De douloureux souvenirs pour Jean-Pierre Charbonneau

Jean-Pierre Charbonneau (à droite), ici en compagnie de Michel Auger, bien connu pour sa couverture du crime organisé au Journal de Montréal pendant deux décennies. Le 13 septembre 2000, il a été atteint par six projectiles dans une embuscade tendue dans le stationnement de son journal.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Jean-Pierre Charbonneau (à droite), ici en compagnie de Michel Auger, bien connu pour sa couverture du crime organisé au Journal de Montréal pendant deux décennies. Le 13 septembre 2000, il a été atteint par six projectiles dans une embuscade tendue dans le stationnement de son journal.

L'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo rappelle qu'il y a des risques et des conséquences à l'exercice du métier de journaliste, estime l'ex-député Jean-Pierre Charbonneau, lui-même victime d'un attentat dans les locaux du Devoir en 1973.

«Agacer les fauves du monde interlope ou les fauves des milieux religieux et radicaux sera toujours un risque», a lancé l'ancien journaliste en entretien avec Le Devoir. Il s'est dit «choqué et horrifié, mais pas surpris» de ce qui s'est passé dans les locaux de Charlie Hebdo.

«C'est la conséquence de jouer avec le feu, dit-il. C'est le propre du métier de journaliste, aussi. Être au front, à la limite de prendre des risques pour des idées et des opinions.»

L'attentat de mercredi risque-t-il de provoquer une forme d'autocensure dans certains médias? Jean-Pierre Charbonneau dit que c'est une possibilité, mais pense que le contraire peut aussi être vrai. «Il pourrait y avoir un réflexe d'accentuer la provocation pour montrer qu'on n'a pas peur», dit-il.

«Pour moi, la réaction doit être de continuer à faire ce que les journalistes doivent faire. Mais avec un sens des responsabilités. Il y a toujours une zone grise: quelle est la limite entre la liberté d'expression et une provocation qui est inutile et qui ne fait pas avancer les idées ou les causes? On ne pourra jamais le définir précisément. Le Code criminel interdit les propos haineux, mais qu'est-ce qu'un propos haineux? Encore là, c'est sujet à discussion.»

En toute chose, M. Charbonneau estime qu'il «faut être conscient de ce qu'on écrit ou publie comme journaliste. Et il faut accepter le risque ou l'inconfort que ça peut amener. Dans une dynamique de liberté d'expression, la conséquence, c'est que tu risques de créer des remous.»

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