Moncton: RDI a « failli à sa mission »

ICI RDI a « failli à sa mission » dans sa couverture de la tuerie de Moncton, conclut l’ombudsman de Radio-Canada dans une décision rendue mardi.

Le 4 juin, en soirée, alors que la plupart des chaînes d’information diffusaient des émissions spéciales sur la présence d’un suspect lourdement armé en cavale à Moncton, RDI consacrait l’essentiel de son temps d’antenne à la couverture du budget québécois et de la commission Charbonneau. Une décision éditoriale ayant choqué de nombreux téléspectateurs, de l’Acadie et d’ailleurs, forcés de se tourner vers la CBC pour être tenus au courant des derniers événements. Plus de 70 d’entre eux se sont plaints à l’ombudsman Pierre Tourangeau.

Le tireur Justin Bourque aurait tiré sur cinq agents de la GRC ce soir-là, dont trois sont décédés. Ce n’est que 30 heures plus tard que Justin Bourque, 24 ans, a été arrêté. « À l’évidence, ICI RDI n’a pas correctement servi l’intérêt public le soir du 4 juin : sa couverture était nettement insuffisante compte tenu des besoins des citoyens de Moncton qui, inquiets, potentiellement en danger et enfermés chez eux, ont dû se trouver d’autres moyens de s’informer », note l’ombudsman dans sa décision.

Que se serait-il passé si l’événement s’était déroulé à Montréal ? « La réponse s’impose d’elle-même : ils auraient immédiatement lancé les procédures d’urgence et pris les moyens d’assurer une couverture continue », écrit-il. Budget québécois ou pas.

RDI a également manqué à sa mission de « refléter la diversité », puisque les informations livrées dans la soirée et la nuit qui a suivi étaient loin d’être « pertinentes aux yeux des citoyens » de Moncton.

La couverture d’ICI RDI a manqué d’équité, « les citoyens du Nouveau-Brunswick, de Moncton en particulier, n’ayant pas été traités avec “ ouverture et respect  », ajoute-t-il.

Pierre Tourangeau n’identifie pas un seul coupable pour ce cafouillage. « Chacun s’est fié à l’autre pour prendre une décision que personne, en fin de compte, n’a prise, tandis que certains s’en lavaient plutôt les mains. »


Rectifier le tout

 

L’ombudsman note néanmoins qu’ICI RDI a corrigé la situation dès le lendemain, en diffusant des informations tout au long de la journée, alors que la chasse à l’homme se poursuivait, et en dépêchant Céline Galipeau et l’équipe du Téléjournal à Moncton.

Paule Genest, première directrice d’ICI RDI, a répondu à tous les plaignants. Elle admet qu’ICI RDI aurait dû « à un certain moment décréter une émission spéciale ce soir-là ». Elle souligne toutefois que la reporter Michèle Brideau était en ouverture du Téléjournal 21 h pour confirmer que deux agents de la GRC avaient été blessés, avant d’effectuer une seconde intervention à RDI à 21 h 37, pour rappeler les consignes de la GRC à la population.

La direction de Radio-Canada s’était déjà rendue à Moncton, cette semaine, pour offrir ses excuses et des explications aux organismes francophones qui s’étaient indignés de la couverture limitée de la tuerie sur les ondes du télédiffuseur.

9 commentaires
  • Michel Beaumont - Inscrit 17 juin 2014 17 h 44

    TOUJOURS PAREIL

    La même chose s'est produite lorsque le Manège Militaire de Québec était ravagé par les flammes. On nous montrait, imaginez, une reprise de l'émission de Simon Durivage.

    Si un incendie d'importance égale avait eu lieu au centre-ville de Mtl, nous aurions eu, encore une fois, des images en direct et l'information aurait passé en boucle.

    Je me suis posé la question, est-ce uniquement les gens de Montréal qui paient pour RDI?

    Si RDI, un réseau français, ne parle pas de cela, ce n'est certainement pas Edmonton, Calgary ou Régina qui va en parler.

    Si la tuerie à Moncton avait eu lieu à Montréal, nous aurions eu droit à des images en direct, cela en un temps record.

    • Jean Richard - Abonné 18 juin 2014 08 h 43

      Ça n'a rien à voir avec Montréal. RDI, c'est de la télévision, à la sauce nord-américaine. Une particularité de ce type de télévision, c'est d'en mettre plein la vue, au meilleur coût possible.

