#Ferguson comme champ de bataille

Les réseaux sociaux ont été les premiers à être le relais du chaos régnant dans la ville de Ferguson.
Photo: Michael B. Thomas Agence France-Presse Les réseaux sociaux ont été les premiers à être le relais du chaos régnant dans la ville de Ferguson.

Arrestation de journalistes, opération de propagande et de désinformation, innombrables commentaires en ligne : les dérèglements médiatiques le disputent aux troubles dans la ville de Ferguson en crise.

 

La couverture médiatique des émeutes devient elle-même un champ de bataille. Le New York Times a résumé le problème avec cette synthèse éclairante : « Ferguson est devenue #Ferguson ».

 

La ville du Missouri est aux prises avec de profonds troubles sociaux depuis le 9 août, soit depuis la mort du jeune Noir Michael Brown sous les balles d’un policier. La garde nationale, dépêchée à la demande du gouverneur de l’État du Sud, n’a toujours pas réussi à contenir les manifestations et les pillages.

 

Nouveaux médias. Les premières informations sur le chaos dans la petite ville de quelque 20 000 habitants ont été relayées par les réseaux sociaux, surtout Twitter et Instagram. Des observateurs ont noté que cette couverture a compensé et compense encore pour le peu d’intérêt manifesté d’abord par les grands médias traditionnels. Alors que les réseaux étaient inondés d’images et de récits des émeutes en cours depuis des jours, le bulletin de CNN de 20 h du 13 août ouvrait sur la mort de la star Lauren Bacall et les affrontements en Irak. « Aussi puissante qu’ait été notre presse pendant des années dans notre démocratie, les médias sociaux exercent une pression sur les autorités publiques comme jamais auparavant », a noté David Carr, chroniqueur média du New York Times, en rappelant ces priorités éditoriales. Les activistes du hashtag se sont d’ailleurs beaucoup servis du site de microblogage pour diffuser de l’information et organiser les manifestations.

 

Anciens médias. Comme pour ajouter aux contradictions, l’intérêt pour Ferguson par les vieux médias a surtout gonflé après l’arrestation de reporters par la police dans cette même nuit du 13. Le site Politico.com a déploré cette drôle de perspective, d’ailleurs reproduite ici aussi dans certaines synthèses, alors que la violence contre les reporters ne fait que reproduire la force quasi militaire déployée contre les manifestants. Des commentateurs plus conservateurs ont carrément accusé les reporters arrêtés de ne pas avoir obéi aux ordres d’évacuation de la police et de s’être ensuite eux-mêmes transformés en nouvelles, ce qu’une commentatrice a qualifié d’anti-journalisme. Mais bon, au total, la couverture nationale puis internationale a au moins eu pour effet de stimuler les réactions des autorités, jusqu’au président américain en vacances.

 

Désinformation. La crise fait l’objet d’une lutte idéologique intense. L’information devient une arme dans ce conflit. La police semble couler des éléments de preuve jugés parcellaires ou biaisés. Les autorités ont par exemple attendu au 15 août avant d’organiser une conférence de presse pour révéler l’identité du policier qui a tué l’adolescent noir et les raisons supposées de son interpellation, le jeune Brown ayant été soupçonné d’un vol dans un commerce. Cette version officielle diffère de celle des témoins cités dans les reportages. Même le rapport d’autopsie fait l’objet de lectures contradictoires. Le site du Poynter Institute, consacré à l’observation critique du journalisme, a publié les recommandations d’un spécialiste de la couverture des affaires criminelles qui rappelle à ses confrères comment lire ce rapport et ceux qui suivront pour ne pas se laisser berner.


Couverture. Les observateurs médiatiques s’intéressent également à la manière dont les étrangers couvrent les événements de Ferguson. Des chroniqueurs du Washington Post ont été intrigués par le fait que le Telegraph de Londres a envoyé son ancien correspondant de guerre en Afghanistan pour couvrir les émeutes. Le reporter Rob Crilly a d’ailleurs été arrêté par la police avec des confrères ce week-end. Les confrères américains notent aussi à quel point les médias étrangers font de Ferguson l’effet de la discrimination raciale persistante dans le pays-continent. Die Zeit, prestigieux quotidien allemand, a carrément écrit que « le rêve d’une société post-raciste qui a affleuré à l’élection du président Obama semble plus inatteignable que jamais ».

3 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 20 août 2014 10 h 34

    les casseurs

    Les casseurs qui agissent la nuit ne doivent pas avoir à se lever pour aller travailler le lendemain matin...il saisissent l'occasion pour vandaliser et voler comme certains à Montréal lors de finale Stanley..

    On doit exiger un procès publique pour le policier, et pour cela pas besoin de détruire la ville..

  • Daniel Lemieux - Inscrit 20 août 2014 15 h 21

    Le point de vue des étrangers

    Dans cette crise, il n'est pas étonnant de voir les Américains ne pas comprendre que les Européens - et peut-être une bonne part des Québécois - mettent en relief les relents de l'esclavagisme et de la discrimination raciale.

    Ignorants de leur propre réalité, les Américains ne voient que la paille dans l'oeil de leur voisin, mais pas la poutre dans le leur.

    Leur chauvinisme et leur sens du déni les empêchent de voir toutes les dimensions de la situation.

    Une fois de plus, les Américains ne tireront aucune leçon de ces événements, aveuglés par leur sens du « patriotisme ».

    • Roger Gauthier - Inscrit 20 août 2014 16 h 33

      Les Européens et les Québécois n'ont aucune leçon de racisme à donner aux Américains.

      Dans tous les pays Européens, au Québec et au Canada, les noirs sont plus touchés par la pauvreté, le désordre et la violence policière. On observe le même phénomène au Brésil et au Maroc.

      L'Europe connait, depuis une dizaine d'années, le même genre d'émeutes que connait l'Amérique: À Londres en 2012 après la mort de Mark Duggan, à Oslo en 2013, Paris en 2005.

      Notons finalement que dans les pays où ils sont majoritaires, la situation de ces gens est encore pire.

      On ne peut pas expliquer un phénomène mondial à partir de conditions spécifiques à l'histoire Americaine.