
  • Line Gingras - Abonnée 25 octobre 2015 18 h 30

    J'aime encore mieux le silence

    Je ne peux que saluer l'arrivée de Bernard Derome à Radio-Classique; il viendra enrichir une excellente équipe d'animateurs. Quel dommage, toutefois, que cette décision de mettre l'accent sur «les» classiques plutôt que sur «le» classique : pourquoi prendre le même chemin que Radio-Canada? Je n'écoute plus la radio FM du diffuseur national depuis que l'on a abandonné, à mon sens, les amateurs de musique classique. Monsieur Coallier m'offrait un refuge, où j'aurai trouvé mon bonheur pendant près de dix ans. Et voilà que ce havre disparaît... Bien sûr, rien ne dure éternellement, il faut s'adapter : désormais, pour assurer dans mon bureau une ambiance sereine propice au travail, j'opterai pour mes disques, YouTube ou le silence.