​Gesca et les syndicats discutent de l’avenir des journaux régionaux

Les quotidiens du Groupe Gesca abandonneront le papier d’ici deux ans, selon les informations obtenues par Le Devoir. Les six journaux régionaux du petit empire de presse seront alors entièrement intégrés à la nouvelle plateforme La Presse +.

La dématérialisation se fera graduellement, mais rapidement. Les premières diminutions massives des tirages et de la distribution toucheront La Presse dès le début de 2015.
 
La mutation en cours aura des conséquences énormes sur la nature et le nombre des emplois. Des évaluations préliminaires envisagent la disparition des trois quarts des postes de tout le réseau, des centaines d’emplois au total. Les transformations récentes au Journal de Montréal, après un long conflit de travail, ont été dans les mêmes proportions.
 
Au Droit par exemple, à terme, il ne pourrait rester que 25 des quelque 90 postes actuels, dont une quinzaine de reporters chargés de couvrir les informations locales diffusées sur La Presse +. Les saignées seraient proportionnellement équivalentes ailleurs dans le réseau de Gesca.
 
Ces informations ont été révélées mardi aux chefs syndicaux des journaux régionaux du groupe réunis à Montréal avec la haute direction de l’entreprise, le bras médiatique de Power Corporation.
 
Il y avait plus de 20 leaders syndicaux liés aux six quotidiens, soit Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien et La Voix de l’Est. Les syndicats défendent les intérêts des journalistes, mais aussi des employés de bureau et divers corps de métiers.
 
La plupart sont affiliés à la CSN. Les délégués à la rencontre de la Fédération nationale des communications représentaient quelque 600 employés.
 
Les informations ont filtré au compte-gouttes mercredi. « Pour toutes les présidences des syndicats qui étaient réunies, il apparaît clair qu’un projet d’intégration serait un passage difficile, voire douloureux, dit le communiqué officiel publié mercredi par la CSN. Toutefois, elles ont réitéré leur volonté de se montrer flexibles et ouvertes dans les discussions devant mener à la survie de leurs médias dans leurs régions. »
 
En entrevue, un leader syndical présent à la rencontre a ajouté que les représentants voulaient informer leurs membres avant de dévoiler et de commenter publiquement les informations. Des assemblées générales se tiendront au cours des prochaines semaines.
 
La direction de Gesca a été encore plus laconique. « Nous avons effectivement tenu une rencontre avec nos partenaires syndicaux, mais il n’est pas dans nos habitudes de commenter ces discussions privées, écrit au Devoir Caroline Jamet, vice-présidente aux communications de La Presse. Je peux simplement dire que la discussion s’est déroulée, comme c’est toujours le cas, dans un esprit de collaboration et de transparence. »
 
Les deux présidents de Power Corporation, les frères Desmarais, ont évoqué clairement l’abandon prochain de l’édition papier des journaux de Gesca la semaine dernière lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de Power Corporation. Ils ont aussi annoncé la disparition des quotidiens non montréalais et leur fusion à la nouvelle plateforme La Presse +, où a été injectée une quarantaine de millions depuis trois ans. La rencontre syndicale patronale était prévue avant les déclarations impromptues des propriétaires.