Québecor en situation de quasi-monopole

Au Québec, LMPI ne veut se consacrer qu’à la distribution de magazines internationaux.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Au Québec, LMPI ne veut se consacrer qu’à la distribution de magazines internationaux.

Quelques mois à peine après avoir repris de Messageries de presse Benjamin de nombreux contrats de distribution de revues québécoises, le distributeur LMPI fait volte-face et cède ceux-ci à Messageries Dynamiques. La filiale de Québecor devient donc le seul distributeur spécialisé en magazines québécois au pays. Un quasi-monopole qui inquiète le milieu des périodiques.

Au cours des derniers jours, LMPI a envoyé aux détaillants une note de service, obtenue par Le Devoir, dans laquelle le distributeur annonce que la compagnie se « retirera de la distribution de la presse québécoise pour se recentrer sur ses activités traditionnelles de presse internationale et spécialisée. LMPI cédera toutes ses distributions de presse québécoise à Messageries Dynamiques », en date de la semaine dernière.

Seuls les magazines Ricardo et la Semaine spécial téléroman restent chez LMPI, selon la note.

LMPI entend revenir à sa taille ancienne et se concentrer sur la presse internationale, qui comprend Le Monde, Paris Match, Wallpaper, Elle, Science Vie, parmi de nombreux autres titres, explique en entrevue le grand patron de l’entreprise, François Leslé. Des suppressions d’emplois ont aussi été annoncées au cours des dernières semaines.

Si la multinationale — l’actionnaire principal de LMPI est le puissant Groupe Lagardère, par l’entremise de sa filiale Lagardère Services — avait « reçu l’heure juste » par rapport aux activités de Benjamin, elle « n’aurait jamais repris celles-ci », a confié M. Leslé.

« On ne serait jamais rentrés dans ce marché-là si on avait eu les informations [véritables], a dit M. Leslé. Les informations dont on dispose font en sorte qu’on ne pouvait continuer de façon sereine et profitable sur ce marché. »

« On a intenté des poursuites contre Paul Benjamin, qui nous aurait fait de fausses [déclarations]. Le cas est toujours devant les tribunaux. On a intenté tous les recours possibles contre lui, mais il est difficile pour moi de les commenter », a-t-il ajouté.

L’entente liant LMPI à ces magazines remonte à avril. Le distributeur spécialisé avait alors fait incursion dans la distribution de magazines québécois grand public en absorbant les contrats de distribution de la plupart des publications autrefois placées en kiosques par Messageries de presse Benjamin, qui venait de déclarer faillite.

Rappelons que l’entreprise, fondée en 1917, spécialisée d’abord en distribution de magazines à grand tirage et plus récemment en distribution de livres, a fermé ses portes en laissant plusieurs dettes en souffrance. On savait que de nombreux magazines québécois — Vélo Québec, Québec Science, Nouveau Projet, Protégez-vous, entre autres — se retrouvaient parmi les créanciers, et conséquemment étaient très fragilisés financièrement. Plusieurs librairies souffrent également de la fermeture. LMPI s’était engagé à remettre aux magazines 50 % de ce que Benjamin leur devait en échange de l’assurance qu’ils restent clients pour quelques années.

Les éditeurs de magazines contactés par Le Devoir n’avaient pas tous été informés des changements de distributeur survenus la semaine dernière et de la transaction LMPI-Québecor.

Un quasi-monopole qui inquiète

Chose certaine, le retrait d’un autre gros joueur du marché de la distribution de publications papier inquiète le milieu, même si Messageries Dynamiques jouit d’une excellente réputation.

« Cette annonce fait en sorte que [Messageries Dynamiques] se retrouve presque avec le monopole, observe Nadia Roy, de la Société de développement des périodiques culturels québécois. Quelques revues sont bel et bien distribuées ailleurs — XYZ, Moebius, Liberté, Estuaire, Les Écrits —, notamment des revues de création littéraires, mais ce sont des cas très particuliers. Si LMPI ne s’occupe plus [de la distribution de magazines québécois], que Benjamin n’est plus là… il n’y en a plus d’autres. »

Cette annonce signifie que les éditeurs québécois disposent de moins en moins d’options pour distribuer leurs publications, note de son côté Félix Maltais, de l’Association québécoise des éditeurs de magazines, et éditeur des magazines Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium, déjà distribués par Messageries Dynamiques. « Il semble que Benjamin, c’était une trop grosse proie pour LMPI, avance-t-il avec prudence. On a certaines questions [par rapport au transfert de contrats chez Dynamiques], mais pour l’instant on est très satisfaits des services offerts. »

Présent sur le marché québécois depuis des décennies, LMPI distribue des magazines sur l’ensemble du territoire dans quelque 6000 points de vente, dont les grandes chaînes Walmart et Costco, mais aussi des pharmacies, des dépanneurs et des librairies indépendantes.

Messageries Dynamiques compte pour sa part 12 900 points de vente au Québec et livre six quotidiens à domicile, dont Le Devoir.

La direction de Québecor n’a pas rappelé le quotidien de la rue De Bleury concernant cette transaction.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2014 00 h 08

    S'il fallait...

    S'il fallait que PKP s'en mêle et intervienne péremptoirement avez-vous pensé que Chasse et pèche pourrait voir ses éditions publiées en retard voire être censurées?

  • Réal Nadeau - Inscrit 15 décembre 2014 10 h 15

    Aller de l'avant !

    Québecor est une entreprise dynamique et Québécoise ! Bravo !

  • David Cormier - Abonné 15 décembre 2014 12 h 41

    "Québecor en situation de quasi-monopole"

    Je trouve le titre légèrement alarmiste. Les magazines et publications concernés n'appartiennent pas à Québecor, cette dernière ne fait qu'en assurer la distribution. Le Devoir est lui-même distribué par les Messageries Dynamiques de Québecor et c'est très bien ainsi : qui ferait la distribution de votre excellent journal si cette entreprise n'existait pas?