Le grand CV de la télé

Le nouveau site QuiJoueQui a été mis en ligne par le journaliste Richard Therrien, critique et reporter télé du Soleil.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le nouveau site QuiJoueQui a été mis en ligne par le journaliste Richard Therrien, critique et reporter télé du Soleil.

Les Berger, ça vous dit quelque chose ? TVA appelée alors Télé-Métropole produit et diffuse ce téléroman du 8 juin 1970 au 22 mai 1978, toujours le lundi, toujours à 19 h 30, pour 416 épisodes au total.

 

L’histoire ? « La famille Berger vit modestement dans un quartier populaire de Montréal. [La] vie [des Berger] se trouve soudain chambardée lorsque Ginette [Berger] tombe amoureuse de Christian, fils du riche homme d’affaires Léon-Joseph Beaulieu. Le contraste entre le niveau de vie et les valeurs des deux familles entraîne une foule de péripéties. »

 

La distribution ? Elle rassemble notamment Rita Bibeau, Yvan Ducharme, Yves Corbeil, Serge Turgeon et bien sûr Roland Chenail dans le rôle de Léon-Joseph Beaulieu. Ce « chef impitoyable d’un vaste empire financier […] d’une métropole cosmopolite où règne la loi de la jungle » a ensuite continué sa vie télévisuelle utile dans Le clan Beaulieu (1978-1982), complément d’un diptyque.

 

20 000 rôles

 

Ces infos de base se retrouvent sur le nouveau site QuiJoueQui mis en ligne la semaine dernière par le journaliste Richard Therrien, critique et reporter télé du Soleil. Pour les concocter et les valider, le collègue a contacté la succession de Marcel Cabay, auteur prolifique qui, selon le site, a aussi signé Jeunes en liberté, Entre quatre murs, Les enquêtes Jobidon, Comme tout l’monde et CF-RCK.

 

« Il n’existait rien sur la distribution des Berger, explique Richard Therrien. J’ai contacté la fille de Marcel Cabay, Claudine Chatel, actrice spécialisée dans le doublage. Elle m’a expliqué que le matériel de son père était aux Archives nationales et m’a donné l’autorisation de les consulter. J’ai passé plusieurs jours à lire des textes parfaitement classés, avec des annotations de l’auteur. Je suis passé à travers tout le matériel pour constituer la fiche sur l’émission. Je peux le dire : il n’existe rien d’aussi complet que cette page sur Les Berger. »

 

Il y en a bien d’autres sur quijouequi.com, 426 émissions répertoriées au total, des séries, des téléromans et des comédies de situation diffusés au cours des sept dernières décennies, de La famille Plouffe (1953-1957) aux Beaux malaises (2014). L’inventaire rassemble 20 000 rôles joués par 5400 comédiens, 650 auteurs et des centaines de réalisateurs. « C’est complet, dit le recenseur. Il manque des noms, certainement. Maintenant que le répertoire est en ligne, je compte beaucoup sur l’industrie et le public pour m’aider à le bonifier. »

 

L’intérêt populaire s’est vite manifesté. Plus de 5800 internautes ont visionné plus de 52 000 pages dès la première journée de mise en ligne du site. Ils ont déjà écrit des dizaines de commentaires et de suggestions.

 

D’où ça vient?

 

L’idée de créer un répertoire des productions télé québécoises remonte à la fin du siècle dernier, quand le journaliste travaillait pour le guide TV Hebdo. « Souvent j’avais des recherches à faire et c’était bien difficile de trouver quoi que ce soit, explique le téléphile. Je me disais qu’il faudrait regrouper ces informations dans un livre en améliorant le Répertoire des séries feuilletons et des téléromans québécois publié en 1992 qui n’était plus à jour. »

 

Son éditeur a finalement pensé qu’un tel ouvrage ne se vendrait pas. Richard Therrien a quand même continué le travail de moine. Au tournant de la décennie, il a décidé de se lancer, de numériser ses infos pour finalement se rendre compte qu’il en manquait beaucoup et qu’il devait donc compléter le travail.

