Wikipédia compte ses fans et s’interroge sur son modèle

Le cofondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, lors du Wikimania de 2012. Wikipédia reste dirigée par une petite association à but non lucratif qui emploie 200 personnes.
Photo: ?Mandel Ngan Agence France-Presse Le cofondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, lors du Wikimania de 2012. Wikipédia reste dirigée par une petite association à but non lucratif qui emploie 200 personnes.

Il régnait une ambiance de start-up dans le centre de spectacles du Barbican, à Londres, alors que se déroulait dans les derniers jours la grande réunion annuelle de Wikipédia: «Wikimania».

 

On y croisait des jeunes gens en short, certains assis par terre en tailleur, prenant des notes sur leur ordinateur portable, tandis que des bénévoles aux tee-shirts rouge vif orientaient les participants du mieux qu’ils le peuvaient.

 

Contrairement à d’autres interfaces à succès de la Toile, l’encyclopédie collaborative a de bonnes raisons d’avoir conservé l’ambiance bon enfant de ses débuts. Wikipédia a beau être le cinquième site mondial en matière de fréquentation, il reste dirigé par une petite association à but non lucratif — la Wikimedia Foundation —, qui emploie à peine 200 personnes.

 

C’est très peu, pour une plate-forme qui compile 9 milliards de pages vues par mois et 4,5 millions d’articles dans sa version anglaise (respectivement 850 millions et 1,5 million pour le site français). Le financement dépend presque exclusivement de dons — en 2013, 52 millions de dollars.

 

Le contenu de l’encyclopédie en ligne est réalisé par des milliers de contributeurs bénévoles. L’idée, qui pouvait paraître hasardeuse à son lancement en 2001, a fait ses preuves. La qualité des articles est plutôt bonne : en 2012, une étude de l’université britannique d’Oxford a conclu qu’il y a moins d’erreurs dans Wikipédia que dans l’Encyclopaedia Britannica, et que les sources y sont plus clairement citées.

 

Baisse du nombre de contributeurs

 

Ce succès est dû à des contributeurs comme le Québécois Benoît Rochon. Il a commencé en 2003 parce qu’il estimait qu’il n’y avait pas assez d’articles en français sur le Québec. La fiabilité de Wikipédia ? Il la met sur le compte de la publication systématique des sources, et sur les débats parfois virulents entre contributeurs.

 

Ce fut le cas, le 11 mars 2011, lors du séisme japonais à l’origine de l’accident nucléaire de Fukushima. Quelques minutes après l’annonce du tsunami — à 3 heures du matin, heure de Montréal —, M. Rochon était devant son ordinateur. Il a aussitôt commencé à apporter des informations parcellaires sur le tremblement de terre.

 

Il se souvient que « d’autres internautes essayaient de mettre la magnitude du séisme dans l’article. J’ai passé une partie de la nuit à surveiller ces modifications, en demandant que la source soit précisée. » À 7 heures du matin, quand le New York Times a publié cette donnée, il a alors accepté de la mettre sur Wikipédia.

 

Mais les contributeurs comme M. Rochon se font rares. Depuis 2007, leur nombre a presque été divisé par deux. Au dernier pointage, il en reste 33 000 « actifs » (plus de cinq contributions par mois) pour l’ensemble du monde anglophone, une communauté pas si grande que cela. Côté français, on observe le même tarissement depuis un an.

 

L’ONG qui entend apporter la connaissance gratuitement au monde entier est-elle en train de perdre son carburant ? Dans un entretien au Monde, Jimmy Wales, cofondateur de l’encyclopédie, relativise. « Wikipédia est très exhaustif maintenant, et il n’y a plus d’articles faciles à écrire. Vous ne pouvez plus être le premier à écrire : “l’Afrique est un continent.” »

 

Loin d’être complaisant, M. Wales reconnaît cependant son appréhension. « Je m’inquiète, certes, mais pas du nombre décroissant de contributeurs. Je me demande si les gens s’amusent encore au sein de cette communauté, si c’est encore intéressant… »

 

Le déclin est d’ailleurs tout relatif. Les contributions continuent à grandir dans d’autres langues, et la fréquentation du site est plus importante que jamais. Quant aux dons, ils augmentent chaque année. Enfin, cette année, la conférence rassemble près de 2000 délégués, un record.

 

Surtout, Wikipédia n’est aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg. La Wikimedia Foundation mène en effet de très nombreux autres projets, qui ont tous la possibilité d’être aussi révolutionnaires que l’encyclopédie. Il y a Wiktionary, le dictionnaire en ligne, WikiVoyage, un guide touristique gratuit et ouvert à tous couvrant le monde entier, ou encore WikiBooks, une bibliothèque de textes pédagogiques…

 

L’un des projets les plus prometteurs est WikiMedia Commons. C’est une gigantesque base de données de photos, de vidéos et de sons libres de droits. Avec 22 millions de fichiers, on y trouve des clichés de toutes sortes, utilisables gratuitement. Pour l’alimenter, l’association finance des projets parfois étonnants. En France, elle a ainsi aidé un groupe de volontaires à prendre des photos de l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris… depuis des drones.

 

Certains concepts échouent. Sur WikiNews, qui devait réunir des articles gratuits de type journalistique, les contributions sont rares. Mais c’est la nature même d’une association comme la Wikimedia Foundation : elle dépend de l’engouement suscité et de la bonne volonté de groupes de passionnés.

 

Pour se convaincre que ceux-là sont encore nombreux, il suffit de parler à Ed Saperia, qui a organisé la conférence cette année. Depuis un an, il a mis sur pied bénévolement cet énorme défi logistique.

 

Sa motivation ? Il la donne avec des étoiles dans les yeux : « C’est incroyable que les gens prennent Wikipédia comme une évidence. C’est un projet fantastique, l’équivalent de l’invention de l’électricité : plus personne ne peut s’en passer. C’est l’énergie à la base de tout. »

2 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 12 août 2014 07 h 17

    Bravo Wikipédia!


    En effet, c'est comme l'électricité. On ne peut plus vraiment se passer de vous.

  • Philippe Fortin - Inscrit 12 août 2014 17 h 07

    Hum...pas exactement

    En fait l'étude démontre qu'il y a pas mal plus d'erreurs dans Wikipedia que dans britannica...