Les comptes ne sont pas bons

Dans une étude des recensions littéraires publiées au pays l’an dernier, les médias québécois plombent les données canadiennes.

En gros, les femmes fournissent 51 % des recensions aux publications anglophones, mais 31 % seulement aux francophones. Les publications en français réduisent la moyenne nationale canadienne à 46 % de critiques signées par des femmes.

De même, au pays, les auteurs signent 57 % des livres traités et les auteures, 37 %. Au Devoir, à peine un quart (25 %) des ouvrages traités est écrit par des femmes. Le magazine Nuit Blanche fait encore pire, avec un seul ouvrage sur cinq (21 %) signé par une femme.

Deux autres publications québécoises (Lettres québécoises et Liberté) sont incluses pour la première fois dans le portrait des recensions effectué par le groupe Canadian Women in the Literary Arts (CWILA).

On y découvre que Le Devoir a publié 810 critiques et commentaires de livres en 2013, le second total le plus important des 31 publications examinées. The Globe and Mail arrive en première place avec 849 textes. Au total, l’étude du CWILA porte sur 5613 recensions parues en 2013, dont 1259 en français.

Par contre, moins d’une recension sur trois (31 %) du Devoir est signée par une femme. Liberté fait un peu mieux (33 %), Nuit Blanche (28 %) et Lettres québécoises (29 %), un peu pire. The Globe and Mail frise les 40 %, le Toronto Star dépasse les 67 % et le magazine Walrus établit la stricte parité.

Cela établi, la directrice de CWILA ne jette pas la pierre au journal et aux revues du Québec. Pour Sheila Giffen, les mutations qui devraient suivre ce constat importent plus : par le passé, des publications canadiennes ont modifié leurs pratiques après avoir pris conscience des inégalités dans leur traitement des livres de ou par des femmes.

Rapports à modifier

The National Post n’accordait que le tiers de l’espace aux livres d’auteures et le quart aux recensions par des femmes lors de la première étude en 2011. Le journal présente maintenant des comptes équilibrés en 2012 et en 2013.

« On peut espérer que ces rapports vont se modifier au Québec dans les prochaines années au fur et à mesure des discussions », dit Mme Giffen.

Les femmes sont aussi moins présentes au sommet de la mécanique à recenser. La liste des 20 critiques les plus prolifiques (avec 50 textes et plus dans l’année) ne comprend que 38 % de femmes. « Cette statistique est particulièrement inquiétante, parce que, comme l’ont révélé les comptes de 2012 et comme le confirment ceux de 2013, […] les livres de femmes ne comptent que pour 25 % des recensions signées par des hommes », note le rapport.

Par contre, les femmes dominent la liste des livres les plus recensés. Les auteures totalisent 57 % des signatures d’ouvrages critiqués huit fois ou plus et la moitié des livres recensés dix fois ou davantage. Cette liste de happy few comprend Life After Life de Kate Atkinson et MaddAddam de Margaret Atwood.

Réflexions

Par courriel, la directrice Sheila Giffen a aussi fait parvenir au Devoir les commentaires suivants à propos de l’étude du CWILA:

« Une conclusion particulièrement étonnante concerne les statistiques des essais. Les données montrent que les essais écrits par des femmes ont beaucoup moins de chance d’être recensés au Canada. Étonnamment, certaines publications arrivent à la parité dans ce domaine tandis que d’autres creusent l’écart.»

« Le nombre de livres publiés par des hommes et des femmes […] est important et nous devrions trouver une solution pour trouver cette donnée qui ne semble toutefois pas nécessaire pour établir de manière convaincante l’état de l’égalité des sexes dans les recensions canadiennes. Nos chiffres disent quels auteurs reçoivent de l’attention ou n’en reçoivent pas dans cet espace éditorial. »

« Les recensions littéraires nous en apprennent sur les voix entendues, les histoires racontées, les écrits prisés. Les données nous disent que les écrits des femmes reçoivent constamment moins d’espace que ceux des hommes. Cela nous dit quoi sur l’évaluation de ces écrits ? Le décompte est important parce qu’il propose une manière de quantifier la discrimination sexuelle qui existe simplement par la mise à l’écart du discours public de certaines voies, de certaines histoires. »