L’oeil compassionnel

Vincent Simard et Frédéric Séguin s’apprêtent à lancer la première expédition de Shoot to Help.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vincent Simard et Frédéric Séguin s’apprêtent à lancer la première expédition de Shoot to Help.

Il ne manquait plus que ça. On connaît les médecins, les journalistes et même les clowns sans frontières. Il y a aussi les étudiants, les homéopathes, les relations publiques et les optométristes sans frontières. Il ne manquait plus que les photographes et les vidéastes. Les voilà. Les voilà maintenant capables de se regrouper autour de l’organisme montréalais Shoot to Help.

L’organisation sans but lucratif fondée en juin propose de « donner une représentation photographique et vidéo professionnelle » aux personnes qui « dédient leur vie aux autres » afin de les aider à « présenter leur mission et leurs impacts », résume le site shoottohelp.org.

« Nous voulons donner plus de visibilité positive aux organismes qui font de l’aide internationale, poursuit Frédéric Séguin, cofondateur de l’organisme. Nous voulons changer l’image de ces groupes de coopération internationale trop souvent réduits à la tristesse, à la pauvreté, à l’Africain en train de mourir de faim. »

 

Son collègue rencontré en même temps lundi, au Devoir, enchaîne. « Oui, évidemment il y a des problèmes, mais nous voulons mettre l’accent sur ce qui se fait de bien, dit Vincent Simard. Nous voulons promouvoir cette entraide positive parce que, pour inspirer le changement, il faut montrer des exemples inspirants, des réussites concrètes. »

 

Ils sont trois amis derrière ce projet de communications qui serait unique au monde, trois amis dans la mi-vingtaine. Vincent Simard est diplômé en génie informatique. Frédéric Séguin arrive de HEC-Montréal, en affaires internationales. Il se passionne pour la photo et on peut voir son travail sur fredericseguin.com.

 

« J’avais de la difficulté à trouver une job qui rassemblait tous mes intérêts, pour le développement durable, l’entraide internationale et la photo, dit-il. J’ai décidé de me la faire moi-même. »

Le troisième, Jonathan Darrieu, poursuit ses études en maîtrise à Sherbrooke. Il ne sera pas du premier voyage, début janvier, en Inde et au Myanmar.

En quatre ou cinq mois, le duo Simard-Séguin compte visiter et documenter une quinzaine de projets en marche, dans le sud du sous-continent, dans l’Himalaya aussi. Par exemple les efforts de Room to Read, organisme américain qui installe des bibliothèques dans les pays pauvres. Le premier florilège compte des réalisations en éducation, en environnement, pour la protection des animaux, dans les bidonvilles, auprès des réfugiés tibétains, etc.

« C’est notre projet pilote, dit Frédéric Séguin. Nous allons pouvoir montrer concrètement tout ce qu’on peut faire de bien. »

 

Le travail documentaire ne se concentre pas nécessairement sur les interventions québécoises ou canadiennes à l’étranger. Shoot to Help diffuse en anglais et en français. Le slogan de la com sans frontières dit : « Capturing Goodness, Everywhere ». Les trois amis s’y présentent comme Fred, Jo et Vince.

« C’est une espèce de blogue à multiples usages, explique Vincent, avec une structure complète de réseaux sociaux. Nous sommes pas mal prêts de ce côté. Le contenu sera partagé avec les organismes qui pourront l’utiliser gratuitement comme ils le veulent pour leurs propres communications. »

 

Propagande?

Le mot est lancé. Est-ce le bon ? Est-ce du journalisme ? Frédéric explique que le matériel sera aussi proposé aux médias traditionnels pour diffusion sur des plateformes d’informations traditionnelles. « Mais nous voulons conserver notre indépendance, dit-il. Avec un média traditionnel, on n’aurait pas nécessairement le choix de ce qu’on fait. »

À l’inverse, il faut bien remettre en question leurs rapports avec leurs « clients ». Shoot to Help, est-ce de la promotion, voire de la propagande, sous un autre nom ? « Nous sommes aussi indépendants des ONG, poursuit Vincent Simard. Le travail critique ressort déjà beaucoup dans les médias. Ce qu’on y relaie, ce ne sont pas les 800 bons coups de Greenpeace, mais son mauvais coup. Nous, justement, on veut éclairer une autre facette de l’entraide internationale. Nous sommes tout à fait conscients que certains organismes ne sont pas 100 % propres. Mais ce sont peut-être de plus grandes structures qui n’ont pas besoin de publicité. Nous, nous allons nous concentrer sur les bons coups des petites. »

 

Frédéric Séguin ajoute qu’un contrat balisera les rapports entre les deux côtés de l’oeil compassionnel. « En plus, on fait beaucoup de recherche avant de les choisir. »

En tout cas, l’occasion ne fera pas le larron. La première expédition est montée avec des budgets de famine. Les organismes couverts aident un peu, par exemple en fournissant l’hébergement sur place. Des partenaires ont fourni de l’équipement. Il manque encore un peu d’argent pour compléter le financement populaire de 7800 $ sur la plateforme Indiegogo. Il ne manque plus que ça.

