«Être le directeur du "Devoir" est un privilège»

Bernard Descôteaux a dirigé «Le Devoir» pendant 17 ans.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bernard Descôteaux a dirigé «Le Devoir» pendant 17 ans.

Je quitterai ces prochaines semaines la direction du Devoir que j’occupe depuis 17 ans pour prendre ma retraite. J’ai informé ce mercredi les membres du conseil d’administration de ma décision et à ma demande, le président du conseil, M. Jean Lamarre, a amorcé le processus de nomination d’un nouveau directeur du journal. Je reste en poste d’ici à ce que cela soit complété.

Être le directeur du Devoir est un privilège. J’ai tenté d’assumer cette fonction comme elle doit l’être, soit comme le fiduciaire d’une institution qui est au service de la société québécoise et qui est en quelque sorte une oeuvre collective, comme le montrent l’appui et l’attachement que lui ont apportés ses lecteurs et ses amis depuis 105 ans.

Au-delà de toutes considérations personnelles, ma décision de quitter mes fonctions est ce que je crois être l’intérêt supérieur de l’entreprise. Au moment où Le Devoir est à revoir son plan de développement et sa structure financière, il est souhaitable qu’une nouvelle direction prenne ma relève pour amorcer un nouveau cycle de développement.

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont nombreux. Ils sont d’ailleurs les mêmes pour tous les médias traditionnels aujourd’hui affectés par la chute brutale des revenus publicitaires. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que nous saurons les surmonter. La mise en place d’un nouveau plan de développement est amorcée pour assurer à l’entreprise les moyens financiers dont elle a besoin pour remplir sa mission d’information. La constitution du Fonds des Grands Amis du Devoir et les contributions financières venues des lecteurs ces derniers mois témoignent d’une volonté commune d’assurer la pérennité de notre journal.

Je suis entré à ce journal il y a 41 ans. J’y ai assumé plusieurs rôles, d’abord ceux de reporter et de correspondant parlementaire à Québec et Ottawa, puis celui de rédacteur en chef. Au départ de Lise Bissonnette en 1998, on m’a confié le poste de directeur. Au cours de ces 17 années à la tête du Devoir, j’ai tenté avec mes collègues de la direction de porter plus loin cette entreprise tout en préservant sa spécificité de journal indépendant qui se consacre à une information de qualité. Le contenu du journal a été enrichi, de nouveaux cahiers ont été ajoutés à l’édition du week-end, de nouvelles plateformes numériques ont été créées. Le lectorat a augmenté et nous avons pu dégager des profits plusieurs années. S’il lui faut s’adapter aujourd’hui à un environnement économique et technologique en mutation, Le Devoir demeure un outil d’information et un lieu de débats plus essentiel que jamais.

J’ai mené à ce journal une carrière qui m’a donné de grandes satisfactions, tant comme journaliste que comme gestionnaire. J’y ai trouvé un espace de liberté pour défendre les idées et les causes qui pourront contribuer à l’avancement de la société. J’y ai côtoyé des gens exceptionnels, journalistes, employés de bureau, conseillers publicitaires, membres de la direction, membres du conseil d’administration, sans oublier les lecteurs et tous ces amis du Devoir, qui, de multiples façons m’ont apporté leur soutien au cours de ces années. Tous avaient en commun de croire en cette entreprise. Je leur serai toujours reconnaissant de m’avoir permis d’être de cette aventure et de m’y avoir accompagné.

Pour ce qui est de mon remplacement, un comité de sélection a déjà été mis en place. Son mandat sera d’évaluer les candidatures et de soumettre les plus intéressantes à l’instance responsable de la nomination d’un directeur. Les statuts du Devoir prévoient que cette décision appartient à l’assemblée conjointe du conseil de l’Imprimerie populaire ltée (IPL) et de la Fiducie d’Henri Bourassa. IPL est l’actionnaire majoritaire de Le Devoir inc., l’actuelle société éditrice du journal. La fiducie, qui a été créée par le fondateur du Devoir pour en assurer la pérennité, est pour sa part détentrice des actions de contrôle d’IPL. Mon remplaçant ou ma remplaçante devrait pouvoir être choisi au début du mois de novembre. D’ici là, je continuerai à remplir mes fonctions, notamment en commentant l’actualité en page éditoriale. Les adieux seront donc pour plus tard. Entre-temps, je dis un grand merci à vous tous, lecteurs et amis, d’avoir été là et de continuer à l’être.

9 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 août 2015 06 h 14

    M. le Directeur

    Je considère le Devoir comme la meilleure plateforme où des gens intelligents peuvent discuter. Les points de vue sont souvent différents, mais ils sont les mieux énoncés. Vous avez réussi à réunir tous les éléments pour intéresser et donner l'occasion à ceux qui le lisent toute la latitude afin qu'effectivement ils soient «Libre de penser» et de l'exprimer.

    Merci de votre engagement. Rares sont les journaux de si grande qualité. Vous avez dirigé un Grand Journal, monsieur.

    Longue vie au Devoir.

    PL

  • Jean-François Laferté - Abonné 13 août 2015 06 h 27

    Merci et...

    ...profitez à plein de ces moments d'un temps retrouvé.
    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 août 2015 06 h 42

    Grands mercis !

    « Les adieux seront donc pour plus tard. Entre-temps, je dis un grand merci » (Bernard Descôteaux, Le Devoir)

    De ce mot, en effet, un grand merci à toi, Bernard, pour votre implication au Le Devoir Inc, une implication généreuse, audacieuse, inspirante, notamment à partir de votre plume, dynamique, alerte qui, pour quelque temps, continuera d’étonner les yeux de votre lectorat !

    Grands mercis ! - 13 août 2015 -

  • Jean-François Trottier - Abonné 13 août 2015 07 h 10

    Au revoir

    M. Descôteaux,

    ce fut un plaisir et un honneur de vous lire.

  • Gilles Delisle - Abonné 13 août 2015 07 h 29

    Quand on perd un journaliste du Devoir........

    .......... c'est toute une société qui y perd. Et pas n'importe lequel, le Directeur du journal! Merci pour ces articles et réflexions qui ont fait avancer la société québécoise. Je vous souhaite une retraite reposante et bien méritée.