Des milliers de voix pour un diffuseur public fort

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche à Montréal.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Des milliers de personnes ont manifesté dimanche à Montréal.

Plusieurs milliers de personnes ont participé à une manifestation organisée par un citoyen pour appuyer la survie de Radio-Canada, dans les rues du centre-ville de Montréal, dimanche.

Nicolas Bédard, l’instigateur de l’événement, estime que la population tient plus que jamais à son diffuseur public.

Les compressions successives touchant Radio-Canada, les mises à pied, de même que la fermeture de studios et, plus récemment, du plus grand costumier en Amérique du Nord, inquiètent les défenseurs de la société d’État.

Lisa Djevahirdjian, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique et l’une des responsables de la campagne « J’aime Radio-Canada », rappelle que ce mouvement a pris de l’ampleur ces derniers temps. Elle réclame un financement « accru, stable et pluriannuel » pour la société d’État, afin d’obtenir, entre autres choses, une plus grande indépendance par rapport au gouvernement.

« Avec un conseil d’administration uniquement formé d’amis du Parti conservateur — sans oublier Hubert Lacroix —, obtenir cette indépendance est de plus en plus difficile », mentionne-t-elle.

De son côté, le comédien Vincent Bilodeau déplore un « travail de sape à long terme entrepris il y a déjà une trentaine d’années, et qui est insidieux ». « On ne peut pas couper des postes et des subventions sans que cela ait un effet. C’est sûr qu’à court terme, l’effet, on ne le sent pas beaucoup. Mais si je regarde ce que c’était il y a 30 ans, c’est presque mort, là », poursuit-il.

 

Autres villes

Outre Montréal, des rassemblements se sont déroulés dans d’autres villes du Québec, comme Sherbrooke, Matane et Trois-Rivières, où se trouvent des établissements de Radio-Canada, ainsi qu’à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

À Moncton, le député néodémocrate Yvon Godin a soutenu qu’environ 150 personnes avaient manifesté pour la survie du diffuseur public. « Radio-Canada est un diffuseur public important pour tout le pays, d’un océan à l’autre, et c’est vraiment important, aussi, pour la francophonie, y compris les minorités hors Québec. La SRC a un mandat de nous rassembler, rassembler nos communautés, pour nos artistes, les gens pouvant nous amener la joie de vivre, et la joie de garder notre langue. »

Le député du Nouveau Parti démocratique soutient par ailleurs que les effets des compressions se font déjà sentir en région. « Couper une personne à RDI, c’est couper la moitié des effectifs, parce que RDI avait deux personnes à Moncton. »

M. Godin précise que la faute n’en incombe pas seulement à Stephen Harper. Sous le gouvernement Chrétien, dit-il, une somme de 250 millions a été retranchée du budget de la SRC en 1998. Ces compressions forcent la société d’État à se concentrer dans les plus importants centres de population pour y privilégier les cotes d’écoute, délaissant du même coup les régions.


Lacroix se dit motivé

Par voie de communiqué, le président-directeur général de CBC/Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, dont la gestion a été dénoncée par plusieurs observateurs au cours des dernières semaines, a affirmé que ces manifestations de gens clamant leur attachement à Radio-Canada témoignent de l’intensité de la relation qui les unit au diffuseur public. Il ajoute que cet attachement rassure la direction.

Alors que plusieurs réclament sa démission, M. Lacroix semble pouvoir compter sur au moins un appui au Québec : le premier ministre Philippe Couillard, qui a affirmé « comprendre » les coupes.

« S’il y a bien quelqu’un qui comprend les efforts de redressement budgétaire, c’est moi », a poursuivi le premier ministre, avant de partager sa préoccupation pour l’information régionale et la programmation offerte aux francophones des autres provinces.

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