Rire de tout, parce qu’«il est interdit d’interdire»?

Le Devoir a publié une caricature de Mahomet (ci-dessus, projetée sur l’écran) dans les jours qui ont suivi la tuerie à Charlie Hebdo. Les panélistes ont débattu des limites à fixer, ou non, à la liberté d’expression.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Devoir a publié une caricature de Mahomet (ci-dessus, projetée sur l’écran) dans les jours qui ont suivi la tuerie à Charlie Hebdo. Les panélistes ont débattu des limites à fixer, ou non, à la liberté d’expression.

Faut-il limiter la liberté d’expression pour ménager les susceptibilités religieuses ? La question a suscité des échanges nourris lors d’un débat mercredi soir au Musée de l’Amérique française.

Les semaines ont passé depuis l’attentat du Charlie Hebdo,mais les discussions qu’il a lancées sont loin de s’être essoufflées. Dans le cadre de la série de rencontres « Le Devoir de débattre », le collègue Antoine Robitaille avait convié quatre intellectuels à prolonger le débat des dernières semaines.

Pour la spécialiste de l’humour visuel Mira Falardeau, il n’y a pas de doute. « Il est hors de question que l’on commence à se retenir » et « il est interdit d’interdire ». En même temps, Mme Falardeau a concédé que l’attentat avait ébranlé l’espèce de contrat implicite entre les gens d’humour et le reste de la société.

Tôt dans le débat, le professeur de droit Louis-Philippe Lampron a souligné que la liberté d’expression n’était déjà pas « absolue » dans la société puisqu’il existe des protections contre la diffamation et les propos haineux.

Le professeur et journaliste à la retraite Jean-Pierre Proulx a ensuite introduit l’idée qu’il fallait faire preuve d’éthique. À ses yeux, la limite se trouve lorsqu’on insulte, ou « injurie » les individus ou les groupes.

« C’est justement là qu’intervient l’humour », lui a rétorqué Garnotte, caricaturiste du Devoir. « Ça peut aider à faire passer la pilule. »

Seul Jean-Pierre Proulx a soutenu que Charlie Hebdo n’aurait pas dû publier les caricatures de Mahomet. « On pouvait entrevoir que ça allait entraîner des malheurs. »

 

Attaquer le pouvoir

Plus tard, Garnotte et le professeur Lampron ont souligné qu’il fallait tenir compte du contexte et du pouvoir. Garnotte a noté que les caricatures visaient d’abord les puissants et qu’il était plus réticent à se moquer des faibles ou groupes minoritaires.

M. Lampron a donné l’exemple de Super Jésus, un vieux sketch de Rock et Belles Oreilles. Or, a-t-il dit, ce n’est pas la même chose de s’en prendre à la religion du groupe majoritaire au Québec et de cibler la minorité musulmane en France, par exemple.

Jean-Pierre Proulx a plus tard voulu relancer le débat en rappelant que contrairement aux grands médias francophones, plusieurs médias anglophones avaient refusé de publier les caricatures de Charlie Hebdo le lendemain de l’attentat. « Les journaux anglophones ne se sont pas autocensurés, ils ont posé un geste raisonnable », a-t-il dit sans pour autant condamner le geste posé par les médias québécois. À ses yeux, il faut toutefois distinguer l’audace de la témérité.

Louis-Philippe Lampron l’a ensuite relancé sur le thème de la prudence en notant que les limites à la liberté d’expression pouvaient elles aussi être dangereuses.

Antoine Robitaille a par la suite voulu discuter du cas de l’imam Chaoui, qui souhaitait ouvrir un centre communautaire à Montréal et que certains veulent faire taire. « Il n’y a pas là un grand paradoxe ? » En réponse à cela, Garnotte a fait rire toute la salle en disant qu’il ne fallait pas qu’on le prive de parole parce qu’on priverait ainsi les caricaturistes d’une belle source d’inspiration…

1 commentaire
  • Maurice Gauvreau - Inscrit 13 février 2015 11 h 43

    Liberté, égalité, fraternité. On est très fort sur la liberté - devenue un absolu quasi religieux - un peu moins sur l'égalité et tres peu sur la Fraternité.