      À la question : qui paie pour RDI ?

      RDI appartient à Radio-Canada, soit. Mais s'agit-il vraiment d'une télévision publique ? Non, car elle ne diffuse pas de façon universelle. Débranchez le câble ou la soucoupe et vous n'aurez plus rien.

      RDI est financée en bonne partie grâce à la publicité (donc, indirectement par ceux qui consomment les produits publicisés) et grâce aussi aux redevances perçus par les revendeurs de signaux (Vidéotron ou Cogeco avec le câble et Bell avec les signaux satellites).

      Où se trouve le plus gros bassin de consommateurs et abonnés à un service de télédistribution ? À Havre-Saint-Pierre ou à Montréal ? Et êtes-vous bien certain que l'information régionale montréalaise occupe la majorité du temps d'antenne à ICI RDI ? Les Montréalais en ont-ils pour leur argent avec ICI RDI ?

      Par ailleurs, qui oserait prétendre que l'information montréalaise (Montréal est, qu'on le veuille ou non la métropole du Québec) est si bien couverte par RDI ? Des images en boucle ad nauseam montrant un édifice en train de brûler, est-ce vraiment de l'information ?

  • Denise Lauzon - Inscrite 17 juin 2014 20 h 37

    Le décalage entre RDI et CBC

    A de nombreuses reprises j'ai constaté qu'ICI RDI était ailleurs , cad à parler de sujets sans grande importance alors que CBC couvrait en direct des conférences de presse sur des sujets graves et importants pour tous les canadiens. Ces conférences de presse sont toujours suivies par une période de questions en anglais et en français. Ce qui est incongru dans tout ça c'est que des journalistes francophones posent des questions en français alors qu'aucun diffuseur franchone ne transmet l'information recueillie sur place. Parfois, je dis bien parfois, un petit résumé de la nouvelle nous était présent un certain temps après la fin de la conférence de presse.

    Ce décalage d'information entre CBC et RDI est encore plus évident durant une campagne électorale fédérale.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 18 juin 2014 10 h 41

      Vous avez raison sur toute la ligne.
      Hier, il y avait l'annonce du Northern Gateway. Cette annonce est énorme d'autant plus qu'il y a eu des informations sur ce qui était pour se passer dans l'Est. On parlait beaucoup du St-Lawrence. Le magnifique fleuve Saint-Laurent. Cela m'a fait peur pour le Saint-Laurent.

      RDI, rien. Il y a eu les différents points de presse. Sur CBC/NewsWorld, on entend les journalistes posant des questions en francais que l'on traduit.

      Non le journalisme et la qualité n'est pas à RDI.

      Avec RDI, on a malheureusement Simon Durivage.

  • Claude Lafontaine - Abonné 17 juin 2014 20 h 55

    D'ou l'importance de la régionalisation

    Lorsqu'un événement de cette nature survient, il me semble que ce sont les journalistes locaux / régionaux qui peuvent le mieux le couvrir et lorsque ça justifie une couverture immédiate 24 / 24 c'est le réseau local qui devrait diffuser sur la région affectée et ainsi satisfaire le besoin local, avant que le réseau national prenne la relève si besoin est.

    Les meilleurs reportages, ceux qui m'ont le plus informé de ce qui se déroulait à Moncton, furent ceux produits par des journalistes qui couvrent habituellement cette région, lorsque j'ai vu arriver Céline Galipeau l'impression que j'ai eue c'est que la télé spectacle débutait, mais l'essentiel avait alors été rapporté.

  • Catherine Paquet - Abonnée 18 juin 2014 05 h 35

    Le problème...

    ..c'est que la chaîne française de Radio-Canada se prend pour une chaîne québécoise.

    • André Michaud - Inscrit 18 juin 2014 11 h 50

      Tout à fait d'accord avec vous, R-C manque à son mandat d'être une télé pour réunir tous les canadiens..

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 18 juin 2014 08 h 28

    L'erreur est humaine !

    L'impardonnable aurait été que l'on continue de s'entêter à banaliser l'affaire. ICI RDI semble avoir pris bonne note que sa couverture des événements d'envergure ne doit pas se limiter aux grands centres. Faute admise està moitié pardonnée...