Le CPQ se penche sur des plaintes concernant le traitement des musulmans dans les médias

Photo: Annik MH de Carufel - Archives Le Devoir

Les retombées du traitement médiatique des débats sociaux entourant la charte des valeurs commencent à se faire sentir dans les décisions du Conseil de presse du Québec (CPQ). Le tribunal d’honneur de la profession a rendu publiques quelques décisions datées de mars concernant des reportages ou des chroniques où il était question des Québécois d’origine arabe ou de foi musulmane, le groupe le plus visé par le débat sur la laïcité.

 

Quatorze personnes ont porté plainte contre une chronique de Richard Martineau publiée le 19 juillet 2013. Les plaignants dénonçaient des « propos inexacts et islamophobes », mais aussi un « manque d’équilibre » dans le texte.

 

Dans sa chronique, M. Martineau affirmait que les enfants musulmans sont soumis au jeûne du ramadan. Le CPQ a pris la peine de vérifier et conclut que « la question que soulève le chroniqueur n’est pas inexacte » puisqu’« une partie des mineurs pratique le jeûne pendant le ramadan et que ce sujet peut soulever des questions de santé et de protection de la jeunesse ».

 

L’accusation d’« islamophobie » visait une allusion à la DPJ qui interviendrait, selon M. Martineau, si lui-même décidait de priver ses enfants d’eau. Le CPQ trouve que les propos « railleurs et cyniques » n’outrepassent pas le privilège du chroniqueur et rejette donc ce grief comme celui pour manque d’équilibre.

 

Dans un autre cas, douze signataires reprochaient au chroniqueur Michel Beaudry et au même Journal de Montréal un texte intitulé « Y a toujours un boutte ». Il a été diffusé le 20 août sur le site du média puis publié le lendemain sur papier. Certains propos y sont décrits par les plaignants comme « xénophobes, racistes et haineux » envers la communauté musulmane.

 

La plainte vise notamment cet extrait : « Ici, l’imposition d’une religion à qui que ce soit signifie un recul de 75 ans dans les moeurs. Oui, les plus gossants sont les musulmans parce qu’on voit ce qu’ils font ailleurs et on ne veut pas ça ici. Trop intégristes, ils carburent à la haine et maltraitent leurs semblables. »

 

Le CPQ n’y voit pas une« incitation à la haine » tout en pensant que les propos peuvent « cultiver et entretenir les préjugés », mais aussi « être insultants et heurter la dignité des membres de la communauté musulmane ». Le tribunal retient donc le grief pour propos discriminatoires.

 

Dans un troisième cas récent, Hebah Asfour portait plainte pour atteinte à son droit à l’image contre lapresse.ca qui a publié sa photo le 21 août. La photo montrant la dame voilée date de 2005, et Mme Asfour a demandé qu’on ne l’utilise plus dans un autre contexte. La Presse avait promis de respecter cette volonté, mais divers problèmes techniques liés au système d’archivage de l’entreprise ont fait que la photo a été publiée de nouveau. Les représentants de l’entreprise se sont excusés pour cette erreur, mais le CPQ maintient tout de même le grief pour atteinte au droit à l’image.

 

La Presse participe aux débats du Conseil de presse, dont elle est membre. Ce n’est pas le cas du Journal de Montréal et des autres filiales médiatiques de Québecor qui boycottent le processus de traitement des plaintes du public.

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