Québecor rompt ses liens avec Bugingo

François Bugingo a annoncé par communiqué, dimanche soir, qu’il se retirait momentanément de l’espace public.
Photo: Source TV5 François Bugingo a annoncé par communiqué, dimanche soir, qu’il se retirait momentanément de l’espace public.

Tandis que l’affaire François Bugingo continue de faire couler de l’encre, ses principales tribunes lui sont déjà retirées. Groupe Média, la division médias de Québecor, a confirmé lundi soir la fin de toutes ses collaborations avec le journaliste, qui participait régulièrement au réseau TVA ainsi qu’au Journal de Montréal. L’animateur du 98,5 FM Montréal Benoît Dutrizac a quant à lui déclaré en ondes que M. Bugingo qui, jusqu’à la semaine dernière, tenait une chronique quotidienne « ne peut pas avoir sa place à notre émission ». Ces décisions surviennent deux jours après la publication d’un texte dans La Presse remettant en question la véracité des faits relatés dans plusieurs de ses reportages.

Benoît Dutrizac a toutefois défendu son « collaborateur et ami ». « Bugingo n’a tué personne, violé personne, extorqué personne [sic]. La GRC n’est pas à ses trousses », a dit l’animateur de l’émission Dutrizac, l’après-midi, qui a consacré la première demi-heure à l’affaire Bugingo.

« Je suis tellement furieux contre lui », a affirmé l’animateur, visiblement ému. « Tout le monde est encore sous le choc ici. […] Est-ce que François a menti parce qu’il est mythomane ? Si c’est le cas, il a besoin d’aide. Mais il ne peut pas avoir sa place à notre émission. » Pendant l’entrevue qu’il a menée en début d’émission avec la journaliste Isabelle Hachey, qui a révélé l’affaire, il a toutefois plaidé pour que La Presse rende publique l’entrevue menée avec M. Bugingo pour la rédaction du reportage. « Quand on ruine la vie d’un homme, quand on le détruit, […] ça mérite un verbatim, pour qu’on ait [son point de vue] dans son entièreté. »


Expulsion possible

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a de son côté entamé les procédures qui pourraient mener à l’expulsion de M. Bugingo des rangs de la profession. « On a enclenché les procédures » pouvant mener à la suspension ou à l’expulsion de François Bugingo, a déclaré la directrice générale de la FPJQ, Caroline Locher, au Devoir. Le conseil d’administration de l’organisme peut « suspendre pour la période qu’il détermine, ou expulser définitivement, tout membre dont la conduite est jugée préjudiciable à la profession ». Si elle est avalisée par le conseil d’administration de l’organisme, cette procédure constituerait une première pour des gestes d’une telle gravité, d’autres personnes ayant vu leur carte de presse résiliée en raison de conflits d’intérêts, par exemple.

Deux articles dans Le Devoir

De son côté, Le Devoir a pu retrouver un total de dix textes parus sous la signature de François Bugingo dans les archives du quotidien. M. Bugingo a signé huit textes d’opinion, publiés principalement lorsqu’il dirigeait l’organisme Reporters sans frontières Canada, de même que deux articles, un sur Israël, de retour d’un voyage de presse où il est bel et bien allé, et un autre consacré à l’Afrique, datant de 2000, dans lequel il livre un témoignage, se présentant comme écrivain et auteur d’un ouvrage sur le Rwanda.

Radio-Canada « attend toujours la réaction de M. Bugingo », a pour sa part affirmé le directeur général de l’information de la société d’État, Michel Cormier. Les grands médias d’information ne sont pas à l’abri des impostures, a-t-il concédé sur les ondes de RDI, qualifiant toutefois de telles situations de « cas exceptionnels ». Selon lui, il est beaucoup plus difficile pour les journalistes de la radio et de la télévision de monter de toutes pièces des reportages en prétendant s’être déplacés à l’étranger, en raison des contraintes en matériel audio et vidéo. « Si on veut faire une interview avec quelqu’un, il faut quand même l’avoir devant des caméras. Il y a quand même des garanties qui viennent avec le fait que c’est le média qu’on utilise », expose-t-il.