Le Canard enchaîné rend hommage à Charlie Hebdo

Tous les articles de la page que laisse circuler le <em>Canard</em> traitent de l'attentat à <em>Charlie Hebdo.</em>
Photo: Le Canard enchaîné Tous les articles de la page que laisse circuler le Canard traitent de l'attentat à Charlie Hebdo.

Le Canard enchaîné, plus célèbre journal satirique de France, rend hommage à Charlie Hebdo. Le nouveau numéro paraît ce mercredi, en même temps que l’édition spéciale de l’hebdomadaire dont la salle de rédaction a été massacrée dans un attentat, la semaine dernière, à Paris.

La une-hommage, plus aérée qu’à l’habitude, reproduit un dessin et un message de Cabu, assassiné avec onze autres personnes. Le dessin du collaborateur de Charlie, mais aussi du Canard, montre un homme soulevant son chapeau. Le montage lui a rajouté un brassard reprenant le désormais célèbre slogan : « Je suis Charlie ».

Les titres de la page que laisse circuler le Canard traitent tous de l’événement : « Un pour tous, tous Charlie ! », « À Mourir de rire » et « L’heure est tragique, rions ! ». La manchette livre un message de feu Cabu : « Allez les gars, ne vous laissez pas abattre ! ».

Le dessinateur anarchiste aurait eu 77 ans ce mardi. Ses dessins de Mahomet publiés en 2006 étaient parmi les plus mordants, dont celui du prophète se voilant le visage en disant : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Ses caricatures avaient valu à l’équipe du journal plusieurs menaces de mort.

Un choix à contre-courant

Il faudra attendre la diffusion en kiosque pour lire le contenu détaillé de l’édition hommage. Le site Internet, lui, ne sera pas d’un grand secours. Le Canard limite les informations diffusées sur sa page Web, qui annonce comme slogan : « Une palme dans la cybermare… Mais juste une. »

Un texte fournit plus d’explications sur ce choix à contre-courant. « Non, en dépit des apparences, Le Canard ne vient pas barboter sur le Net. Ce n’est pas faute d’y avoir été invité par des opérateurs plus ou moins bien intentionnés, et parfois par des lecteurs qui aimeraient bien lire en ligne leur hebdomadaire préféré. Et surtout, par les canetons expatriés, qui ne reçoivent parfois leur journal, à l’autre bout du monde, que plusieurs jours après la parution. Mais notre métier, c’est d’informer et de distraire nos lecteurs, avec du papier journal et de l’encre. C’est un beau métier qui suffit à occuper notre équipe. »

Le justificatif se termine par cette invitation à l’ancienne : « En attendant, le très modeste cyber-canard vous donne donc rendez-vous, mercredi, chez votre marchand de journaux ! ».

La stratégie antitechnologique réussit parfaitement au palmipède enquiquineur. Le journal satirique s’avère très profitable, alors que son concurrent Charlie Hebdo s’enfonçait dans le rouge avant la tragédie.

L’hebdomadaire maintient son tirage alors que la presse politique voit le sien chuter constamment. La moyenne des tirages par numéro oscille autour de 400 000 exemplaires vendus depuis une décennie, avec des profits conséquents.

Le Canard enchaîné a été fondé en septembre 1915, il y a donc cent ans, en pleine Première Guerre mondiale. Il se spécialise depuis les années 1960 dans le journalisme d’enquête et le commentaire vitriolique omniprésent dans une grande quantité de rubriques et des dessins de presse.