La survie de Projet J est menacée

Au tour du média sur les médias de subir la crise des médias. Projet J, un observatoire indépendant du journalisme québécois, manque cruellement de fonds, et sa campagne de refinancement fait chou blanc, ou tout comme.

Résultat : comme tant d’autres entreprises médiatiques, la plateforme de nouvelles et d’analyses a comprimé ses dépenses. Dans son cas, la mesure se traduit par la réduction draconienne du temps de travail de sa seule employée, la rédactrice en chef. Depuis le début du mois, Hélène Roulot-Ganzmann ne travaille plus qu’une dizaine d’heures par semaine pour le site projetj.ca.

« Ça ne va pas très bien », admet la professeure de communications Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, membre du comité éditorial de Projet J. « Nous sommes en campagne de financement depuis plus d’un an. On a relancé des donateurs potentiels. On ciblait les entreprises des médias et on n’a pas eu une réponse très, très forte au Québec. On a eu davantage de donateurs au Canada anglais, où le bassin est plus grand. Nous sommes capables de finir l’année, mais nous avons donc été obligés de réduire les activités de la rédactrice en chef. »

À l’origine, le Projet journalisme est une initiative d’un regroupement d’institutions, surtout des universités canadiennes. L’observatoire propose « un espace de réflexion critique et des outils de perfectionnement » pour favoriser « l’excellence journalistique », selon les documents officiels. Les informations se diffusent sur deux plateformes, projetj.ca en français et j-source.ca en anglais, chacune proposant son contenu original. Le site anglophone a été revu et amélioré. La refonte du site francophone dépend de sa survie éventuelle.

« On n’a plus d’argent,poursuit la professeure Brin. On a des engagements pour l’année prochaine, mais pas beaucoup. On essaie toujours d’en obtenir des entreprises de presse, des syndicats et éventuellement d’autres sources, mais on pense que pour être crédibles auprès de ces autres sources, il faut être crédibles après du milieu. Cet appui, jusqu’à présent, n’a pas été très fort. »

 

Contexte difficile

Du côté francophone, Radio-Canada est le seul média québécois à avoir fourni de l’aide.Pour Projet J, les sommes annuelles en jeu équivalent en gros au salaire de la rédactrice en chef additionné à quelques dépenses de fonctionnement, soit environ 50 000 $.

La Fondation pour le journalisme canadien, organisme sans but lucratif créé en 1990, a décidé en 2013 de ne plus éponger les déficits de l’observatoire tout en continuant de le soutenir. L’ambitieuse campagne de financement lancée alors cherchait à recueillir à peu près 500 000 $ sur quatre années.

« Le contexte est difficile pour les médias, dit la directrice du Centre d’études. En gros, la réponse, c’est que la conjoncture n’est pas favorable. Un média nous a carrément dit : “Vous faites le même travail que nous, alors on ne va pas vous financer.” Mais Projet J est une source indépendante de l’industrie. »

Elle souligne aussi que Le Trente, magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, a passablement réduit sa production, de dix à trois numéros par année, avec une parution spéciale autour du congrès annuel. La publicité ne permet plus de soutenir une publication quasi mensuelle.