Clément Trudel, un homme de justice

Clément Trudel a quitté Le Devoir en 2000 après 31 ans de loyaux services.
Photo: Archives Le Devoir Clément Trudel a quitté Le Devoir en 2000 après 31 ans de loyaux services.
Notre ex-collègue Clément Trudel nous a quittés samedi, emporté par un cancer à l’âge de 78 ans. Jean-Pierre Proulx, qui l’a côtoyé dans la salle de rédaction du Devoir, a livré ce témoignage.
 

Il avait commencé sa carrière au Soleil de Québec. Il est entré au service du Devoir en mars 1969. Je l’y avais précédé de quelques mois quand le journal logeait encore au 434, rue Notre-Dame Est. Il fut affecté chez nous aux informations générales, mais aussi, et c’est à cet égard que mes souvenirs sont le plus vifs, à l’information internationale. Polyvalent, il a aussi oeuvré au secteur des arts et culture, de la justice et des médias.

C’était l’époque où les dépêches nous arrivaient de l’Agence France-Presse par téléscripteur sur des feuilles jaunes en rouleau. Le commis du journal venait sans cesse déposer ces feuilles sur le bureau de Clément. Il en faisait patiemment le tri avant de choisir les nouvelles pertinentes pour l’édition du lendemain.

Je crois bien que l’information internationale fut ce qui le passionna le plus durant sa carrière. Il maîtrisait l’espagnol. Aussi, ce qui se passait en Amérique latine le fascinait et l’inquiétait à la fois. Je me rappelle fort bien cet après-midi du 11 septembre 1973 où Salvador Allende fut assassiné. Quand la nouvelle parvint au journal, il était atterré.

Soif de justice

Car l’une des valeurs dominantes de Clément était sa soif de justice. Il trouva d’ailleurs dans le syndicalisme un lieu privilégié pour l’étancher. Il faut pendant plusieurs années représentant du Syndicat des journalistes du Devoir à la Fédération nationale des communications de la CSN. Et il comptait parmi ses amis, Michel Chartrand et son épouse, Simonne Monet. Lors du 100e anniversaire du journal, c’est à lui que l’on demanda de faire le bilan de l’activité syndicale qu’on y a menée. Il concluait ainsi :

« Et si c’était à refaire ? Je reprendrais ma place dans cette rédaction-là, sans déprécier les collègues des autres médias. Je le ferais sans esprit de dissidence, ayant conscience qu’il n’est pas honteux de se montrer combatif lorsqu’il s’agit de baliser l’exercice de la liberté professionnelle, de faire échec à l’arbitraire et de faire avancer les grands débats publics. »

Entre 1981 et 1991, rue Saint-Sacrement, j’ai pu tranquillement observer Clément puisqu’il était assis en face de moi. Non sans quelque difficulté, car une muraille de documents, de revues et de papiers en équilibre sur son pupitre nous séparait ! Au cas où, sans doute ! Il était de fait un peu brouillon.

Mais il travaillait, silencieux et attentif, sans se laisser impressionner par le babillage incessant que Louis-Gilles Francoeur, Pierre O’Neill et moi-même poursuivions jusqu’au moment où, vers 18 h, il fallait être sérieux. Lui n’avait jamais cessé de l’être ! L’image qu’il nous a laissée est précisément celle d’un homme sérieux. Du reste, sa prestance, son maintien fier, son élégance consommée allaient de pair avec ce trait de sa personne.

Il a quitté Le Devoir en 2000 après 31 ans de loyaux services. Il s’est alors installé à Percé avec sa compagne, Lise. J’eus le plaisir d’aller les saluer à deux reprises avec mon épouse. Comme ils étaient sur la route des vacances, nous ne fûmes certainement pas les seuls à avoir été reçus avec joie et entrain.

Le génial saint Augustin, à qui l’on avait demandé un jour « Que ferons-nous au ciel ? », avait répondu, notamment, « Vacabimus » ! Ce qui, en français, peut se traduire librement par : « Nous serons en vacances. » J’ignore tout de la foi de Clément Trudel. Je sais néanmoins qu’il s’apprêtait à partir pour le Portugal au moment où la maladie l’a terrassé. Le voilà donc pour toujours sur la route des vacances.

À sa compagne Lise, à sa famille, à tous ses collègues du Devoir et à tous ses amis, nos condoléances fraternelles.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 24 mars 2015 04 h 32

    Que mes sentiments...

    Que mes remerciements de lecteurs accompagnent Monsieur Trudel pendant ses vacances éternelles. Que celles-ci lui soient douces et qu'elles appaisent sa curiosité insatiable.
    Et que mes condoléances sincères se dirigent vers sa famille, amis et ex-collègues.