Radio-Canada contre-attaque

Le reportage litigieux a été diffusé le 31 mars 2014. Le Québec était alors en pleine campagne électorale, à une semaine du scrutin.<br />
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le reportage litigieux a été diffusé le 31 mars 2014. Le Québec était alors en pleine campagne électorale, à une semaine du scrutin.

La riposte est cinglante. Le Conseil de presse du Québec (CPQ) a blâmé Radio-Canada (RC) à la mi-février pour un reportage sur un possible financement illégal du PQ mettant en cause le mari de Pauline Marois. C’est maintenant au tour de RC de balayer les arguments du tribunal d’honneur dans une réplique préparée pour interjeter appel.

L’argumentaire de 11 pages, daté du 13 mars, démonte en long et en large la décision de première instance du Conseil de presse. Le document reproche au Conseil de ne pas avoir suffisamment documenté le problème étudié et de méconnaître les règles d’une pratique journalistique rigoureuse, notamment au sujet de l’utilisation de sources confidentielles (et non pas anonymes). Les juges d’honneur n’auraient pas non plus fait la simple distinction entre un fait et une opinion.

La demande de révision attaque en plus la crédibilité de Guy Amyot, secrétaire général du CPQ. Elle l’accuse de s’être placé dans une situation éthique inappropriée en traitant de cette affaire. M. Amyot a fourni lui-même l’analyse du cas au Comité des plaintes.

Or, selon la lettre de RC, il aurait dû se retirer complètement du processus pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts puisque sa soeur, France Amyot, est depuis avril 2014 directrice de cabinet de Stéphane Bédard, chef par intérim du Parti québécois.

« On a la vie qu’on a, dit au Devoir Paule Beaugrand-Champagne, présidente du Conseil de presse. Le bureau de direction et moi estimons que la soeur de Guy fait de la politique depuis toujours et qu’il ne faut pas que ça l’empêche, lui, de faire son travail. Je signale — comment dire, ironiquement ? — qu’il a déjà été un des directeurs de l’information de Radio-Canada. »

Le reportage litigieux a été diffusé le 31 mars 2014. Le Québec était alors en pleine campagne électorale, à une semaine du scrutin. Comme le dit la riposte de RC, c’est Mme Marois elle-même « qui a mis l’intégrité du financement de son parti au coeur de la campagne ».

Le travail du journaliste émérite Alain Gravel traitait de la participation au financement du PQ de Claude Blanchet, mari de Pauline Marois. Deux dirigeants de firmes de génie-conseil témoignaient en avançant que M. Blanchet les avait sollicités pour recevoir des dons de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Une partie de l’argent aurait été versée par le stratagème du prête-nom. Selon l’opinion d’une des deux sources protégées, M. Blanchet connaissait assurément cette faute.

La décision du CPQ a donné raison au plaignant, Paul Défossé, en regrettant l’usage d’une seule source, anonyme de surcroît. Le comité des plaintes, tripartite, fait siéger des représentants du public, des journalistes et des patrons de presse. La décision a été unanime dans ce cas.

Radio Canada reprend, décortique et critique chacun des griefs tout en s’en prenant à la démarche elle-même :

La procédure. RC reproche au Conseil de ne pas avoir rencontré les journalistes ou leurs patrons pour explorer plus en détail le travail et les preuves de l’équipe d’enquête. De plus, la décision s’appuie nommément sur « l’esprit de la plainte » alors qu’il n’était pas fait mention de cette vague perspective dans les documents.

Les sources. RC répète que les sources n’étaient pas anonymes, mais confidentielles. En plus, la source laissant entendre que M. Blanchet connaissait le stratagème émet une « opinion », et la réplique dit qu’« un média ne saurait être blâmé pour la diffusion d’une opinion dans ce contexte ».

Le reportage. Le Comité des plaintes a retenu que les images choisies — une reconstitution avec échange d’enveloppe brune — cherchaient à discréditer la version des faits de M. Blanchet. Cette fois, Radio-Canada défend l’utilisation modérée de ce « support légitime » dans le reportage faisant par ailleurs état « à moult reprises de la position » du mari de l’ex-première ministre.