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2014 05 h 06

    Questions bêtes

    Ah que c'est bien, avec cet organisme qui se veut international, l'affirmation croissante et indiscutable de Montréal pour un progressisme social en anglais atteint un sommet.
    Montréal, deuxième ville française de langue au monde ?!

    -Bein voyons donc chose, va te recoucher ! Ca "fa" longtemps qu'à Montreal on sait dans quelle langue to speak to succed and be modern !
    C'est pas ça le sujet du jour !
    Le sujet "man", c'est de pouvoir montrer tout le monde, du plus well known au plus unknown de "nous-hôtes", que the planet is turning fuc... wrong my friend ! Understand ? C'est ça l'idée de génie...

    Ah oui, c'est vrai. L'idée, c'est de montrer que l'argent et le pouvoir politiquedeviennent l'arme culturelle la plus absolue de l'esclavage volontaire des Hommes, lorque concentrés dans les mains de quelques-uns. Et que cette arme "uses the only thrue language to communicate in the world !"
    Un peu comme si pour obéir, on n'avait même plus besoin maintenant d'entendre crier "Speak white !".
    Un peu comme si, dans les esprits de plusieurs de nos jeunes, eux qui se veulent en recherche de justice, la rébélion aux idées du "strongest of the world" était dorénavant remplacée par un véritable conformisme; tout ce beau monde rêvant tant d'être une "star" mondiale, que l'obéissance aux normes linguistiques établies devient indiscutable. Donc, indiscutée...
    Qu'avons-nous passé à nos enfants comme valeurs, pour que leur conformisme culturel soit aussi béatement associé à la langue monopolisante du premier dominant mondial, toutes catégories confondues ?
    Que leur avons-nous donné, pour qu'ils participent aussi aveuglément, fièrement et suicidairement, à la mort de notre propre personalité collective ?
    Peut-être simplement ne leur avons-nous pas assez dessiné de moutons ?
    De notre confort récent, 1960 ce n'est pas très loin, bien involontairement, n'aurions-nous pas créé une génération morbide de zombies culturels ?
    J'avoue m'en questionner sérieusement...

    • Vincent Simard - Inscrit 23 décembre 2014 08 h 34

      Bonjour Yves!

      Je suis Vincent, un des 3 co-fondateurs de Shoot to Help. Rassurez-vous, le nom de l'organisme est en anglais car pratiquement tous les organismes œuvrant à l'international communiquent dans cette langue. C'est un constat que nous avons fait très tôt dans l'élaboration du projet et puisque nous travaillons de façon très serrée avec ces organismes, nous avons opté pour un nom qu'ils pourraient également comprendre, tout simplement. Je vous invite toutefois à visiter notre site web aussi entièrement disponible en français.

      Merci de défendre notre magnifique langue! Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour lui garder une place importante dans cette aventure.

      -Vincent

    • Claire Latraverse - Abonnée 23 décembre 2014 09 h 19

      Moi aussi, je me le demande. Malheureusement, il y a comme un je-m'en-foutisme flagrant pour cette grande métropole d'expression francaise en Amérique. Nous devrions plutôt en être fiers, mais non, au contraire, on privilégie l'anglais, cette langue aux accents "de Milton et Byron et Shelley et Keats, speak white, et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse que les chants rauques de nos ancêtres et le chagrin de Nelligan", pour citer Michèle Lalonde.

    • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2014 12 h 04

      Merci Monsieur Simard d'avoir pris le temps de me répondre.
      Oui, il faut défendre notre langue. Mais non pas parce que celle-ci est magnifique, puisque reflets de la créativité vive des Hommes et de leur capacité unique d'adaptation à leur environnement, toutes les langues le sont, magnifiques. Non, il faut le faire par simple respect de nous-mêmes. Sans complexe ni de supériorité, ni d'infériorité et avec le sentiment que la voix du plus faible, du plus petit, du moins nombreux, n'est pas toujours la moins bonne pour s'exprimer. Et c'est bien ce que politiquement, le Canada nous refuse le droit de faire au Québec.
      Oui, dans ce pays qui est l'hiver, le français est si bien notre langue commune historique, que non seulement il mérite de le rester, mais il mérite que nous lui faisons honneur en l'incrustant en nous. Comme en tout ce que nous faisons d'original pour l'humain...
      Libre à vous et à vos deux amis de vous conformer à la loi du plus argenté et du plus fort, je ne remet pas en question votre liberté.
      Je ne remets en question que votre objectif d'innover.
      Le premier fondé (par Bernard Kouchner) de ces organismes internationaux dont vous vous inspirez se nomme Médecins Sans Frontières (MSF). Et je peux vous l'assurer, partout sur Terre et même sans parler un seul traitre mot de français, tout le monde comprend ce que cela veut dire. (suite ci-dessous)

    • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2014 12 h 04

      (suite et fin)
      En innovant en ne cachant pas que nous sommes francophones, même si cela n'est pas l'objectif premier qu'on se fixe, nous défendons l'existence de notre différence culturelle au sein d'un grand tout uniforme. Et la diversité, dans tous les champs, qu'ils soient humains ou autres, je l'écris ici mais ne doute pas que vous le sachiez déjà, est la pérénité du vivant...
      Ne la présentant ni au-dessus des autres cultures, ni en dessous, je crois qu'il faut présenter notre américanité particulière de manière bien entendu à ne pas écraser les autres, mais pas les nôtres non-plus.
      Et pour tous, cela commence par se tenir debout dans l'adversité. Debout, même avec un appareil photos entre les mains.
      Monsieur, la valeur de ce que nous faisons ne repose pas que sur de bonnes idées, cela repose d'abord et avant tout sur la nécessité de ne pas renier ce que nous sommes. Même pour rendre les choses plus compréhensives... Ou faciles ?
      Comme le disait dans ses mots l'un des nôtres, un vieux, plus vieux que moi même, ne vaut-il pas mieux être incompris que de passer sa vie à s'expliquer ? Cela nous évitant de perdre un temps précieux...
      Surtout que je considère les non-francophones bien assez intelligents pour comprendre la signification d'un nom qui accompagnerait vos appareils photos et qui, par exemple, pourrait être "Tirer à vue".
      Merci de m'avoir lu, Monsieur.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 23 décembre 2014 12 h 08

      Ne pas oublier:

      L'anglais est la langue du commerce, des marchés, et... reconnaissons que ce sont des points qui passent de beaucoup avant la culture et la langue d'un peuple aujourd'hui...

      Le français, pour le conserver, il suffit de contunuer à le parler, mais du mieux qu'il nous est possible de le faire. La défendre ? Ce sont des tribunaux qui finiront par décider. La parler, personne ne pourra nous l'interdire...

      Je vois plus l'anglais rattaché au commerce;
      le français plus rattaché à la culture: le commerce me permet d'avoir; la culture: d'être.
      Je préfère de beaucoup être fier de qui je suis que de ce que je possède.

    • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2014 12 h 09

      Oups, après avoir envoyer, je pense que dans mon élan d'écrire, j'ai seulement noté "Tirer à vue" ???
      Bien entendu, il s'agit plutôt ici pour moi de proposer "Tirer à Vie", variante détournée de l'expression française bien connue...
      Mes excuses aux lecteurs et lectrices...

    • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2014 12 h 31

      Merci Monsieur Bérubé de me lire.
      "Le français, pour le conserver, il suffit de continuer à le parler", écrivez-vous.
      Moi, dans la position du minoritaire à un francophone contre cent anglophones en Amérique, j'ai bien peur que ce ne soit pas aussi simple...
      Et cela, justement parce que "'anglais est la langue du commerce, des marchés, etc".
      Notre petit peuple québécois, à force de prendre des coups, a été mis sous respiration linguistique artificielle. C'est la raison pour laquelle sa survie ne repose plus que sur sa volonté ferme à favoriser l'usage du français chez lui d'abord, et ensuite dans toute la Francophonie mondiale.
      En toute honnêteté, croyez-vous sincèrement que nous puissions compter sur la France pour marcher la tête haute en parlant français ?
      Et sur les Acadiens, Métis et autres Canadiens français de ces neuf provinces qui elles, perçoivent l'idée d'y parler français comme une originalité folklorique venant d'un temps dépassé ? Et cela, en dépit de l'investissement de nos frères et soeurs francophones qui sy battent pour que la langue française s'y perpétue ?
      Moi, en tout réalisme je crois, je ne compte plus que sur nous-mêmes. Que sur notre détermination comme peuple à légiférer dans tous les domaines, pour entretenir ce que nous sommes culturellement.
      Et honnêtement, je vous invite à vous joindre à moi, tout comme à celles et ceux qui avant nous et après nous, croient que nous ne sommes pas des demi-civilisés nord-américains, simplement parce que nous ne réussissons pas à avoir honte, ni même à être dans la gène, de parler français chez nous. Ou ailleurs, de même...
      Merci de m'avoir lu, Monsieur.

