Le PQ exige des excuses

Pauline Marois et Claude Blanchet, le 7 avril 2014, soir de la défaite électorale du PQ.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Pauline Marois et Claude Blanchet, le 7 avril 2014, soir de la défaite électorale du PQ.

Le Parti québécois exige des explications et des excuses de Radio-Canada pour la diffusion d’un reportage accusateur pendant la dernière campagne électorale.

Le travail journalistique, basé sur la déclaration d’une source anonyme, mettait en cause le mari de l’ex-première ministre Pauline Marois. Le topo de l’émission Enquête vient de faire l’objet d’un blâme de la part du Conseil de presse du Québec (CPQ).

Le tribunal d’honneur du journalisme reproche à Radio-Canada l’« usage imprudent » d’une source unique. La primeur, intitulée « Claude Blanchet aurait sollicité des firmes de génie-conseil » a été diffusée au Téléjournal de 22 h le 31 mars 2014.

« Compte tenu de la décision rendue aujourd’hui par le CPQ, nous demandons que les responsables ayant permis la diffusion de ce reportage, qui a eu un effet significatif sur la dernière semaine de la campagne électorale, s’expliquent publiquement de leurs décisions », a déclaré mercredi Stéphane Bédard, chef de l’opposition officielle. « […] Nous demandons également à la Société Radio-Canada des excuses publiques au Parti québécois concernant la diffusion de ce reportage. » Les excuses sont aussi demandées pour Mme Marois.

Radio-Canada conteste la décision du CPQ. « C’est sans la moindre hésitation que nous avons signifié notre intention d’interjeter appel de ce jugement conformément aux procédures du Conseil », dit le diffuseur dans un communiqué. La direction de l’information rejette l’analyse et les conclusions du tribunal d’honneur. Elle n’accordera pas d’entrevue sur le sujet avant la fin de la procédure d’appel.

Réputation et réfutation

La date de la diffusion du reportage a son importance. On était alors en pleine campagne électorale, à une semaine du scrutin. La nouvelle fracassante avait été reprise par tous les médias du pays et commentée pendant des jours.

Selon le plaignant dans cette affaire, Paul Desfossés, le reportage signé par Alain Gravel ne présentait pas une information d’intérêt public tout en faisant un usage injustifié d’une source anonyme. La plainte dénonce aussi « un traitement tendancieux et partial de l’information ainsi qu’une atteinte à la réputation de M. Claude Blanchet, de sa conjointe Mme Pauline Marois, et du Parti québécois ».

La décision rendue publique mercredi lui donne en partie raison. Il n’est cependant pas du ressort du Conseil de juger l’atteinte à la réputation ou la diffamation. Le CPQ ne retient pas non plus le grief pour manque d’intérêt public : le sujet semblait au contraire hautement important, d’autant plus dans le cadre d’une campagne électorale portant sur l’intégrité en politique et en affaires.

Par contre, le tribunal d’honneur critique un « usage imprudent » d’une source anonyme.

Le reportage de RC faisait témoigner deux dirigeants de firmes de génie-conseil affirmant que M. Blanchet les avait sollicités pour recevoir des dons dans le cadre de la course à la direction du PQ en 2007 et pour la campagne électorale de 2008. Une part de l’argent aurait été versée par le stratagème du prête-nom, interdit par la loi. Le reportage laissait entendre que, selon un des deux dirigeants, M. Blanchet connaissait assurément cette faute, sans appuyer cette opinion par des preuves.

« En fait, il s’agit de la seule source — du moins parmi celles citées par le reportage — affirmant une telle chose, à savoir que M. Blanchet aurait fait preuve d’aveuglement volontaire », dit le jugement soulignant qu’à aucun moment cette opinion n’a été corroborée par l’autre dirigeant ou par les employés de la firme approchés pour faire des dons.

« Rien ne permet d’affirmer que M. Blanchet savait que les firmes sollicitées auraient eu recours au stratagème des prête-noms », tranche le Conseil en ajoutant une règle de base : « Le fait que la source soit anonyme ne vient, aux yeux du Conseil, que renforcer l’obligation de vérification. »

Le blâme découle de l’absence de corroboration de l’affirmation, mais aussi des conséquences potentiellement dévastatrices de ces accusations. Selon le jugement, cette faute contrevient « autant aux normes de Radio-Canada qu’à celles du guide des Droits et responsabilité de la presse ».

L’analyse du Conseil ajoute que les mis en cause, le journaliste Alain Gravel et son employeur, se sont en plus rendus coupables d’une « présentation tendancieuse de l’information » en proposant dans le reportage une reconstruction des événements présumés. Dans cette portion du reportage, on voit un échange d’enveloppes brunes entre deux comédiens anonymes tandis qu’en fond sonore on entend M. Blanchet nier toute responsabilité. « Ce qui constitue une marque de partialité, contraire à l’éthique journalistique », conclut le tribunal d’honneur.

Affidavit

La direction de l’information balaie ces analyses. « Contrairement à ce qu’affirme le jugement du Conseil de presse, notre reportage n’était pas fondé sur une source anonyme, mais confidentielle, dit le communiqué publié mercredi après-midi. Un affidavit en prouve l’identité et l’indéniable crédibilité. »

RC rappelle l’existence de l’autre source. La direction dit aussi qu’une de ces deux sources a témoigné devant la commission Charbonneau, où elle a répété « tout ce que notre reportage a révélé ».

Le diffuseur conclut sa réaction sur le droit à l’utilisation des sources confidentielles, reconnu par la Cour suprême. « Sans celles-ci, écrit-il, [l’émission] Enquête n’aurait jamais pu révéler l’ampleur du scandale dans l’industrie de la construction au Québec et de la collusion régnant dans ce milieu. »