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Les adolescents sondés par l’éditeur des <em>Débrouillards</em> ont affirmé qu’ils souhaitent avoir des informations pour décrypter ce qui se passe dans le monde.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les adolescents sondés par l’éditeur des Débrouillards ont affirmé qu’ils souhaitent avoir des informations pour décrypter ce qui se passe dans le monde.

À chacun sa niche.Tous les clébards de l’info ont besoin d’une planque spécialisée, les gentils toutous lécheurs de vedettes comme les cerbères du commentaire, les caniches de la mode ou les pisteurs de l’enquête.

 

Pour les éditeurs et les publicitaires, les niches abritent aussi des segments de population et des portions de marché. Il y a donc des médias masculins et d’autres féminins, des télés spécialisées et des journaux d’affaires. Les publications pour la jeunesse maîtrisent ce raffinement à l’extrême, avec des livres ou des magazines dédiés, planifiés et formatés à l’année près pour les différentes tranches d’âge de l’enfance.

 

Publications BLD sait parfaitement flatter son jeune lectorat avec les magazines Les Explorateurs pour les 6-10 ans et LesDébrouillards pour les 9-14 ans. La maison publie aussi des hors-séries on ne peut plus ciblés, Sport Débrouillards, DébrouillArts, Explotechno et Explomonde.

 

Il manquait un média pour faire le pont avec l’âge adulte, entre 14 et 17 ans. La nouvelle création est en préparation. L’équipe de direction se forme. Les entrevues pour le poste d’assistant à la rédaction seront menées dans les prochains jours. Le nouveau magazine sera lancé en septembre, pour la rentrée scolaire. Le Devoir a appris qu’il s’appellera Curium.

 

« On vise donc les adolescents de la fin du secondaire, explique Félix Maltais, éditeur des magazines Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium. On va parler de science, c’est sûr, mais aussi de questions sociales et beaucoup du monde. C’est ce que nous ont demandé les jeunes que nous avons consultés. Ils ne veulent pas entendre parler de politique, mais ils souhaitent avoir des informations pour décrypter ce qui se passe dans le monde, comment les jeunes de leur âge vivent ailleurs par exemple. »

 

Le format magazine sera à peu près le même que celui bien connu des Débrouillards, avec une cinquantaine de pages en couleur et onze partitions dans l’année. Le look sera adapté. Le tirage vise les exemplaires.

 

Fait à noter, le numéro de lancement sera distribué gratuitement à tous les enseignants des deuxième, troisième et quatrième années du cycle secondaire, à raison de trente Curium par classe. L’an dernier, la même opération « mammouth » (selon son nom officieux) a permis de donner 140 000 exemplaires de l’édition de septembre des Débrouillards et des Explorateurs aux classes du primaire. À peu près 5000 enseignants en ont bénéficié.

 

Le premier tirage de la nouvelle publication dépassera la barre des 50 000. Il y aura ensuite un numéro avant la fin de l’année. La machine régulière se mettra en branle en janvier 2015 avec un lot de 15 000 à 20 000 exemplaires chaque fois.

 

« On mise sur les anciens débrouillards, explique le directeur. On ne veut plus les perdre, on veut les transférer vers Curium quand ils atteignent 14 ans. » Les premiers abonnés du magazine né au début des années 1980 auront bientôt l’âge d’être grands-parents.

 

La popularité des publications ne flanche pas depuis 30 ans. Les tirages montent sans cesse et deux abonnés sur trois choisissent l’option avec hors-série sur les sports ou les arts. Chaque mois, Les Débrouillards et Les Explorateurs s’écoulent à environ 50 000 exemplaires combinés.

