Double réprimande pour Vidéotron

« On peut conclure que Vidéotron ne respecte ni les exigences quantitatives du Règlement ni les exigences qualitatives de reflet précisées par la Politique », dit une décision du CRTC.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « On peut conclure que Vidéotron ne respecte ni les exigences quantitatives du Règlement ni les exigences qualitatives de reflet précisées par la Politique », dit une décision du CRTC.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) inflige coup sur coup deux revers à Vidéotron et à sa chaîne communautaire montréalaise.

L’organisme fédéral juge d’abord que MAtv remplit mal son mandat. La chaîne ne fait pas assez de place aux minorités dans sa programmation et elle couvre trop peu les sujets locaux.

Le Conseil exige donc des mesures concrètes d’ici le renouvellement de la licence en août prochain. MAtv doit même former un comité consultatif citoyen « au plus tard le 15 mars » pour réorienter « la combinaison, la portée et les genres » des émissions.

La deuxième décision concerne la chaîne MYtv, pendant anglophone que Vidéotron souhaite développer. Le Conseil approuve l’idée tout en refusant le mode de financement projeté. Vidéotron veut affecter jusqu’à 2 % de ses revenus annuels bruts à MYtv, selon le modèle de MAtv. L’entreprise devra plutôt financer le projet anglophone avec les contributions déjà allouées au volet francophone. Son budget annuel est évalué à une vingtaine de millions.

Les deux décisions, rendues publiques mercredi, sont intimement liées : la non-conformité de MAtv explique le refus de développer MYtv sur le même canevas. Le Conseil a passé les derniers mois à recevoir les commentaires de plusieurs groupes et individus concernés par les dossiers.

Rien qu’à voir

Le litige découle d’une plainte déposée en janvier 2014 par la Télévision communautaire et indépendante (TVCI). Le regroupement affirme que MAtv ne respecte pas son mandat communautaire et que lui-même peut prendre le relais en obtenant la licence et les fonds dédiés. « Nous accueillons la décision de manière positive, dit Sabine Friesinger, porte-parole du groupe de contestation. Idéalement, nous aurions souhaité des directives encore plus claires et précises concernant certains correctifs, par exemple pour la composition du comité consultatif que MAtv doit mettre en place. »

Ce comité devra revoir la programmation. La grille actuelle a fait l’objet de disputes entre les deux parties, Vidéotron prétendant sa proposition en toute conformité.

Le Conseil a donc procédé lui-même à l’analyse. Le verdict basé sur un échantillon de 2013 établit que MAtv n’a proposé que 30 % de programmation dite d’accès, celle produite par des membres de la communauté. Le seuil exigé est de 45 %. La programmation dite locale, elle, doit refléter « la réalité de la collectivité ». Elle est présentement de 37,5 % alors qu’elle devrait atteindre 60 %.

La synthèse juge aussi que les minorités (linguistiques, ethniques, culturelles, autochtones) ne se reconnaissent pas à l’écran. « On peut conclure que Vidéotron ne respecte ni les exigences quantitatives du Règlement ni les exigences qualitatives de reflet précisées par la Politique », dit la décision.

On verra bien

Mme Friesinger annonce que son groupe ne lâchera pas prise : TVCI, dit-elle, veut et peut prendre le relais de MAtv et de la future MYtv, le cas échéant.

« Notre principe de base, c’est que c’est pratiquement impossible pour une entreprise privée de gérer un canal communautaire à la lumière des politiques du CRTC. Les preuves sont faites depuis neuf ans : Vidéotron ne gère pas MAtv en respectant les règles. Nous pensons qu’un organisme sans but lucratif est beaucoup plus à même d’y arriver en étant plus représentatif de la collectivité desservie. »

Elle donne l’exemple de « groupes minoritaires ou différents ou habituellement exclus des médias », dont certains handicapés, qui n’ont pas d’émission. Par contre, selon elle, la programmation fait « beaucoup de place au recyclage de personnalités que l’on voit déjà partout ».

La porte-parole élargit aussi la perspective pour prendre en compte l’écologie générale des médias dans notre société.


« Nous voulons une voix citoyenne dans l’espace communautaire, dit Sabine Friesinger. Cet espace se fait gruger partout. Nous, nous voulons défendre ce qui reste, le petit bastion restant. Notre idée est simple et claire. Nous disons que si Vidéotron ne fait pas le travail et ne respecte pas les règles, nous, nous pouvons le faire. »

Vidéotron, filiale de Québecor Média, est titulaire de l’entreprise qui exploite MAtv. « Vidéotron est déçue de la décision du CRTC, dit une réponse laconique faite à une demande d’entrevue avec un dirigeant. Au cours des prochains jours, l’entreprise analysera la décision et évaluera ses options. »