    • Laurent DuBerger - Inscrit 23 décembre 2014 14 h 14

      C'est la plus grosse dérape que j'aie lue aujourd'hui ça

  • Suzanne Bettez - Abonnée 23 décembre 2014 10 h 47

    Bravo les gars!

    Je vous lis et je la trouve formidable votre idée de mettre l'accent sur CE QUI SE FAIT côté coopération internationale. Avec la coupe des budgets alloués aux organismes... faute de rendement (selon nos gouvernants), il sera intéressant de voir de visu tout ce qui advient. Avec vos talents respectifs, de vous voir créer votre job, c'est inspirant. Je vais vous suivre et partager votre enthousiasme.

    Suzanne Bettez
    Abonnée

  • Gilles Théberge - Abonné 23 décembre 2014 11 h 37

    En tout respect

    Oui, en tout respect pour vous trois Jonathan Frédéric et Vincent, j'aimerais néanmoins rappeler ce qui suit et m'importe.

    L’article 1 de la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle s’énonce comme suit : «La diversité culturelle est la constatation de l'existence de différentes cultures, nécessaire comme la biodiversité est la constatation de l'existence de la diversité biologique dans la nature».

    Fort de cette définition, comment ne pas associer cette diversité à l’affirmation naturelle, normale et saine assurément de sa langue maternelle dans l’espace public.

    Indépendamment de la pertinence intrinsèque de votre initiative originale, comment ne pas questionner qu’automatiquement semble-t-il, vous ayez choisi, spontanément on le présume, de nommer l’organisme novateur que vous créez en lui donnant une dénomination en langue anglaise?!

    Si l’on veut comme le prône l’article 10 de ce qui est maintenant une Charte universelle «promouvoir la diversité linguistique dans l'espace numérique et encourager l'accès universel, à travers les réseaux mondiaux…», une bonne façon de le faire n’est-elle pas justement de présenter une image claire de ce que l’on est?

    Je ne suis pas vraiment surpris. Que l’on communique en anglais dans plusieurs pays dont nous ne connaissons pas la langue nationale ne m’offusque pas en soi. Je le fais à l’occasion. Est-ce que Coco Chanel aurait du changer son nom en Cocow Channel pour que ses parfums soient vendus aux USA? Cela dit, Dans un monde ou tout serait bleu, comment pourrait-on savoir ce qu'est le bleu ?

    Je pense que vous avez manqué une bonne occasion de montrer qui vous êtes, ce que vous êtes, d’où vous venez. Ce qui n’est pas une fermeture aux autres ça, c'est une affirmation, et une expression de soi. Ce qu’en passant les anglos-saxons ne manquent jamais de faire, où qu’ils soient…

    Cela dit, en tout respect... Et je vous souhaites bonne chance.

  • Alexandre Bastien - Inscrit 23 décembre 2014 12 h 42

    Questions bêtes ou Égocentriques?

    Je crois que le but premier de parler et d'écrire est de se faire comprendre. Alors, bravo pour le choix logique que vous avez fait, l’anglais est la langue tout à propos pour l’international. Vous sortez de votre zone de confort pour aider et vous m’impressionner. Vos valeurs sont à la bonne place.

    Plusieurs d’entre nous ont perdu l’objectif premier qu’est le simple fait de parler. Ce n’est pas une recherche identitaire mais un moyen de nous rapprocher et de s’entraider.

    Ne laissez personne vous dire que de préserver sa culture linguistique, peu importe laquelle, est plus importante que d’essayer de rendre le monde plus beau.

    Je crois en vous!

  • Laurent DuBerger - Inscrit 23 décembre 2014 14 h 13

    Félicitations !

    Bravo messieurs ! Continuez de suivre votre instinct et d'écouter votre désir de véhiculer ce qui est positif dans le monde.
    Keep it up comme on dit ! ;-)
    Laurent