Deux fois plus de journalistes tués en 2003

New York - Trente-six journalistes ont été tués dans l'exercice de leur profession dans le monde en 2003, contre 19 en 2002, selon les chiffres publiés hier par le Comité pour la protection des journalistes (CPT), basé à New York.

En tout, 13 journalistes ont trouvé la mort en Irak, précise l'organisation pour expliquer la progression du nombre de décès dans la profession. Elle explique par ailleurs qu'elle n'inclut pas dans ce bilan les six journalistes décédés des suites de maladies ou d'accident de la circulation en Irak.

C'est la première fois depuis 1995 qu'autant de journalistes meurent en un an dans un seul pays. Cette année-là, 24 journalistes avaient trouvé la mort en Algérie, en pleine guerre civile entre le gouvernement et les rebelles islamistes.

«La guerre qui a commencé en mars [en Irak] a posé énormément de risques pour les journalistes. Mais des correspondants de guerre chevronnés nous ont expliqué que, même pendant l'après-guerre, l'Irak est pour eux la mission la plus dangereuse qu'ils aient reçue», a déclaré dans un communiqué Ann Cooper, directrice générale du CPJ.



Des explications

«Il est particulièrement inquiétant de constater qu'au moins quatre journalistes ont été tués à cause des actions militaires américaines en Irak», a-t-elle ajouté, précisant que son organisation continuait de demander au Pentagone d'expliquer publiquement ces

incidents.

Deux caméramans de Reuters figurent au nombre des journalistes tombés en Irak sous le feu américain.

L'Ukrainien Taras Protsyuk, âgé de 35 ans, est mort le 8 avril aux côtés de Jose Couso, un confrère de la télévision espagnole, quand un blindé américain a ouvert le feu sur l'hôtel Palestine de Bagdad, où étaient pourtant basés la majeure partie des correspondants étrangers.

Le Palestinien Mazen Dana, âgé de 41 ans, a été abattu le 17 août par la mitrailleuse d'un blindé américain au moment où il filmait près d'une prison de la périphérie de Bagdad.

Deux journalistes ont par ailleurs été tués par des tirs israéliens dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie. Le conflit israélo-palestinien a coûté la vie à six journalistes depuis le début de la seconde intifada, en septembre 2000.

La presque totalité des journalistes morts en 2003 en dehors de l'Irak n'ont toutefois pas été tués sur des champs de bataille mais ont été l'objet d'assassinats ciblés, souvent en représailles à leurs prises de position.

Le CPJ a fait savoir qu'il continuait d'enquêter sur quatre journalistes portés disparus et sur 12 autres dont les meurtres pourraient être liés à leur profession.