La procédure d’appel prévoit un examen par une Commission où siègent six membres permanents. Pour l’instant le site Internet du CPQ n’en liste que cinq. Deux d’entre eux devront se retirer parce qu’ils travaillent ou ont travaillé pour Radio-Canada : le journaliste Jean Sawyer et Pierre Sormany, maintenant éditeur de Vélo-Québec qui a fondé le groupe d’enquête du diffuseur public.

En entrevue, la présidente Beaugrand-Champagne annonce que la commission d’appel devrait se réunir « assez vite », probablement dès le mois prochain. « La procédure va suivre son cours en toute autonomie, avec équité, honnêteté et rigueur, comme on le fait toujours, comme le Comité des plaintes a travaillé. »

8 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 18 mars 2015 06 h 01

    La SRC s'enfonce!

    Stéphane Baillargeon dit que la réplique est cinglante. C'est plutôt une attaque personnelle sur le lien familial de M. Amyot. Il est le frère de ... Oui, et puis? Est-ce que ça lui enlève son désir d'équité, de justice? La manœuvre m'apparaît inique, tendancieuse et malhonnête.

    Est-ce que Paul Arcand doit se retirer des ondes-radio parce qu'il est le frère de Pierre, député PLQuiste ou est-ce qu'Hélène David, députée de ce parti de droite est discréditée parce qu'elle est la sœur de Françoise David, socialiste en chef chez QS?

    Le fait que le reportage d'Alain Gravel avec ses sources "confidentielles" et ses montages plus que douteux ait été diffusé dans la dernière semaine de la campagne électorale ne peut pas nous laisser sans interrogation. A qui ce reportage a-t-il servi? Est-ce vraiment au service de la vérité et de la démocratie? Ou avait-il d'autres desseins?

    Ce n'est pas la première fois que "Radio-Canada" se sert de moyens douteux pour donner un volet tendancieux à des reportages couvrant la mouvance souverainiste du Québec. Et cela, pour remplir son mandat de promotion de l'unité canadienne, je suppose?

    Le respect des citoyens passe par de l'information honnête et non-partisane. La démocratie en sortirait gagnante. Manipulée, la nouvelle n'a plus qu'une seule utilité: Mentir.

    Le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

  • Josée Duplessis - Abonnée 18 mars 2015 06 h 37

    Une opinion dans une émission d'information?
    En campagne électorale?
    Un peu tordu peut-être.

  • Jean Boucher - Inscrit 18 mars 2015 07 h 33

    Bravo au CPQ

    Bravo au CPQ de défendre ainsi la liberté de la presse et au Devoir pour cet article - j'espère que d'autres médias d'ici en feront autant -. Il était temps, le quatrième pouvoir en a vraiment besoin.

  • Gilles Delisle - Abonné 18 mars 2015 07 h 55

    Les" gorges chaudes" de Radio-Canada!

    Depuis le temps que les fédéraux s'invitent dans les campagnes électorales du Québec,( depuis que le PQ existe en fait), il n'y a plus de surprises. Même dans leur réplique, ce que les gens de R-C appellent une source anonyme, devient " une source confidentielle", qui l'est toujours d'ailleurs. Nulle mention de cette sortie tendancieuse, à 7 jours du vote, comme par hasard. Dans l'esprit du public, qui n'est pas bête du tout, l'on retiendra que ce fut un coup fourré de la part de l'émission " Enquête" qui se sont abaissés à faire du journalisme de bas étage, commandé par qui? Cà , on ne le saura jamais, et c'est là, la vraie question.

  • Roland Côté - Abonné 18 mars 2015 09 h 11

    La solution

    Radio-Canada n'a qu'a nommer sous secret la source confidentielle a la commission d'appel et ainsi cette derniere pourra rendre un jugement acceptable.