Les médias sous Influence

<em>« Les sports, la politique provinciale, les faits divers et les nouvelles locales génèrent conjointement 52 % de toute l’actualité »</em>, résume le rapport.
Photo: Olivier Zuida « Les sports, la politique provinciale, les faits divers et les nouvelles locales génèrent conjointement 52 % de toute l’actualité », résume le rapport.

S’il fallait concentrer toute l’actualité médiatisée du Québec en 2014 à la une d’un quotidien (mettons Le Devoir), la manchette hésiterait entre les résultats de l’élection provinciale, une victoire du Canadien (ou d’Eugenie Bouchard). Le rez-de-chaussée traiterait de la tragédie de Lac-Mégantic ou du procès de Luka Rocco Magnotta. Le ventre relaierait des histoires de proximité, un problème de bouchon sur l’autoroute Décarie ou une autre histoire de fraude dans une municipalité.

Le reste, tout le reste, finirait en brèves. Ou passerait à la trappe.

« L’année 2014 n’a rien d’unique avec ses grands thèmes, résume l’introduction au rapport État de la nouvelle de la firme Influence Communication qui paraît ce mardi matin. Les sports, la politique provinciale, les faits divers et les nouvelles locales génèrent conjointement 52 % de toute l’actualité. Les valeurs faibles demeurent celles qui composent notre tissu social, soit l’éducation, les jeunes, les aînés et les autochtones. »

Il s’agit du dixième bilan annuel publié par la firme montréalaise de courtage en informations. La synthèse québécoise porte sur 1,7 million d’éléments de nouvelles publiés ou diffusés depuis le début de l’année. L’État de la nouvelle reproduit aussi l’exercice avec les médias canadiens et internationaux.

À ce propos, ici, au Québec, l’actualité internationale fournit une surprise notoire. Tandis que Radio-Canada se désengageait de ce créneau (par exemple avec la fin de l’émission de télévision Une heure sur terre), les autres grands joueurs médiatiques (La Presse, Le Journal de Montréal, TVA et Cogeco) bonifiaient leur couverture étrangère, notamment de l’offensive israélienne sur Gaza et de la disparition du vol MH17 de Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine.

Résultat, les informations internationales sont passées du 17e rang en 2013 au 8e cette année dans les médias provinciaux. Le bond correspond à une augmentation de 260 % du poids médias sectoriel par rapport à la moyenne depuis 2001.

Voici d’autres faits saillants, résumés par six « C » tirés de l’État de la nouvelle. Bilan 2014 Québec :

Ca’adien. Le sport (de 7,5 à 15,5 %) et le Canadien de Montréal (de 4,8 à 10,9 %) ont doublé leurs poids médias respectifs entre 2011 et 2014. Toutefois, fait rarissime, la joueuse de tennis Eugenie Bouchard réussit l’exploit d’éclipser le hockey pendant l’été, mais aussi le soccer (malgré la coupe du monde du Brésil) et le football. La jeune Montréalaise est élue personnalité étoile montante du bilan, après Gabriel Nadeau-Dubois en 2013.

Campagne. Le poing levé de Pierre Karl Péladeau et sa profession de foi indépendantiste demeurent un point fort de la campagne électorale provinciale. La controverse arrive en quatrième position (10,5 %) des principaux thèmes couverts par les médias après l’éthique et la corruption (18 %), l’économie (17 %) et la souveraineté (15,6 %). Les sondages arrivent en sixième place. L’environnement, la famille, la santé, la pauvreté et les autochtones n’ont jamais généré si peu d’intérêt dans une campagne électorale depuis dix ans.

Culture. La place accordée à la couverture culturelle a chuté de 30 % depuis une décennie. La cuisine, la technologie et l’automobile prennent le relais. Pire, note le rapport, la couverture prend maintenant un virage vers l’événementiel (festival, spectacles, décès hommages) et le contenu commercial (blockbusters, top 50, etc.). Xavier Dolan domine le palmarès des personnalités culturelles les plus médiatisées.

Commentaire. Le quotidien La Presse consacre 28 % de son contenu au commentaire, ce qui en fait le champion des quotidiens québécois de ce point de vue, devant The Gazette (24 %), Le Devoir 23 % et Le Journal de Montréal(22 %). À Toronto, le commentaire forme 39 % du contenu du Globe Mail. La moyenne des quotidiens y oscille autour de 35 %, par rapport à 24 % à Montréal.

Crânerie. Le terme « exclusif » est utilisé en moyenne 279 fois par jour par les médias québécois, par rapport à 120 dans le reste du pays. Une info sur vingt se réclame de la primeur… souvent partagée.

Couple. Julie Snyder est la personnalité média la plus médiatisée et son mari, Pierre Karl Péladeau, la personnalité d’affaires la plus présente dans les médias. Il arrive aussi au cinquième rang dans la catégorie des personnalités politiques de 2014. Ni l’un ni l’autre ne figuraient dans le palmarès des deux années précédentes. En plus, l’entreprise Québecor, dont M. Péladeau est le principal actionnaire, occupe le plus de poids médias.

2 commentaires
  • Dominique Duhamel - Inscrite 16 décembre 2014 07 h 11

    C comme Canada

    Les critiques littéraires, dans le peu d'espace qu'on alloue aux livres, semblent faire davantage de place aux auteurs Canadiens qu'à ceux du Québec. Pourquoi?

    Par ailleurs, il serait intéressant de calculer combien de fois le mot Canada revient dans nos bulletins de nouvelles par opposition à celui de Québec.

  • Jean Richard - Abonné 16 décembre 2014 09 h 01

    É comme États-Unis

    L'espace alloué à la culture fait une place démesurée à la culture commerciale américaine et à l'inverse, une place à l'échelle microscopique à ce qui existe ailleurs.

    Si la culture commerciale américaine se vend si bien, c'est probablement parce qu'elle jouit d'une publicité énorme et gratuite, la démarcation entre l'information et la publicité n'étant pas toujours évidente dans les médias.

    La crainte morbide du multiculturalisme pourrait faire en sorte qu'on se laisse assimiler dans une monoculture forte et envahissante – avec l'aide des médias.