 

« Ça fait longtemps qu’on pense à un magazine pour ados, mais moi, j’ai toujours eu un peu peur de cette aventure, confie l’éditeur Maltais. C’est un public plus difficile à rejoindre. En plus, j’avais peur que les parents qui choisissent d’abonner leurs enfants aux magazines pour les plus jeunes laissent les ados décider par eux-mêmes de poursuivre ou non avec leur argent de poche. Ça me semblait un pari risqué. »

 

Un sondage a dissipé le brouillard. Les parents ont révélé qu’ils étaient tout à fait disposés à payer encore pour du contenu éducatif. Plus étonnant encore, les répondants ont dit qu’ils préféraient fortement une version papier, histoire d’éloigner un peu leurs ados des écrans et de donner la chance à toute la maisonnée de s’y frotter. La niche est grande.

 

Un petit 7 % des participants ont dit préférer une version numérique pour ce contenu de vulgarisation scientifique et technique, comme quoi le nouveau contenu peut très bien cadrer dans le vieux contenant. « On a posé la même question aux débrouillards et on a eu à peu près les mêmes réponses », dit l’éditeur.

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Les ados et les médias, branchés et mobiles 

Cyberintimidation, cyberdépendance, sexting, atteinte à la vie privée : certains effets pervers de la vie en ligne des adolescents sont bien connus — ou font l’objet d’innombrables clichés, comme l’on voudra. Mais encore? Quels rapports les ados entretiennent-ils avec les médias et surtout avec l’information?

Comme tous les autres ados de l’Occident ou de la planète branchée, les jeunes Québécois délaissent la télé traditionnelle en direct tout en passant plusieurs heures par jour devant d’autres petits écrans plus ou moins mobiles. Entre 12 et 18 ans, selon une récente enquête européenne, les mobinautes surfent en ligne pendant huit bonnes heures quotidiennes.

Mais que signifie « en ligne » dans ce cas? 

Beaucoup d’internautes, jeunes ou vieux, restent maintenant branchés à toute heure du jour et de la nuit. Certains dorment avec leur cellulaire. Le divertissement prime en ligne. Pour les plus jeunes, YouTube demeure le site le plus fréquenté (par trois ados sur quatre), suivi par Facebook (par un sur deux). Une étude du Centre canadien d’éducation aux médias a révélé en janvier qu’un jeune sur deux a déjà été en ligne rechercher des informations sur l’actualité. Leur intérêt se porte vers la nouvelle de base, les sports et les vedettes, à plus de 40 % dans les trois secteurs de l’info.

Ici, les télés ont abandonné la production et la diffusion de journaux télévisés destinés aux jeunes. En France, l’audience des adolescents attirés par Le Petit Journal de Canal + ne cesse de croître.

Ils sont maintenant près de deux millions de téléspectateurs en moyenne à regarder le bulletin préparé pour eux, diffusé chaque soir à 20 h 25. Le site Web de l’émission en ramène aussi tout un paquet vers la synthèse, où l’ironie est systématiquement de mise, y compris vis-à-vis des autres médias qui couvrent l’actualité politique de manière moutonnière.

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Se débrouiller avec l’État

Ottawa, par l’entremise de son Fonds du Canada pour les périodiques, fournit 261 425 $ cette année pour la publication des quelque 16 numéros annuels du magazine Les Débrouillards et de son supplément DébrouillarArts. Les Explorateurs reçoit en plus un appui de 149 800 $. Ces subventions fournissent environ 20 % du budget des publications.

« Cette aide nous permet beaucoup de choses. Elle nous permet notamment de nous lancer dans l’aventure de Curium, notre nouvelle publication pour adolescents », explique l’éditeur Félix Maltais. Québec a aussi fourni 59 000 $ pour le lancement du nouveau magazine.

Les maigres ventes en kiosques (3 % des ventes), les abonnements massifs (97 % du lot) et un peu de pub font le reste. En plus, les abonnés payent un an à l’avance, un grand avantage pour le fonds de roulement.

« Nous ne subissons pas la crise qui touche les publications, dit encore M. Maltais. Nous vivons des abonnements et notre public se renouvelle d’année en année. La publicité ne compte pas beaucoup dans nos revenus et nous ne sommes donc pas très affectés quand elle se retire. »