 


« J’ai fouillé les fonds d’archives, explique-t-il. J’ai contacté les auteurs et leurs successions. J’ai parlé aux producteurs et aux diffuseurs. J’ai consacré des milliers d’heures à cette tâche. »

 

Pas étonnant donc que ce sympathique collègue soit devenu une sorte de Wiki vivante et fiable de la télé québécoise. Il a tout vu. Il a tout lu. Il connaît tout. Et on en bénéficie tous dans les conférences de presse, par exemple quand il se permet de corriger poliment un titre, une date, un nom de diffuseur ou de comédien.

 

Les informations sont présentées très simplement avec une liste des oeuvres en ordre alphabétique et une liste des comédiens. Un bouton permet d’effectuer des recherches avancées, par exemple pour trouver un diffuseur ou un genre en particulier. Et c’est tout parce que c’est tout ce qu’il faut.

 

Nommer et classer

 

En plus, tout est gratuit. Richard Therrien a payé de sa poche cette création sur les créations, des milliers de dollars au total. Il a même embauché une amie pour la réalisation technique du site. « Unjour, il y aura peut-être de la pub. Mais je n’ai jamais fait ça en pensant faire fortune. J’ai créé ce répertoire parce que je trouvais ça important pour le patrimoine télévisuel et pour notre mémoire collective. »

 

Qu’est-ce qu’on dit ? Merci, évidemment. En même temps, le répertoire montre à quel point les études télévisuelles savantes manquent d’envergure, de ressources et d’ambition au Québec. L’inventaire et la classification sont la base de toute recherche plus ou moins savante et il est d’autant plus étonnant de constater qu’aucun universitaire ne s’est donné la peine d’effectuer ce travail systématique de taxinomie et de classification. La formule savante classique dit pourtant que « la connaissance nécessite de nommer et de classer les choses ».

 

« Il y a des livres sur le cinéma ou les arts visuels, mais on dirait que la télé, on la tient pour acquise, on la voit tous les jours, on pense que ses productions sont là pour toujours alors qu’au contraire c’est très éphémère, commente le défricheur. J’ai été très étonné par exemple de constater que souvent j’avais plus d’informations sur les séries que certains producteurs de ces mêmes séries. »

 

Où ça va?

 

Son travail a aussi confirmé des failles dans la protection du patrimoine télévisuel. TVA se mord encore les doigts d’avoir détruit les bandes, mais aussi la documentation de certaines émissions. Richard Therrien demande où sont les archives de la défunte TQS, devenue V Télé.

 

QuiJoueQui a du potentiel pour devenir une sorte de IMDB de la télé québécoise. Richard Therrien voudrait par exemple ajouter des informations sur les compositeurs des thèmes musicaux des séries et les téléromans. Il pense à des extraits d’émissions, mais la question des droits de diffusion se pose. Il souhaite un répertoire connexe complet sur les émissions pour enfants, déjà très demandé. Il pense à un volet sur les jeux télévisés. Adam ou Ève, Au secours mon amour ou Cherchez le magot, ça vous dit quelque chose ?

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Inouï et Planète F

Richard Therrien n’est pas le seul journaliste québécois à dévoiler du contenu original en ligne ce mois-ci. Deux autres projets de nouveaux médias aboutiront dans les prochains jours :

Planète F, un magazine Web indépendant qui traite « d’enjeux liés à la famille » sera lancé le jeudi 24 avril. Il s’agit d’une initiative de Mariève Paradis et de Sarah Poulin-Chartrand. On se renseigne sur planetef.com.

Inouï, un magazine proposant « des histoires vraies, qui se lisent comme des romans, racontées en textes, vidéos, photos et illustrations » sera dévoilé le vendredi 25 avril. Il s’agit d’une création de Marc-André Sabourin, Simon Coutu et Hervé Juste. On se renseigne sur inoui.cc.