Martin Cauchon, un nouveau patron de presse inattendu

Proche de Jean Chrétien et de la famille Desmarais, Martin Cauchon voulait devenir premier ministre du Canada il y a deux ans avant d’être défait par Justin Trudeau. Portrait d’un patron de presse que personne n’avait vu venir.

« Paul Desmarais était un homme d’affaires brillant, d’une intelligence exceptionnelle avec une vision et une grande culture », déclarait Martin Cauchon au lendemain du décès du patron de Power Corporation en octobre 2013.

Fils d’un menuisier de Charlevoix, Martin Cauchon a déniché l’un de ses premiers emplois à la résidence des Desmarais comme maître d’hôtel. Après des études à Québec au collège Notre-Dame-de-Foy, il part étudier le droit à Ottawa.

Dans un portrait publié en 2001, le regretté Michel Vastel raconte que le jeune Cauchon a été repéré très jeune par le Parti libéral fédéral via le député de Charlevoix de l’époque, un certain Charles Lapointe (ex-patron de l’Office du tourisme de Montréal).

Martin Cauchon se présente pour la première fois aux élections en 1988 à l’âge de 26 ans. Il est alors défait par Brian Mulroney et part poursuivre ses études en Angleterre.

On le retrouve en 1993 comme candidat dans Outremont. Élu dans le gouvernement de Jean Chrétien, il va passer dix ans à Ottawa où il sera notamment ministre de la Justice. Il est alors associé à l’aile plus progressiste du parti (défense du mariage gai, légalisation de la marijuana). Fédéraliste convaincu, il défend la loi sur la clarté avec conviction et manifeste déjà un attachement pour les enjeux régionaux.

Il quitte la politique en 2004 pour se consacrer au droit, d’abord chez Gowlings puis chez Heenan-Blaikie, où il retrouve Jean Chrétien. À cette époque, il a piloté plusieurs dossiers en Chine. Il tente un retour en politique en 2011, mais est défait par Thomas Mulcair dans Outremont. En 2013, il tente sa chance lors de la course à la chefferie du Parti libéral contre Justin Trudeau. Sans succès.

Des journalistes relèvent alors parmi ses donateurs le nom de France Desmarais, qui lui avait versé la somme maximale autorisée de 1200 $. Il n’a jamais caché ses liens avec la famille propriétaire de Gesca. Année après année, il s’affiche au très médiatisé tournoi de golf qu’elle organise au Manoir Richelieu.

Deux groupes complètement distincts?

Lors de l’annonce de la vente mercredi, aucun représentant de Gesca ou de la famille Desmarais n’était présent. Muet sur le contenu de la transaction et sa structure, M. Cauchon a répété qu’il était actionnaire « à 100 % » du Groupe Capitales Médias. Interrogé sur les liens financiers qui pouvaient subsister entre Power Corporation et son groupe, il n’a pas voulu répondre non plus. À un certain moment, le p.-d.g. du nouveau groupe, Claude Gagnon, a lancé qu’il y avait « aussi des banques » dans l’univers financier.

Au Groupe d’études sur les médias de l’Université Laval, le chercheur Daniel Giroux souligne que M. Cauchon a tout à fait le droit sur le plan légal de retenir ces informations. Par contre, dit-il, « c’est important quand on publie des journaux de savoir à qui on a affaire ».

De son côté, le professeur Marc-François Bernier de l’Université d’Ottawa note que l’opacité de la transaction fait en sorte qu’on ne sait pas si on a vraiment affaire à deux groupes de presse ou un seul. « Pour moi, c’est une question d’imputabilité, le public a le droit de savoir ça. » Par contre, ce ne sont pas tant ses liens avec le clan Desmarais que son passé de politicien qui devraient inciter à la vigilance, selon lui. « Ces gens-là considèrent souvent les médias comme des porte-parole de leurs intérêts et leurs opinions. »

Lors de la conférence de presse, M. Cauchon s’est engagé à publier une « information de qualité » et garantir l’indépendance de la salle de rédaction. Il a précisé que ces valeurs lui étaient « chères ».

3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 mars 2015 07 h 53

    "La voix de son maître"

    "His master's voice / La voix de son maître"
    Slogan publicitaire de la compagnie RCA Victor ou on voyait le chien "Nipper" devant un antique haut-parleur reconnaissant "la voix de son maître".

  • Robert Lauzon - Abonné 19 mars 2015 09 h 23

    Desmarais envoie son valet négocier.

    Après avoir vu PKP détruire, en bonne partie, son image publique lors des négociations au JdM et au JdQ, les Desmarais ont compris qu'il valait envoyer un prête-nom obtenir les importantes concessions exigées de leurs employés.
    Desmarais a donc envoyé faire la job à Cauchon.

  • Colette Pagé - Inscrite 19 mars 2015 10 h 04

    Quelles sont les personnes qui oeuvrent de l'ombre ?

    En raison de l'inconnu entourant l"identification des créanciers de l'acquéreur des 6 journaux se posent la question : qui contrôlera l'information ? Partant delà, ne serait-il pas approprié, si possible, que la commission de l'Assemblée nationale sur l'information fasse comparaître le propriétaire afin de l'interroger. Si les personnes préfèrent rester dans l'ombre peut-être seront-ils obligés de se montrer à visage découvert dans la lumière.