L’info payante est peu attrayante

The New York Times exige maintenant rétribution pour la consultation d’une partie de ses productions en ligne.
Photo: The New York Times exige maintenant rétribution pour la consultation d’une partie de ses productions en ligne.

L’information en ligne se consomme encore et toujours gratuitement. À peine un internaute sur dix paye pour avoir accès à un site de nouvelles. Le reste, la grande et écrasante majorité, veut et obtient son information gratuitement.

 

Le constat provient d’une étude mondiale de l’Institut pour l’étude du journalisme de l’agence de presse Reuters. Le Digital News Report 2014 est disponible en ligne (digitalnewsreport.org) depuis quelques jours.

 

L’enquête fait le point sur la situation du modèle payant depuis le changement assez généralisé de stratégies par plusieurs entreprises médiatiques au cours des deux dernières années. The New York Times ou Le Monde exigent maintenant rétribution pour la consultation d’une partie de leurs productions en ligne.

 

Ici, les deux grands groupes privés optent pour des plans d’affaires radicalement différents. Québecor vend l’accès à la totalité de ses articles et chroniques en ligne. Groupe Gesca donne tout sur le site lapresse.ca ou par l’entremise de La Presse +. De même, toute l’info sur toutes les plateformes de Radio-Canada est gratuite tandis que ledevoir.com a toujours été payant.

 

La question fondamentale de l’enquête demandait aux répondants d’un sondage d’une dizaine de pays s’ils avaient payé pour du contenu d’information en ligne au cours de la dernière année, que ce soit pour un abonnement ou un seul article. La moyenne des réponses positives tourne autour de 10 %.

 

Les Brésiliens dominent la liste, avec 22 % de consommation rémunérée par rapport à 7 ou 8 % en Espagne, en Allemagne, au Japon et au Royaume-Uni. Les États-Unis demeurent dans la moyenne mondiale, avec 11 %. Le Canada ne faisait pas partie de l’enquête.

 

Ce niveau à un sur dix ne bouge à peu près pas d’une enquête à l’autre. Pourtant les médias déclarent de plus en plus de revenus des abonnements dématérialisés. Le paradoxe semble s’expliquer par le fait que le même bassin d’abonnés est de plus en plus sollicité par les entreprises de presse. En somme, les mêmes abonnés payent plus cher pour la même information.

 

Voici d’autres conclusions de l’enquête :

 

Un vieil homme éduqué. Le portrait type du consommateur payant en fait un homme (61 %) âgé (le tiers a 55 ans et plus), diplômé universitaire (un utilisateur sur deux). Il se déclare naturellement très intéressé par l’information (89 %). L’étude montre qu’en général, les jeunes sont moins intéressés par l’information. Aux États-Unis par exemple, les gens de 55 ans et plus se disent attirés par les sites de nouvelles à 80 % tandis que le résultat baisse à 55 % pour les 18 à 24 ans. En France le rapport est de 69 à 56 %, en Allemagne de 88 à 68 %.

 

Un infovore multiplateforme. Plus de quatre (43 %) consommateurs d’info en ligne sur dix se servent d’une tablette de lecture. L’utilisateur de cet appareil est deux fois plus susceptible de payer pour les nouvelles. En fait, l’infovore, le vrai, assouvit ses passions sur plusieurs écrans, fixes ou mobiles. Les données révèlent aussi un conflit de générations pour le moyen d’accéder à l’information, les plus vieux (17 %) étant moins portés que les plus jeunes (38 %) vers l’échange par réseau social. Par contre, à peu près un utilisateur sur trois accède directement aux sites d’information, toutes catégories d’âges confondues. Les jeunes préfèrent encore leur téléphone pour se renseigner.

 

Un utilisateur comblé. Les deux tiers des abonnés déboursent pour avoir accès à de grandes marques établies (Le Monde, El Pais) ou des informations financières (The Wall Street Journal). Ils recherchent de la qualité et continuent à payer pour l’obtenir. Le public britannique, questionné plus en profondeur, a expliqué que la qualité de l’information constitue le facteur déterminant pour s’abonner (45 %) et encore plus pour continuer (55 %) les paiements. Cette qualité se mesure par exemple par la force de certaines signatures ou de certaines sections d’un média. La mobilité et la souplesse de l’accès montrent un rapport inverse : 43 % s’abonnent pour cette raison, mais 32 % seulement conservent l’abonnement pour cette même raison.

