Les complotistes du 11-Septembre

Il ne manquait plus que ça : une chicane médiatisée sur fond de théories conspirationnistes.

Deux chroniques publiées sur les plateformes de Québecor sur des thèmes complotistes ont déclenché une vive discussion sur la page Facebook d’un cinéaste québécois à laquelle ont été mêlés des journalistes de Radio-Canada.

Pour rajouter à la curiosité médiatique, toute la controverse implique deux fils d’un ancien rédacteur en chef et directeur du Devoir. Le noeud de l’affaire porte sur la mort de trois reporters américains qui travaillaient sur un documentaire au sujet des attentats du 11 septembre 2001.

Une théorie du complot repose sur la croyance que l’histoire est manipulée de manière souterraine par des forces occultes. Le récit se prétend cohérent et les réfutations, peu importent leurs crédibilités, sont généralement perçues par le complotiste comme de nouvelles tentatives de masquer la réalité.

Reprenons. Jacques Lanctôt, chroniqueur au Journal de Montréal depuis des années, a relayé des théories du complot dans deux récentes chroniques datées du 6 mars (Voir la Paille dans l’oeil du voisin) et du 13 mars (Voir la paille…, la suite). Elles sont toujours diffusées sur le site Canoe.ca.

L’analyse de l’ancien felquiste ratisse large pour traiter des « sales coups [quel euphémisme pour dire toutes ces morts suspectes, tous ces assassinats politiques] commis par l’empire américain, passé maître dans l’art de déguiser un assassinat politique en vulgaire accident ».

Et M. Lanctôt de citer des cas dont l’assassinat de John F. Kennedy en 1963, cas classique des conspirationnistes. Il verse au dossier des cas plus récents, par exemple la mort du procureur Alberto Nisman qui enquêtait sur l’implication du gouvernement argentin dans l’attentat du 18 juillet 1994 contre un centre juif de Buenos Aires.

Il s’attarde encore plus à la mort récente de trois journalistes américains « qui préparaient un documentaire qui allait prouver la complicité de la CIA dans les attentats du 11 septembre ». Le 11 février Bob Simon est décédé « dans un accident d’auto dont on ne connaît pas la cause ». Le lendemain, Ned Colt était emporté le par « une soi-disant hémorragie cérébrale ». Le même jour, le dernier membre du trio décédait d’un arrêt cardiaque dans ses bureaux du New York Times.

« Comment se fait-il que les médias qui relaient les nouvelles des grandes agences de presse pro-américaines, dont Radio-Canada, ne se sont pas interrogés sur ces coïncidences pour le moins troublantes ? écrit M. Lanctôt. Ces trois journalistes savaient que le gouvernement américain avait été complice des attentats du 11 septembre et ils s’apprêtaient à rendre publiques certaines preuves mais on les a fait disparaître, eux et les preuves. »

Chicane de Roy

 

Le cinéaste Mathieu Roy a salué les deux textes sur sa page Facebook en disant que « Jacques Lanctôt ose réfléchir à des questions importantes », en ajoutant : « Je ne crois pas qu’aucun journaliste Radio-canadien n’ait fouillé ces dossiers… et pourtant… »

Mathieu Roy a récemment rendu hommage à son père dans le film L’autre maison. Diplomate et ex-directeur du Devoir, Michel Roy est mort après avoir souffert de la maladie d’Alzheimer. Mathieu Roy est aussi le frère de Patrice Roy, animateur du journal télévisé de 18h de Ici Radio-Canada Télévision. Son frère lui a répondu, comme d’autres journalistes.

« C’est peut-être moins sexy, mais mon métier reste de trouver des faits, des sources crédibles, d’engager à chaque enquête, article ou reportage, un processus rigoureux a répondu le radio-canadien, écrit Patrice Roy. […] Je termine [avec] une petite phrase de Camus que tu aimes tant :  Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ”. Pour bien nommer les choses il faut rester dans les faits, la science, le réel. Les faits ont la tête dure. Affections. »

Les théoriciens du complot ont aussi réagi, pour persister. Jacques Lanctôt lui-même a cité ses sources, dont un article tiré d’un journal chilien.

Alexandra Szacka, une autre radio-canadienne, a eu une des interventions les plus fermes. « Le texte espagnol cité par Lanctôt ne prouve absolument rien au sujet des trois journalistes, écrit-elle. Le blogue en anglais que tu apportes en preuve, non plus, Mathieu. Ils affirment des trucs sans aucune preuve. C’est pas parce qu’un fêlé écrit quelque chose sur le Web que c’est vrai. Et moi, quand on me dit que Poutine détient une info qui va révéler toute la vérité, excusez-moi, mais j’éclate de rire. Un dirigeant d’un pays où la liberté d’expression est à peu près inexistante, ou les autorités font la chasse aux homosexuels et où les journalistes sont assassinés pour vrai [pas besoin d’infos confidentielles sur d’obscures blogues, on les troues de balles], d’emblée je ne le crois pas. Et vous allez me dire maintenant que Poutine est disparu parce qu’il avait des infos secrètes sur le 9/11, au secours ! »