Décès d’un ex-felquiste gastronome

Richard Bizier
Photo: Facebook Richard Bizier

Richard Bizier, critique gastronomique, notamment au Journal de Montréal, est décédé. C’était aussi un ancien felquiste, qui avait trouvé refuge en France, pendant quatre ans, après 1968.

Richard Bizier est décédé le 29 décembre à l’hôpital Saint-Luc de Montréal. L’avis de décès n’a été communiqué par ses proches que cette semaine.

Richard Bizier rejoint les rangs du Front de libération du Québec (FLQ) dès le début des années 1960. Il est condamné à une peine légère de six mois dans le cadre du procès intenté à plusieurs membres de l’organisation terroriste à la suite de l’attentat du 20 avril 1963 qui coûte la vie au veilleur de nuit Wilfrid O’Neil. Quatre hommes reçoivent des peines allant de six à douze ans.

Bizier a alors 18 ans. Il se présente au tribunal comme « étudiant et garçon d’ascenseur de l’hôtel Reine-Élizabeth ». Comme il est en liberté sous caution pendant ce procès, il se réfugie avec trois comparses aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon. Le groupe demande asile à la France, qui refuse.

Revenu au Québec en septembre, emprisonné puis relâché, Bizier est à nouveau appréhendé comme organisateur de la manifestation turbulente de la Saint-Jean de 1968. Il forfait de nouveau à son cautionnement, repasse par les îles françaises et cette fois la France accepte de le reconnaître comme réfugié politique.

« Il a travaillé à Toulouse pour les orphelins d’Auteuil, un groupe catholique, explique au Devoir l’écrivaine et journaliste Paquerette Villeneuve, qui l’a bien connu. Il était bien mal payé et il n’aimait pas ce travail. »

Richard Bizier rentre au pays en 1972. Un tribunal ne le condamne qu’à une amende pour l’émeute de 1968. Il entame une nouvelle vie dans la gastronomie, la critique de restaurants et la rédaction de guides culinaire. « J’imagine qu’il aimait déjà bien manger quand il était felquiste », ironise Paquerette Villeneuve.

À la fin des années 1980, il dirige les magazines Les Idées de ma cuisine puis Sel poivre. Il rédige plusieurs livres sur les fromages du Québec, la cuisine d’antan et même un livre de recettes de Frank Cotroni, caïd de la mafia qui a passé la majeure partie de sa vie en prison. Il tient la chronique « À toutes les sauces » dans Le Journal de Montréal de 1995 à 2005.

«Le père Péladeau [fondateur du quotidien] l’a aidé en lui donnant du travail », résume Mme Villeneuve. Un autre ex-felquiste, Jacques Lanctôt, tient encore chronique au Journal de Montréal.

1 commentaire
  • Pierre Schneider - Abonné 11 février 2015 06 h 36

    Souvenirs des années turbulentes

    À l'époque, quand j'ai connu Richard, il était loin d'être le gastronome qu'on décrit. Nous étions pas mal bohèmes. Il venait crécher chez-moi au Carré Saint-Louis...et nous mangions des binnes et des sandwiches au beurre d'arachides.

    Les temps étaient difficiles et tous nos sous étaient investis dans la révolution nationale au RIN !

    Que de souvenirs ! Après l'annonce du décès de Gilles Rhéaume, un autre patriote nous quitte.

    Salut l'artiste !