4 commentaires
  • Emmanuel Denis - Inscrit 17 juin 2014 08 h 41

    La corruption étatique freine la consommation...

    Avec un endettement québécois de 7 à 10 milliards annuel dû à la corruption étatique dans l'octroi des contrats publics et un endettement provincial de 1,5 milliard dans les dépenses excessives de la Haute fonction publique, c'est la classe moyenne qui s'appauvrit au point de ne plus être capable de consommer comme elle le faisait auparavant.

    Juste dans les sports, l'abonnement aux gymnases d'entraînement et l'achalandage des centres de ski alpin et des terrains de golf déclinent terriblement depuis 2 ans... Actuellement, les sports les plus populaires sont les moins coûteux comme la course et le soccer: ça en dit long sur l'appauvrissement des contribuables.

    Les salles de cinéma, les théâtres et les spectacles de musique et d'humour sont aussi en chute libre à cause de l'endettement des citoyens.

    Même en construction, plus grand créateur d'emplois, beaucoup de travailleurs travaillent très peu à l'heure actuelle, car les maisons ne se vendent plus et les contrats de rénovations se font rares...

    Bref, à l'image de la construction, des sports et des loisirs, les gens n'ont plus les moyens de dépenser pour les journaux.

    Si la famille Desmarais était avant très heureuse de voir son parti favori, le PLQ, gagner élections après élections avec des majorités écrasantes grâce à son support financier et à son influence malsaine via ses journaux La Presse et le Soleil, aujourd'hui, elle en paie le prix comme toutes les autres entreprises de service, car la corruption étatique pratiquée par le PLQ durant 10 ans a ruiné le Québec et on en voit actuellement les séquelles sur le pouvoir d'achat des Québécois...

    Les journaux La Presse et le Soleil, quotidiens de Power Corporation, sont sur le point de perdre leur version papier tellement les Québécois ne les consomment plus faute d'argent !

    La corruption étatique survit tant que les consommateurs peuvent payer. Réfléchir entre baisser les impôts ou les taxes ne changera rien au pouvoir d'achat.

    • Alain Lapierre - Inscrit 17 juin 2014 13 h 23

      Vous parlez de la corruption étatique abondamment. Je crois plutôt que ce sont de vils entrepreneurs privés qui profitent de toutes les failles de l'État, y compris de certains employés soumis et corrompus, pour en soutirer tous les bénéfices pécuniaires qu'ils peuvent au détriment des payeurs de taxes, qui, pour ce gouvernement, les élisent quand même...

    • Alain Lapierre - Inscrit 17 juin 2014 13 h 23

      Vous parlez de la corruption étatique abondamment. Je crois plutôt que ce sont de vils entrepreneurs privés qui profitent de toutes les failles de l'État, y compris de certains employés soumis et corrompus, pour en soutirer tous les bénéfices pécuniaires qu'ils peuvent au détriment des payeurs de taxes, qui, pour ce gouvernement, les élisent quand même...

  • Simon Thibault - Abonné 17 juin 2014 12 h 46

    ledevoir.com payant ??

    Seuls certains articles sont réservés aux abonnés, et ce n'est essentiellement que le contenu original produit par Le Devoir. Or, comme le rappelait M. Baillargeon dans un article passé dont je ne me souviens pas de la date, Le Devoir est le quotidien québécois ayant le plus recours à du contenu provenant d'agences de presse ou d'autres quotidiens. Pas que cela me déplaise, au contraire, mais de là à dire que "ledevoir.com a toujours été payant"... Mes collègues de bureau, par exemple, pour la plupart non abonnés, n'ont que très rarement besoin de lire des articles dont le contenu est réservé aux abonnés. Le contenu "gratuit" leur suffit grandement puisque l'essentiel y est pour couvrir l'actualité et profiter de la qualité du traitement de l'information qu'offre Le Devoir. Bref, si ce quotidien veut augmenter ses revenus, il aurait avantage à limiter le contenu gratuit sur ledevoir.com. La qualité du "produit" continuerait d'attirer les intéressés.