Dutrizac blanchi, TVA blâmé par le Conseil de presse

Benoit Dutrizac
Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir Benoit Dutrizac

Peut-on hiérarchiser la valeur des vies humaines dans une émission d’information ? La question se trouvait au coeur d’une plainte déposée auprès du Conseil de presse du Québec (CPQ) contre l’animateur Benoit Dutrizac du 98,5 FM de Montréal.

Dans son émission du 2 mai dernier, l’animateur discutait avec un collaborateur de la mort d’environ 400 personnes dans un tremblement de terre en Afghanistan. Il a alors lancé : « Souhaitons que ce ne soit que des talibans. » Le plaignant trouvait ces propos « offensants et haineux ».

Le tribunal où siègent des représentants des médias et du public reconnaît que ces propos sont fondés sur « un motif discriminatoire » sans y voir un encouragement à la haine. Et de toute manière, comme le Canada a été en guerre en Afghanistan, il serait étonnant, ajoute le jury, que ces paroles changent quoi que ce soit à l’opinion que se font déjà les Québécois à l’endroit des talibans.

La plainte est donc rejetée. Deux membres du Conseil ont cependant exprimé leur dissidence.

Un autre cas traitait de compassion, de sensibilité à la souffrance et de drame humain. Deux parents se sont plaints d’un travail journalistique traitant du suicide de leur fils, Marco Gagnon, survenu en novembre 2013, au lendemain de son arrestation pour possession et distribution de matériel pornographique. Le reportage en litige a été diffusé par la station CIMT-TVA Rivière-du-Loup.

Les plaignants faisaient valoir que le reporter Stéphane Tremblay et son caméraman ont insisté pour obtenir une entrevue avec eux alors qu’ils étaient en état de choc, moins d’une heure après le suicide de leur fils. Le duo médiatique aurait forcé le domicile des Gagnon pour y arracher des confidences à la caméra. La plainte est retenue pour « manque de respect et le journaliste blâmé pour abus de pouvoir ».

Par contre, le CPQ rejette des plaintes visant la couverture du projet de charte de la laïcité par La Presse, des dizaines d’articles et de commentaires au total. Le tribunal d’honneur juge que le média a respecté son obligation d’équilibrer les points de vue dans le débat social. Il note aussi que le projet équivalait effectivement à « une forme d’atteinte à la liberté de religion », comme l’a écrit l’éditorialiste en chef André Pratte.

Le CPQ a rendu publiques une dizaine de décisions d’un coup. Elles sont disponibles sur le site conseildepresse.qc.ca.

6 commentaires
  • Frédéric Miville-Deschênes - Inscrit 16 décembre 2014 08 h 44

    Les médias qui enquêtent sur les médias...

    Doit-on vraiment croire que les "représentants du public" (comment sont-ils choisis?) arrivent à faire le poids devant ceux des médias? P. ex. avec une décision comme celle sur la couverture du projet de charte par La Presse (quel expertise le CPQ a-t-il pour juger d'une "atteinte à la liberté de religion"?)...

  • Yvette Lapierre - Inscrite 16 décembre 2014 09 h 33

    Bien contente!

    Benoit Dutrizac, c'est mon meilleur!

    Alors que d'autres animateurs regardent voler les mouches lui, pose les bonnes questions pour cerner un sujet. Bravo!

  • - Inscrit 16 décembre 2014 10 h 16

    Une véritable plaie sociale !

    Ce journalisme de bas étage, ces vidangeurs de la désinformation des radio-poubelles, et ces nombreux chroniqueurs démagogues qui, sans formation autre que de posséder une grande gueule, sèment dans les esprits influençables, la haine, le dégout de soi-même et la mesquinerie.

    Le Québec de 2014 en est rendu là ! Une société où la restriction mentale tient lieu d'argument et forge l'opinion publique. C'est décourageant de vivre cette vulgarité des propos et cette hargne auto-culpabilisante ... ça fait 20 ans que ça dure et la régression sociale et médiatique ne semble pas donner des signes de recul.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 décembre 2014 08 h 53

      Bravo, il semble que vous ayez résisté à la tendance. La question qui se pose maintenant : Combien sommes-nous ?

      L'autre question : Où est-ce écrit qu'on doit absolument croire à ce qu'ils disent ?

      Si je peux vous lire, c'est que votre droit de parole n'est pas obstrué.

      Les influençables seront toujours influencés. Le raisonnement est donné à tous les gens et le résonnement à tous les tambours.

      Bonne journée.

      PL

    • Georges LeSueur - Inscrit 17 décembre 2014 12 h 44

      Si vos paroles concernent Benoît Dutrizac, vous démontrez parfaitement par vos propos ce que peut être le journalisme de bas étage. Notez que le Conseil de Presse a su donner un avis objectif et mesuré plus rassurant que votre commentaire démagogue et excessif.

  • Luc Marchessault - Inscrit 16 décembre 2014 11 h 42

    Talibans...

    Difficile de donner tort à Dutrizac en lisant les nouvelles ce matin :

    "Les talibans pakistanais ont perpétré mardi l’une de leurs attaques les plus sanglantes en visant une école fréquentée par des enfants de soldats, tuant au moins 130 personnes dont une centaine d’élèves."