Quand le virtuel ébranle le réel

Le virtuel ébranle le réel, y compris l’autorité parentale, comme le démontre la série La théorie du K.O.
Photo: Ici Radio-Canada Télé Le virtuel ébranle le réel, y compris l’autorité parentale, comme le démontre la série La théorie du K.O.

Le virtuel ébranle tout le réel. Dans une scène récente de la drolatique série La théorie du K.O. (Ici Radio-Canada Télé), le grand-père Carlo demande à son fils Carol s’il a parlé à son propre fils Jonathan des « choses sexuelles ». Le père, un jeune veuf, répond que « non, parce que maintenant c’est Internet qui s’occupe de ça ».

Le virtuel ébranle tout le réel, y compris l’autorité, « même celle d’un père de famille », note Marcello Vitali Rosati, professeur de littérature et culture numérique à l’Université de Montréal. Il explique qu’au fond, la révolution en cours a les mêmes effets sur la diffusion massive du patrimoine documentaire. Là aussi les rapports de hiérarchie culturelle se modifient profondément.

« Les frontières entre la culture savante et la culture populaire se brouillent, dit-il. Prenez YouTube. Dire que vous y avez trouvé quelque chose ne veut rien dire. Le site contient tout et son contraire. »

Sa collection « Parcours numérique » des Presses de l’Université de Montréal a diffusé là des entrevues avec des auteurs. Ils y côtoient des vidéos de chats. « Comment faire la différence ? demande l’éditeur numérique. Est-ce encore pertinent de penser une différence de valeur ? Comment est légitimé ce contenu ? Je ne dis pas qu’il n’y a pas de différence entre les différents contenus. Je dis par contre que les frontières de différenciation sont parfois impossibles à saisir. »

Un autre exemple ? Sans flagornerie, il propose celui du blogue L’Oreille tendue de Benoît Melançon, directeur de son département. « C’est une forme actuelle, non académique, mais avec du contenu de très haut niveau intellectuel. Où place-t-on cet objet ? Est-ce de la haute culture ? Est-ce de la culture populaire ? Il y a un brouillage caractéristique du discours numérique. »

Il existe tout de même des sites de haute culture, revendiqués comme tels par des institutions traditionnelles garantes de cette position. Galica ou Canadiana en sont. La première rassemble les collections numériques de la Bibliothèque nationale de France. La seconde se veut « notre mémoire en ligne ».

 

Frontières brouillées

Les universités donnent également beaucoup. Le site Érudit, fondé par un consortium d’universités québécoises en 1998, diffuse les textes savants gratuitement. D’autres diffuseurs de la mémoire créent leur propre autorité : Internet Archive, Open Culture ou Google Art.

« Il y a vingt ans encore, ces contenus étaient réservés,dit le professeur Vitali Rosati. Maintenant, au hasard des recherches sur Internet, on peut y avoir accès et s’y intéresser. D’un côté, on a donc la haute culture qui se rapproche de la culture populaire et de l’autre, le mouvement inverse. »

Encore faut-il que les oeuvres et les documents soient libres de droit. Le Canada libère les contenus dans le domaine public cinquante ans après la mort du créateur. D’où la constitution au Québec du site Les Classiques des sciences sociales, qui serait beaucoup plus difficile à créer ailleurs dans le monde. D’autres pays étendent la protection privée à 60, 70 ans, voire plus. Par contre, les leçons de choses pour Jonathan et les autres y sont gratuites…

Diffuseurs de mémoire

La Fabrique culturelle. La nouvelle plateforme numérique liée à Télé-Québec relaie les productions culturelles du Québec dans toutes les disciplines. Plus de 25 partenaires réputés (BAnQ, ANEL, Cinémathèque, etc.) y partagent des vidéos sélectionnées par une équipe éditoriale.

Open Culture. Le site se présente comme « le meilleur média culturel et pédagogique sur le Web ». On y retrouve plus de mille leçons universitaires en anglais, 300 cours de langues, 700 films, 600 livres, 550 livres audio, mais aussi des liens vers d’autres sites de partage de la « haute » culture et des articles sur différents sujets artistiques.

Internet Archive. Ce site indexe le Web. La section des films et vidéos propose près de 1,8 million de documents. En tapant « Renoir » par exemple, on obtient des dizaines de suggestions concernant le peintre ou le cinéaste.

Google Art Project. Le service mis en ligne en 2011 permet de visiter virtuellement des musées du monde, comme la technologie Street View permet de se promener dans les différentes villes du monde.


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